SS-CL
Pourguérir ceministrc du Seigneur, la très sainte Vierge avait voulu choisir riustant indéfinissable où se touchent la Terre et le ^ Ciel. Tandis quelc divin
'^- Fi: s,
i^ionsd Allées. (I('sc('i'.(l:iit lin isihlcmcnt sur rautt'l. laVici!;('M(''r.' [nciiait |:ar la miîiii ^^^
le prêtre paralvtifjiic, h' icicxait de son iii(iriiiilc, ^^
le o-uérissait et le présenlail ;ai C^lirist lî<'cleinj)-
,. ^ , I-lii (luittant laiilel avee le ci'li'-niaiit pour icn ,.^,
'^ '^ trcr it la sacristie, lahlié Aiittuiie a|ier( (ul j,
i:(^ labbé de Musy agenouillé et iiuinolulc. la lèle ,.^\
dans ses mains. Il ressent ;i ce ^J!((■la(le une -"^«-^ violente commotion. Mais lelle ei-1, luèiiie au fond du cœur des plus croyants, la tendance an doute, (jue la crainte doiniue la loi. i' Il aura fait (juel(|ue |»rodii;ieuv elFoi I . peiiset-il... mon Dicul nion Dieu! 11 va sallaisser, ^
il \a toinher ! >•> Va sous 1 inij)ressi()ii de celie eiainte. il accourt ^ -^ aussitôt. Se plaçant ;i son côté, il se tient
/ ' prêt il le soutenir, tics (pi'il le verra clian- :^V/ celer.
"^f i^ \'\\ temi)s relativement lon^- s écoule ainsi... \ ^- ^^^
V^M^ |''.nfin M. l'abbé de Musy lait un inouvcinent et ^J*S'" -£'
^i^VW^ se lève... ' - - ^^
IJouleversé et trcmlilanl. lami (idcle avaiici
-3 .^is^
^y IJouleversé et trcmlilanl. 1 ami lidcle avance "pSI" "^ C'>*^';^^
4sA-^ précinitammeiit la chaise de malade pour (iiie ^'.'x^TSn^ ^«^AOtL-
Y^ '^ le Paralytique puisse s"asseoir. "'^ / -7^ É'^N V . ' "^i-
^V^ Mais le Paralytiipie lait un geste de relus et ^^'^ ;^'/^\ ^* ^f?^
^j^Jl l'épond : ^^ .S lA"^^
— F/.i sainte Yieroe vient de me guéiir. ,'.;' WiX ^ ^^^^^
^ Puis, d'un pas calme et IV*'me, il se dirige ver> „ P^Vi^^#
la porte de sortie. ' ^M^^^^^
L'abbé Antoine était sans i^arole , cl son .r '^^'^Jr' ''<^^%^r-
pas à lui n'était ni calme ni fj lerme. .lamais de sa vie il n'avait ^ ^
^^S~î^ " l}?[ '\l/// connu son bienfaiteur autrement ' ^-
\-^^2,g^^j^' , {lu'iidiiine. I,a sueur de l'c-pouvante
— fis —
Jj
mouillait son front. Il suivait M. dv Musy. Dans son trouble, et comme si toute cette illusi(»n allait sans cloute s'évanouir hiusquement, il einjxntait ;i tout hasard le fauteuil roulant.
Assis sur le siège de sa voiture, le cocher attendait. En apercevant l'abbé Antoine , il descend pour l'aider :i transporter son compagnon. Mais, étonné de le voir avec ce fauteuil dans les bras :
Où est votre iidirme? demanda-t-il.
— Aie voici, répond le prêtre de majestueuse et mposante stature, qui était arrivé en même temps e l'abbé Antoine à la portière du landau. La sainte lerge m'a guéri. La voiture m'est inutile. Nous lions ;i pied à la Grotte.
Le cocher stupélait tourne les yeux vers celui '^^ (pu lui parle et reconnaît dans cet homme plein V^. ^^ de \ie, de force et de santé, lincrte Paralvlnpie de tout à l'heure. 11 se croit 1 objet d un
Tout son articulé expire sur ses "^ lèvres. Son regard rencontre celui
de l'abbé Antoine, et leurs troubles se comprennent. Il prend la chai se et la met dan s ..^^ sa voiture.
ç^j .^ -. Au seuil de la plate- ^"^ forme, les dçux prêtres
s'embrassent en pleuran ^ — IMon père, mon père
is.;
nX-^
— Je le crois, mon lils. lépoiul Tabbé de Miisv.
Ces seuls mots (iiieiif éehaiii>és. Il est dans le cœur des émotions qui ne peuvent s'exprimer de l'homme à l'homme que par les larmes, et de l'homme il Dieu (pie par la prière. Donc ils prient et descendent le lono- de la route, en récitant le chapelet : Açe Maria, gratia ])lciia.
Les VOICI il la drotte. 11 est environ neuf heures. La foule se presse devant les Roches bénies; des vieillards, des jeunes gens, des lemmes, des crovaiits de tout ài>e, dans le silence de l'oraison individuelle et l'immobilité du recuei lement. Les uns sont prosternés; d'autres boivent il la Source miraculeuse, ccux-lii, plus près du Gave, devisent ii voix basse. A l'a mèreplan, un homme de haute taille et aux traits accentués se tient debout. Domina ni toutes les tètes courbées, il contemple, avec le mélancolique sourire de 1 incrédulité !* douloureuse, ces sur- ^ prenantes multitudes, f agenouillées devant Jo vide et en adoration devant le néant.
Tel est le spectacle qui frappe les }eux de nos amis. Ils traversent la foule, la- -
ipiclle ne fait })(>int attention ii ces deux prêtres (pii passent, et ils pénètrent dans la Grotte, où ^\. de Mnsy se met ii genoux sur une des rares chaises qui s'v trouvent habituellement.
filais, tout il coup, un chuchotement qui se multiplie, un nuiininre grandissant, une rumeur profonde, un trouble, une clameur agitée , succèdent ii la calme prière et \?' au silence de ces masses humaines. Dans l'un des ecclésiastiques qui viennent d'entrer dans la Grotte, quelques-uns ont cru reconnaître le prêtre infirme, que, depuis une semaine, on \\jij ^ remarcpiait misérablement ' ' assiset gisant sur sa chaise Lî^ ioulante,i)Ousséeparunc
Tout le monde se dresse pour voir. La multitude frémissante se porte on avant. Effrayé, le Frère gardien de la Grotte ferme à double tour la grille de fer.
Mille cris se croisent et s'entre-croisent : — Esf-ce lui?
Est-il ouéri !
— Quel était son mal?
— Où donc est-il?
— C'est un miracle !
Ce n'est pas possible !
Vive ^larie !
— C'est un autre prêtre !
Mais soudain, comme sous un commandement souverain,
tout ce tumulte s'apaise et il se fait subitement un prestigieux silence.
Derrière la grille de la Grotte, l'homme guéri s'est levé. Il a tourné vers ces multitudes son noble visage, tout illuminé du reflet du Miracle, et il a fait signe qu'il va parler.
— Oui, mes chers frères, c'est moi-même. C'est moi que, depuis mon arrivée, vous avez vu ici, le corps paralysé, les veux
perdus. Je suis un prêtre du diocèse d'Autun. Il y a vingt ans que je ne pouvais lire. II y a onze ans que j'étais totalement païa- ,'sé et que j'ai cessé de pouvoir monter à l'autel célébrer l'unique îsse que je savais par cœur. Notre-Dame de Lourdes m'a tout idu!... Ah! que ce grand miracle améliore les bons et conveitisse les pécheurs... Aidez-moi à remercier Dieu et à obtenii la grâce d'être un bon prêtre.
Le chant du Magnificat retentit. Tout ce peuple glorifie le Seioneur.
On a entendu le récit : onveutconstater le Miracle. — Marchez! marchez! s'écrie-t-ou dans
la foule. ''*"
j^ Et le paialvtu[iie se met à marcher.
^* — Lisez, lise/.!
Et 1 on place sous ses veux un petit volume impiimë en caractères très fins... Celui qui, dej)uis vingt ans, ne pouvait pas même distinguer les grosses lettres du Missel, ht aussitôt couramment sans nulle hésitation «^^
— Votre sianature ! votre sionature !... Sur ce livre!... Sur cette gravure !... Sur ce papier!
Et des centaines de mains, passant à travers la grille, présentent à l'abbé de Musy des Paroissiens, des hnuations, des images de piété, des cartes de visite... D'une écriture ferme et nette, il trace au crayon d'innombrables signatures sur ces innombraljles reulllets (pii lui arrivent de tous côtés.
Tout il coup, accourant ;i en perdre le souffle, nn homme du peuple, un ouvrier fend ces flots populaires. Sa physionomie rude et bonne est en proie à la plus magnifique émotion. La gfrille de la Grotte s'ouvre devant lui et il se précipite tout en larmes, les larmes de la joie, dans les bras de l'abijé de Musy. C est le père de petit Pierre
— Et petit Pierre? Est-il guéri, lui aussi? demanda le prêtre dune voix pleine d anxiété.
— Non, monsieur l'abbé. Telle n'a pas été encore la volonté de Dieu !
Le prêtre fait \\\\ geste de douloureuse commisération. Il est comme tenté de reprocher au Ciel de v n'avoir pas fait plus ou de n'avoir ])as fait autrement.
— Et moi, dit-il presque avec
r. TV ' ^
*\iS.
iJ.
.TTC
\yr,^Pr/y^/n^ ^i/it^
tristesse, la sainte Vleroe m'a aceorclé cette grande
o-ràee !
'^ L'onvrler devine le sentiment intërienr de M. de
Musy et comprend l'accent de sa voix.
— Ahî Monsienr l'abbé, rc-pond-il, la sainte Yieroe lait bien ce qu'elle fait! Aussi je n'éprouve que du
bonheur.
Dans ses traits, en effet, nul signe de peine et de reoret, nulle apparence de cette envie qui ronge si souvent le cœur des humains devant la félicité d autrui, nul murmure contre l'inégalité des destins d'ici-
' Et cependant il y avait trois ans que ce pauvre père venait chaque année implorer à Lourdes la guérison
de son iils !
Et où est petit Pierre ^
- Il est là, hors de la foule, a l'écart. Quand nous avons entendu le Magnificat il a tremblé de joie. « Père, s'est-il écrié, notre ami est guén ! Courez le voir, courez le voir! n Et j'ai couru... Je vais maintenant lui confirmer la nouvelle.
— Non ! non ! C'est moi-même qui la lui apporte-
''\ls sortent ensemble de la Grotte. La multitude s'écarte : son cercle se brise et il se forme comme une haie vivante pour faire place à l'homme miraculé.
Une voiture stationnait aux frontières de cette foule. Il V avait sur le siège nne chaise d'infirme. De loin, l'abbé Antoine tait un signe au cocher : et tout au" sitot cette chaise roulante passe de main en main par-dessus toutes les tètes pour être déposée a la Grotte en mémorial de ce miraculeux événement. L'abl^é de Musy
yê
if
croise dans son chcniin cet ex-voto triomphal. Ses yeux, qui ont (It'jii tant pleuré, se mouillent encore de humes en rencontrant ce souvenir visd)le de son mal dis- [)aru, de ce mal (jui, par nue étrange illusion (1 optupie. lui seiuhhiit tléjîi si éloiH'iu-.
Devant la Piscine, il aperçoit 1 ani;i'lique petit Pierre, étendu dans la brouette rustique qui lui servait de chariot. 11 va à lui, et le j)ressant sur sa poitrine :
— Ah ! mon cher enfant ! s'écrie-t-il, f[ue je voudrais que Xotrc-Dame de Lourdes vous fît la même grâce qu à moi!
Mais petit Pierre lève sur lui ses grands yeux purs, tout rayonnants d une céleste allégresse, et il répond comme son père :
— La sainte Vierg'e sait ce qui me convient. Il y a tant de garçons de mon âge qui oflensent le bon Dieu et qui le blasphèment!... Si j'avais la santé, peut être, hélas! lerais-je comme eux. Maintenant je ne l'offense point; je l'aime de tout mon cœur, je le reçois dans la communion, je suis content. Ah! que je préfère garder ma maladie et ne point olVenser Dieu, que de posséder la santc', si je devais en abuser et devenir mauvais! La sainte Vierge sait bien ce qu'elle fait!
P>t de nouveau, tendant ;i l'abbé de Musy ses bras innocents, comme pour le consoler de lOmbre de mélancolie ([u il voyait sur son Iront, il lembrassa avec eHusion.
Cet enfant avait à peine quinze ans! Kl il était le lils dun pauvre cordonnier de vilhiiic !...
Dieu tout-puissant! est-il possible, à de tels spectacles, de ne pas tourner vers vous son àme 'attendrie et de ne point redire, en se retournant], les paroles que vous adressa Notre Sauveur J('sus-Christ : « 0 Père, à Seigneur du ciel et de la terre, je vous glorifie d'avoir révélé à l'àme des humbles et des petits ces mêmes sentiments qu'ignorent les prudents et les sages. D avoir voulu qu'il en soit ainsi, ù mon Père, je vous bénis! »
XXTII
Ij'al)l)t' de Miisy a repris son elieniln. 11 monte à la
maison des Missionnaii'es, rendre témoignaoe de sa
ivucrison. Ne pouvant se lasser de le voir marcher, la
/multitude continue de se presser sur ses pas. Il oravit les rampes d'un pied agile; nulle claudication, nul malaise, nul embarras, nulle fatigue.
Dès que le paralytique guéri a fait sa déclaration aux Gardiens du sanctuaire, il se tourne v(ms son compagnon, et, pensant à cenx qui en ce monuuit étaient si loin de sa personne, mais si près de son cœur, il lui dit :
— Courez vite au télégraphe ! Quelle va être la félicité de ma mère, de mon bon père et de tous ! Allez aussi porter vous-même la nouvelle au Curé de Lourdes. Ma première visite sera pour lui!
Après un repas qui lui est olï'ert, M. de ]Musy veut remonter à la Chapelle.
Il était environ une heure. Toutes les messes étaient achevées, chacun était retourné en ville j)our V prendre la réfection du jour. La nef était entièrement solitaire. L'abbé de jNIusy en remercie Dieu. Quiconque a épuisé ses forces a besoin d en amasser de nouvelles : quiconque s'est dépensé a =P-^besoin de se recueiUir. l'^t voilà que, au milieu de tant de monde, de tant de bruit, de tant d'agitation
Il ('tîut seul, seul ;(vcc Dieu. Il pouvait s'aocnoiiillcM-, sans que mille regards suivissent les moindres mouvements de son corps; il pouvait pleurer, sans que l'on vit couler ses larmes; il pouvait, dans 1 intime colloque de l'oraison, s'épancher avec le Seio-iicur, avec la Vieroe Marie, sans qu'à chaque instant eo-oïsme naiTde quelque piété indiscrète vînt le troubler brusquement et lui diie : « Faites donc une prière pour moi ! »
Il traversa les arceaux muets du lieu sacré et :dla se mettre h genoux près du sanctuaire. 11 resta là en face du Tabernacle. Toute sa e de soufTrance, subitement transfoimée en une vie puissante, pleine de santé et de force, se représenta à sa mémoire. La prédicion du curé d'Ars, — ses entretiens avec M. de nutagu, — le don du drapeau du Sacré-Cœur, — lepèlerinao-e à Paray, — le pressentiment du prêtre de Marseille, - l'insistance presque
violente de Mme de Pomey, — le songe du Pauvre, — les paroles du Curé de Lourdes, lui semblaient autant de jalons lumineux, sur a route qui l'avait conduit à sa miraculeuse guérison. Et sur chacun de ces jalons était écrit le nom du Seigneur.
Le souvenir de sa mère s'imposait invinciblement à sa pensée; et il >
nttril)ii;nl ;i la sainteté do colto fcmnio selon Dieu laoràce [)roclii;ieuse dont il vi e r()!)jet. De même (jiie, pailant d iiujiie, saint Amhioise s'était écrie larmes ne pouvait périr ! » de mèi uir : « Le fils de tant de prières ne pouvait ([n'être comprenait que Dieu l'avait voulu si longtemps de le retenir auprès d'elle et de le préparer de plus en plus aux vérins du Prêîre, par les adniirables et incessants exemples de celte i)elle àme, tout embrasée de l'amour de Jésus-Christ.
« Elle m'a enfanté trois l'ois à la vie, songeait-il : — à la vie nalurelle, par ma naissance, accomplie dans la douleur; — à
la vie sacerdotale, par ma vocation dont elle a semé le geime en moi; — à la vie miraculeuse, joar ma guérison que ses ardentes prières ont tant contribué à m'obtenir... 0 ma Mère ! ô ma ÎNIère! ))
Et ce en de sa gratitude réunissait en un seul sentiment filial, et la mère particulière qui habitait le sol d'ici-bas, et la Mère u:iiversel!e (pu répand ses bienfaits du sommet d(i6 Cieux.
De' cette existence nouvelle, qu allait-il faire
Ordonné prêtre depuis treize ans, il n avait jamais exercé aucun s^^i?|t>^
Il î}«^ (^in
ministère actif. Serait-il Religieux, Missionnaire, Moine, Curé de paroisse?... De combien de lumières il avait besoin! Contemplant le Tabernacle, comme les Hébreux sortant du désert durent
regarder la Terre de promission : (( C'est là se disait-il, que je rj^,
demanderai demain ces grâces, en offrant, après une si longue îi><^^
interruption, la Victime sainte, — demain samedi, jour \>t'c'^:.'
dédié à la sainte ^'ieroe — demain 16 août, fête r.\^>4
du j; a trou de ma Mère! » 2^?^^^ ^.\^C^
L heure s'avançait cependant . et la H-^L^^:
chapelle se remj)lissait pei
(!c Fidèles. L'abbé (le Miisy rentra ii Lourdes, où retentissait bruit du miracle. Au moment où il y arrivait, les { ^^'IV céiébraietit à l'église j^aroissiale, et le curé Peyraracou^^tait îi son peuple le grand événement du matin.
Ij-^ des Apparitions.
Qui dira létreinte du Serviteur de Notre-Dame de I^ourdes, pressant dans ses bras laljbé dcMusy, lorscpie ce /.ernicr, immédiatement après les OUiccs, vint ie visiter?
— Eh bien! vous ne vous brouillerez pas avec la sainte Vierge? démaillait r;d-)bé Antoine, avec une gaieté d'enfant. -^r- — J étais déiii réconcilié! répondit la voix rude et joveuse du Piètre 'rCl des Apparitions.
Demain, je célèbre ma seconde première
Messe, dit labbé de Musy
^ — Je vous servirai d enfaiil de < liœur !
s'écria le Curé de Lomib's.
Mais il advint ce <pie Ton n ;.vait pas prévu.
On/e années s'étaient écoulées de[)Uis
(pie labbé de Musv n'avait consaccé le corps
vr^ du Seigneur. Lorscjne, le Missel ;i ia main, il
\()ubit s'assurer cK' la lidéblé de ses souvenirs, il
s'aperçut qu il avait oublié la lettre stricte et le détail
nnnuticux des cérémonies du Saint-Sacrifice. Il lut donc
contraint, poiiî* en reap-
preiulre la liturgie, de remettre an sui -
lendemain la célébration de la Messe
La journée du samedi se passa à cette etnde
nécessaire, qui lut faite sous la duection de
labbé Antoine, Le disciple enseigna le maîti e
Sur le soir, un visiteur se présente, un bomme de bautc taille et aux traits accentués. L'abbé de Musy se souvient d'a\oir lemarqué, ravant-veille, à la Grotte, cette tête énergique, tout empreinte d inciédulité douloureuse.
^f^ — INIonsieur l'abbé, lui dit avec émotion l'étranger, vous êtes mon bienfaiteur. Oh! combien je vous remcicie!
— Et de quoi donc, Monsieui ?
je ne vous connais point.
^ — C'est à vous que je dois la foi
Je me nomme Emile Pellegun; l'habite le Luc, dans le département di Var. Je vivais dans une inciojance totale. Arrivé ces jours-ci à Louides pour y conduire ma sœui , je vous ai vu avant Aotie guérison, traîne sur votre slèae r"^.
ià*'
slZfl
roulant, et je voi aprùs... A la — (irotte^
je vous ai entendu. Que vous dirai -je La main ;i qui rien ne résiste a jîassé sur moi , et je suis allé me confesser , que je n'avais pas fait depnis mon enfance, depuis près de quarante ans.
Je vous demande la faveur de me donner la sainte communion.
Le ministre de Dieu ouvrit ses bras à ce lointain voyageur, de retour enfin dans la véritable patrie. Il comprit alors que sa guérison était un apostolat, et que Dieu la destinait à ramener à la vérité bien des esprits tâtonnant dans les ténèbres , bien des cœurs hors du vrai chemin...
— Bénissons Notre-Dame de Lourdes!
s"écria-t-il. La grande grâce a été pour vous! Oui, certes, je vous donnerai la communion ; et d y aura plus de joie au ciel pour ce pécheur qui fait ^F^/^
pomtenct' que pour cent justes cpii peisevèi'cnl.
Il était tic bonne lieu rc, le leiuleniain dinianche. loisque le curé Pcvramale frappa à la porte.
— Je viens vous chercher, djt-il. Je vous servirai d abord la Messe : jela célébrerai ensuite : et, après nioi,cesera le tour de M. labbé Antoine. Ce n'est pas troj) de trois prêtres et de
trois messes pour rendre grâces ;i Dieu et à Xotre-Danie de
Lourdes d'un miracle si éclatant!
— Je suis })rèt, répondit labbé de Musy.
— Partons donc!... ^ ous n avez pas besoin d'amict, ajouta le Curé de Lourdes, en voyant l'abljé de Musy })rendre sur la table un
petit linge plié : il y en a toujours à la sacristie de la Chapelle.
— J ai mes raisons d(^ tenir ii celui-ci, lépondit le prêtre guéri.
Ce jour-lii était le onzième dimanche après la Pentecôte. L abbé de Musv, revêtu des ornements sacrés, traversa, la nef et arriva dans le chœur. A sa droite était le curé Peyramale, celui qu'il appelait son avocat auprès delà sainte Vierge; à sa gauche labbé Antoine.
Une foule pressée remplissait la Crypte. L'abbé Sire, ]NL Pellcgrin, petit Pierre et son ]>ère étaient présents ù cette fête. Le célébrant prononça les premières paroles du Samt-Sacrificc : — Iiitroibo ad altarc Dci. « Je ferai mon entrée îi l'autel du Seigneur... ))
— Ad Dcnni qui hclifhal juventutem mcani, répondit au bas de l'autel la voix forte du curé Peyramale.
Ceux qui entendau'iit la hiiigue immortelle de 1 l'iglise ne pouvaient sfmpècher d'appliquer aux circonstances extraordinaires, dans lesquelles on se trouvait en ce moment, v- les mvstérieuscs signifianccs des diverses Lectures
' 5Lv '"\ et Oraisons.
Au milieu de toutes ces âmes unies à la sienne.
^^^^^^^^mÊ
e. coh' ,4^^^1ji'aiit lut le W^texte de l'Introït : — « Dieu est Jaiis son saint
maison ' < en.i
habitacle , y^'' *^^ %V c'est lui qui lassenibla' dans cette même " qui ne font M. (pi' un nicinc cœiir^^... »
• > • • • "li^
La première Oraison traduisait^^ avec une précision véritablement littérale les sentiments de gratitude croissante qui bouillonnaient au fond du cœur de 1 abbé de Musy : Ont/iipolens senipiïerne Deiis, qui ahundantia picta' (is luw rt nwrila siip/j/icii/n e.vcedis cl cola ; l'jj'dnde super nos niiscricordiani luiun ut d'unillas... etc." « O Dieu tout-puissant et éternel, qui, par votre suiabondante bonté, accordez au dtlii des mérites et dépassez même les vteux de ceux qui \ous prient, répandez sur nous votre miséricorde, afin que... »
Mais, |)arvenu à ces mots, l'abbé de Musy ne peut aller plus loin et s'arrête... Sa voix s'est idFaissée brusquement; ses veux, redevenus impuissants, ne lisent plus les cariictères du Missel...
Le dure- de Lourdes aussitôt, ému ai:
dedans, mais se dominant et calme au dehors comme une statue de bronze, a gravi les marches du Sanctuaire. Se tenant debout il côté du célébrant, il lui prête le secours de ses veux et prononce une ;i une les paroles liturgicpies, que l'abbé de Musy répète alors ou plutôt balbutie après lui.
Ainsi se coiiliiiuciit les Oiaisoiis, ainsi se disent TEpître et le Graduel.
Quelles angoisses traversent toutes les ànies. Une sorte d'ai>itation se produit dans cette niultiiiide recueillie. La guérisoii aurait-elle lait (juelques pas en arrière? Cette grâce visible et merveilleuse s'est-elle évanouie tout à coup? Le miracle n'cst-il (pi un mirage?
Chacun sait cpi'après le Credo, rOlIlciant s'adresse aux Fidèles pour leur souhaiter la venue du Seioneur : l)o))unus çobisciiin.
^^ Donc, ayant achevé la récitation du Symbole,
l'abbé de Musy dut se tour-
nervers l'assis-
t a n c e . Et
alors appa-
raîtà tous les
regards son
ikjs:
visage, que boule\erse et qu'illumine la plus douce et la plus rayonnante émotion. Ses lèvres, toutes frémissantes et pouvant à peine parler, ses yeux tout inondés de saintes larmes, expriment l'ivresse intérieure dont son âme est remplie. Et le peuple tressaille, comme à l'intuition du sublime, — car il comprend soudain, c[ue ce qui a troublé la vue, ce sont les pleurs de la joie, que ce qui a étouffé la voix, ce sont les sanglots du bonheur : le prisonnier dovenu libre défaillait de félicité.
Le Saint-Sacrifice se continue dans l'alléoresse.
« Je vous glorifierai. Seigneur, car vous m'avez soulevé de ma ^ « misère... Seigneur, j'ai crié vers vous et vous m'avez
>^^^éi^-:-^
« ouéri! » dit l'aljljc de Musv.
ou prononçant les paroles de lOflertoire -.
La eonimunion commença.
Le premier qui reçut le ])ain de vie fut Tincrédule converti; après M. Pellegrin, ce lut la miraculée du 14 août; après elle, rangélique petit T^ipk Pierre et les nombreux fidèles qui remplis- "^ saient la Crypte.
Cette communion dura près dune demi-heure. L abbé Antoine, suivant les pas du célébrant, essuvait à toute minute le Iront ruisselant de son ami et c-on visaoe bai:>-né de larmes.
Lorsqu'il rentra à la sacristie, M. labbé de Musv était couvert de sueur, et en maint endroit ses vêtements étaient transpercés, tant avait été puissante l'impression (pi'il avait ressentie durant la célébration de « sa seconde première Messe ».
Il dépouilla les ornements sacerdotaux et en revêtit le cui-é de Peyramale, cpii allait dire la Messe au même autel.
L'amict qui avait entouré le cou de l'oHieiant était tout mouillé; mais les trois prêtres étaient trop violemment absorbés dans les choses de l'esprit, pour songer à ce menu détail de la matière. Bien qu'il y eût là d'autres "" '^^^l^/ lin<»-es tout blancs et nets, ce fut celui-là ([uc le '"■ curé de Lourdes plaça sur ses épaules. Après la Messe, l'abbé de Musy en fit la remarque : — C'est sans y faire attention que je vous ai remis cet amict, tout mouillé de ma sueur.
— (Qu'importe? J'y étais à mon aise .^ comme dans le mien : on eût dit ([U il était fait pour moi !
Si —
— Oh !^^^ reprit l'abbé^^^ de Musy, je ne regrette qu'à demi ma di strac^^tion. Ce vieux linge^^ usé est uue relique : c'était l'aniict du
curé - d'Ars !...
Et il pensa lui-même :
— Le Curé de Lourdes devait le porter !
Mais il ne fit point tout haut cette réflexion, qui eût provoqué quelque réponse orageuse de la part de cette âme, à la fois si humble et si brusque. Le curé Peyramale recevait mal les louanges et regardait de travers quiconque lui en adressait.
Taudis que ces choses s'accomplissaient à Lourdes, que se passait-il depuis deux jours à Digoine?
(-, Ainsi que nous l'avons raconté plus haut, INIme de Musy, avec une A^ JCj certitude que nous avons appelée effrayante, attendait pour la fête r^*v44ê ^^^ lAssomption la dépêche qui allait lui annon-
cer la guérison de son fils.
La matinée cependant s'écoula tout entière sans que cette dépêche arrivât. Le facteur apporta une lettre de Lourdes, écrite par l'abbé Antoine, l'avant-veille : elle ne parlait que de la physionomie générale du Pèlerinage et de l'état, toujours le même, du malade.
Mme de Musy avait un éclair Je joie, mais la joie tombait
vite : rien! toujours rien! Néanmoins sa foi tranquille resta longtemps sans se troubler, son (>spérance sans défaillir. Le soleil disparut à l'horizon ; le soir se leva, aussi stérile [^ ./V^^' q"^' 1^" jour; et la nuit enveloppa dans ses ombres le château de Dio;oine.
La fermeture prématurée du télégraphe, le 15 août, dans une gare intermédiaire entre Lourdes et Épinac, avait produit ce retard extraordinaire de la dépêche, — expédiée, comme on s'en souvient, immédiatement après le Miracle. Un incident ignoré, une fausse direction, la rupture d'un fd, nous ne ^^ savons, devait malheureusement la retarder encore, hors de toute proportion.
Nox nocct . Les insommies sont fécondes en pensées noires. L'esprit comme la nature, prend des teintes sombres au milieu des silencieuses ténèbres durant lesquelles les yeux demeurent ouverts...
Le lendemain matin, quand Mme de Musy quitta sa chambre, chacun remarqua sa tristesse profonde.
Vers onze heures, le courrier arriva comme de coutume. La lettre quotidienne de l'abbé Antoine était datée du jeudi, vigile de l'Assomption, et ne comptait (pie quelques lignes sans importance.
^ Ce jour-là, 16 août, était la fête de Mme de Musy. Il y a
parfois, dans les familles, un saint spécial et traditionnel, sous le patronage duquel sont placés tous ceux qui ^
e soit leur sexe. Dans la mai-
^%^^'v; son Costa de Beauregard, il en était ainsi. .r!T^^^^^^ Mme de Musy, qui en était issue, se nommait Armauce Geneviève-INIarie-
Roch. /-^^ Bien
a la ^ designer sa fête se célébrait le
On avait, à cette occasion, invité prêtre de C-Juches-les-Mines et son nous avons dit avec quelle invincible
({ue son prénom usuel qui servait
dans l'intimité, lût « Armance »,
jour de Saint-Roch.
i dîner pour midi M. l'archi-
S, vicaire... La Mère avait compté
assurance) que l'on fêterait en
même temps la guérison de Victor.. Hélas! un vaste écroulement s'était fait en elle. Ce qui jusque-là lui avait semblé certain comme une parole divine n'était plus que possible et, par mille côtés, improbable. A la tranquillité de sa foi avaient succédé le doute le plus cruel et l'incertitude la plus douloureuse sur le résultat de tant de prières. La voix intérieure qu'elle avait jugée infaillible l'ayant trompée, elle ne savait plus à quoi rattacher son espérance déçue. Elle voulait croire cependant ; et ses mains, jointes à tout instant, témoignaient qu'elle tentait de se [contraindre elle-même h cette foi sans hésitation à qui le Seigneur a promis les Miracles. ^lais ses efforts \5^r^-^ étaient infructueux : et, ce qu'elle possédait pleinement la veille,
elle essayait vainement de le reconquérir
Hier, elle était sur la terre ferme; aujourd'hui, elle se débattait dans les angoisses désolées d'une mer sans rivage, et elle murmurait tout bas le mot de Jésus, dans les affres de l'aoonic : « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonné?»
Accoutumée à .s'oublier elle-même, elle se fit
^^ j;iii^ ^ g^
un devoir de tenir compagnie à ses hôtes, et, après le dîner, elle resta au salon, ainsi que M. de Musy, liumbert et Geneviève, avec M. rarehiprètre de Couches et son vicaire.
Symphorieu, à 1 issue du repas, était allé aux environs. La jeune Marie se promenait dans le parc, M. Tabbé Bourbonne achevait son Bréviaire dans une allée de tilleuls.
Vers trois heures, Mlle Gc neviève sortit pour rejoindre M. labbé Bourbonne, ayant besoin de s'entretenir encore,ctdeson frère, et de la Grotte de Lou rdes, où sa pensée était toujours... Dans le salon, elle n'osait aborder ce sujet devant la tristesse de sa mère.
Au bas de l'escalier, qui donne sur l'allée de tilleuls, elle aperçut une femme étrangère à Digoine, qui arrivait le long de l'avenue. Geneviève s'avança vers elle pour s'informer de ce «[u'elle voulait.
La femme était envoyée par le Chemi fer. Elle tendit un ] télégraphi(pie.
Le sang de Gen^ vièveaKlue ii son co et il se fait en elle t un bouillonnemei multueux. Elle pidépèche. Le ti «"•ramme venait Lourdes , et portait cette ^ adresse :
ri Madame de Musy...
Elle se dirige vers le château et, ^^^^ rencontrant l'abbé Bourbonne :
^^t, ^? — C'est peut-être la guérison de
f <; • Jt^ mon frère! dit-elle toute tremtr^ blante... C est la dépèche que ma %^ jL^ mère annonçait depuis deux jours! Je cours la lui porter.
L'abbé Bourbo nue regarde l'adresse, lève les veux au ciel et s'éloicrne comme pour réfléchir et recueillir ses forces.
Mlle Geneviève fianchit le perron ; elle peut à peine marcher. Une réaction de son espérance, une grande crainte l'a saisie tout à coup. Elle redoute que ce ne soit quelque mauvaise nouvelle. « Les dépèches à Digoine ^, . n ont ius(|u Ici annoncé
1 xl , .< ^.y^^, ^\^;^ morts! » sonofe-
est violemment tentée
de briser le cachet, mais elle n'ose par respect pour sa mère :« Si c'était le Miracle!
nulle autre qu'elle ne doit l'ap prendre la première... Cette chère mère! elle l'a bien mérité!... Mais pourra-t-elle soutenir une telle émotion?... «Les sentiments les plus opposés se heurtent dans son âme. Elle ouvre la ])orte du vestibule, puis celle du salon. Elle s'efforce de maîtriser sa voix et de la rendre calme : — Ma mère, dit-elle, on vous demande... A cette heure de la journée, les pauvres, quand ils n'avaient pu arriver le matin, se présentaient parfois chez a la Bonne Dame ». Comme le curé de Lourdes elle avait a un(
r clientèle ». Mme de Musy crut que c'était quelqu'un de ces visiteurs habituels.
— Me voici à l'instant, réponditelle, ne voulant pas interrompre la causerie de l'un deses hôtes.
Elle tarda donc quelques minutes à sortir.
j j Dans le vestibule, Geneviève, J" fiévreuse, attendait. Craignant de voir sa mère défaillir sous le couj) delà brusque impression qu'allait causerie seul aspect de la dépêche, elle dissimula dans la manche de son vêtement le papier bleu de l'administration télégraphi que.
La porte du salon s'ouvre enfin. Mme de Musy est '(3:, surprise ^^
clo trouver sa fille seule clans le vestibule...
— Qui donc me demande.' Je n'aperçois personne.
— C'est une femme... Elle est h la cuisine. Et, cela disant, Gcnevièveavance un fauteuil — • Assevez-vous là un moment...
— • IM'asseoir?... répond Mme de Musy
étonnée, etnecomprenant rien au je ne sais ([uoid étrange qu'ily adans la physionomie et dans 1 accent de sa fille.
— Je vous en prie, maman , asseyezvous ! reprend celle-ci avec une insistance suppliante.
— Mais cpi'est-cedonc? qu'est-ce donc? répète alors Mme de Musv, en cédant à la pression qui lui est faite et s'asseyant.
— Voici une dépèche pour vous. Elle est de Lourdes.
La Mère la saisit, mais sans rompre le cachet. Elle la tient serrée dans ses mains convulsives. Haletant et pouvant à peine parler, elle prononce cependant ces mots :
— C'est la guérison de Victor! O mon Dieu! quelle grâce! il est ouéri ! d est o^uéri !
— Ma mère! ma mère! je vous en conjure : ouvrez la dépêche! s'écrie Geneviève épouvantée.
Les doigts agités ont peine à briser l'enveloppe.
Elle regarde, elle lit : et, par un phénomène extraordinaire, sa parole devient ferme :
« De Lourdes, 15 (loùt. — Vive Marie ! ^L de Musy est guéri à huit heures, matin. — Antoine. »
i^lic se lève, elle rentre au salon, tenant toujours le ^^ télégramme dans sa main droite, tournée vers
le ciel. La majesté de son visage est incompa
rable, son retrard est transfiguré. Les cordes les plus sublimes de la nature
luiniaino, l'adoration, la gratltiule, l'amouv maternel , vibrent dans l'éclat de sa voix :
— Victor est guéri ! c'est la délivrance de mon fils! c'est le triomphe de la Mère de Dieu ! ! !
Le père, muet de bonheur, fait un o-este pour bénir le Tout-Puissant et des larmes silencieuses coulent sur les joues du vieillard. Des exclamations de félicité délirante ^J' traduisent les impressions d'Humbert. Les deux prêtres sont bouleversés. Accourant du dehors, la jeune Marie, qui avait si souventes fois soigné, distrait et égayé son oncle, tressaille et bondit de contentement, comme jadis David devant l'arche sainte... L'abbé Bourbonne est entré aussi, et toutes ces âmes ne sont qu'une seule ' ame.
Mme de Musy est demeurée debout... Mais voici (|ue ses traits s'affaissent. Elle devient d'une pâleur extrême, toute blanche comme le linceul.
— Ma mère! qu'avez-vous? (\
— Oh ! ce n'est rien. C'est la joie, dit-elle en souriant. C'est mon cœur qui bat de bonheur ! . . . Oh ! comme il bat vite. . . Quelle grâce ! Vingt ans de maladie, toute une vie d'infirmité, tous ces maux incurables, disparus sur un mot de Notre-Dame de Lourdes ! Remercions Dieu ! remercions la sainte Viero-e! A g-enoux!... M. Humbert entonna le Magnificat.
INIme de Musy voulut faire part , elle- ^ \>^ même, de la nouvelle à tous ses servi-
teurs.
Elle cmb vieille Claïuhne,
de chambre, les plus humbles servantes. Puis elle sortit, elle alla chez le jardinier : « Mon
fils est guéri ! »
Sa joie sui abondait; elle avait besoin de la crier, de la faire déborder, de la répandre.
Le soir, la chapelle de Digoine ne put contenir l'affluence qui commençait à remplir le château. Tout le pays connaissait déjà le bienfait de Dieu. L'abbé Bourbonne prêta -^^
la grande voix de l'Église à la gratitude universelle : Te Deum laiidamus! Te Dominiim confileniur!
En sortant de la chapelle, Mme de Musv fut prise de nouveau par cette pâleur subite qu'elle avait eue quelques heures auparavant au salon. Et comme alors *^« elle répondit encore :
— Ce n'est rien!.
^;'.rw::M
C'est la joie... C'est mon $■
cœur qui bat de bonheur... Ce n'est rien !...
vtfe
lÉ
Ce n'est rien ! — Ah ! pau^ i e mère, la joie est quelque chose.
Et elle peut , hélas ! comme la douleur , .^ briser notre fragile nature. Et le
cœur qui bat trop vite peut finir par se rompre sous le poids soudain de la félicité !
Mme de Musy venait de ressentir la première atteinte de la maladie qui devait, "-' non point d'une façon immédiate, mais à la suite d'un certain temps, lui ouvrir les portes du Ciel.
Le médecin, M. le docteur Bidault, fut mandé. — Hélas ! dit-il, elle ne pourra plus désormais quitter le lit ou le fauteuil!...
— Le jour de l'Assomption m'eût trouvée préparée, répéta plusieurs fois Mriie de Musy. J'attendais la dé- ' pèche. Mais le lendemain, je ne 'A l'espérais plus.
' Elle ne permit point que l'on ins- /) 3 truisit son fds Victor du contre- ^ coup qu'elle avait reçu de sa guérison :
— Je veux, dit-elle, que rien ne trouble, aux pieds de Notre-Dame ,,^. de Lourdes, ni son bonheur ni son
af
action de sfràces !
ÎMi M. l'abbé ^. de Musy et son fidèle ^
Achate quittèrent la cite bénie le jeudi 21 août, après avoir fait leurs adieux au curé Pcyramale, à M. Pellegrin, à l'abbé Sire, à petit Pierre, aux amis qu'ils avaient en quelque sorte reçus des mains mêmes de Notre-Dame de Lourdes.
Quel que fiit son profond désir de revoir Digoine et ses chers habitants , ce ne fut point sans
larmes abondantes que le paralytique guéri s'arracha à sa dernière prière, devant les Roches de Massabielle.
Il avait, ainsi qu'il se l'était promis, choisi pour la chapelle de sa famille la magnifique statue de \otre-Dame de Lourdes, qui la première avait frappé son regard, au moment de son douloureuxdébarquement dans la maison de la rue de la Grotte :
— Que Notre-Dame de Lourdes, dit-il, soit désormais la patronne de notre foyer!
fW
mèj^^é-
Les deux pèlerins partirent vers six heures t du matin et voyagèrent toute la journée , sans interruption, jusques à Cette, où ils couchèrent.
Nous ne raconterons m la stupeur des employés du chemin de fer ou des gens d hùtcl, ( reconnaissant dans ce prêtre, à l'allure vive t'M^jJ, et forte, le malheureux et inerte infirme -^^y qu'ils avaient si péniblement transporté à "5^ bras, deux semaines auparavant; — ni 1 émo- *^'.-7 tion de l'assistance chrétienne dans l'église Saint-Joseph de Cette, lorsque, pendant qu'il célébrait la messe avant de reprendre le train, , ^O le bruit se répandit parmi les Fidèles que , j« c était l;i l'homme miraculeusement *;* ^ guéri })ar la sainte Vierge; — ni la .^ . «;' peine (ju'il eut à s'échapper de cette ' . ville et à se dérober à une ovation.
iir
^vr?
<ffnfa
Comme lui-même, nous refusons de nous attarder aux incidents de la route; comme lui, nous sommes pressés de courir à toute vapeur : nous avons hâte de retourner
à Digoine.
Le vendredi, M. Humbert de jNIusy, quoique plus souffrant encore que de coutume et se mouvant avec difficulté, quitta Digoine dans la soirée, et se trouva à la gare de Chagny bien avant 1 heure du train.
Il lui semblait qu'il allait s'éveiller d'un rêve extvaordi- S^^'^^"^^^^ naire.
Malo;ré les lettres de Lourdes, malofré toute évidence morale, il se sentait, en dépit de lui-même, envahir par cette incrédulité h laquelle ne put échapper l'apôtre Thomas se refusant à
tout témoio-nao-e.
— Le voir marcher! le voir marcher! oh! non, c'est impossible!... Saus doute, en mapercevant, il va ramasser toutes ses forces... Ah! si, h l'écart et sans qu'il me sût là, il m'était permis de suivre de l'œil ses mouvements naturels !
Et, dans ce but, il résolut de rester dans le bureau du chef de station et d'assister ainsi, perdu dans l'ombre d'une encoignure, à la desceate des vovageurs.
Le roulement lointain des roues d'acier sur les rails de fer se fit
entendre; la cloche sonna; les emplovés se précipitèrent; et, à
travers les ténèbres de la nuit, apparurent les reflets flamboyants
de la locomotive qui s'arrêta, docile, en face de la gare vivement
éclairée.
La résolution de M. Iliuiibert ne peut tenir contre l'anxieuse ^ impatience dont il est dévore, et d'un pas, à la fois rapide à cause de son empressement et pénible à cause de ses douleurs, il s'avance sur le rpiai du débarcadère. Mais déjà, de l'autre extrémité du train, le regard perçant de son frère l'a reconnu. Descendant avec agilité de son Avagon, l'abbé de Musy est accouru et le presse dan s ses bras. — Ilumbert !
— • Victor!
Etreinte pleine de larmes.
1 bonheur! Oh! quel bonheur oir guéri !
Oh! mon pauvre Humbert, qne je drais que ce fût toi !
— Non! non! oh! certes, non!
Et comme Dieu, cher frère, a mieux choisi!... Ta vie est mille lis plus précieuse que la mienne', ne de bien tu vas faire!
Pendant que l'on transportait les malles, les deux frères s'assirent sur un banc, hors des
salles d'attente. .. ^.
ZESlMI-X
tbr
— Et notre jK'i'c? et notre mère? .
; -: et 5:7
ma
sœur? et tes enfants? Je vais Jonc vous revoir tous ! . . .
Il va falloir presser les chevaux.
— Mais, mon cher Victor, nous ne pourrions être à Digoine avant uue heure du matin, reprit Ilumbert.
-— Eh bien! qu'importe?
— C'est que notre mère est un peu souffra L'abbé de Musy eut un tressaillement.
— Rassure-toi ! se hâta d'ajouter Huml s'agit que d'un léger malaise. La nouvel ta guérison et de ton retour l'a agitée, et a mal dormi hier. Il lui faut une nuit bien quille, que notre arrivée troublerait.
^ >"' allons coucher ici, à l'hôtel, et partir
demain dès le point du jour.
\^5^-— - Devantles paroles d'Humbert, l'abbé de Musy n'eut aucune inquiétude.
ante.
ibert, i
?lle de
îlle
tran-
Nous
Au moment où, le samedi matin, ils traversaient Couches-les- Mincs, M. le docteur Bidault,
•frf
.i^^g^ qui habitait cette petite ville et qui attendait ' ,^Kj» les voyageurs au passage, vint féliciter son ancien malade et demanda à monter dans la voiture, pour prendre part, disait-il, au bonheur de la famille... Le lecteur devine que le vieux médecin craignait pour iNIme îde Musy le second coup de joie froudroyante qu allait recevoir son cœur, et qu'il tenait à être présent jDour toute éventualité.
La calèche suivait, au galop des chevaux, le chemin de Digoine. On connaissait cette calèche dans le pavs et on savait qu'elle ramenait le paralvtique guéri, celui qu on appelait « le bon monsieur A ictor )>. Tous ceux qui la rencontraient, tous ceux qni, travaillant aux champs ou aux vignes sur le bord de la route, apercevaient la physionomie radieuse du prêtre, levaient les bras au ciel, poussaient des exclamations, faisaient entendre des vivats. L'abbé de Musy les saluait de la main, de la voix, du sourire :
— Oui, mes amis, c'est bien moi! et je suis tout ii lait guéri! Mais on ne s'arrêtait jamais. Outre ([ue chacun comprenait la hâte des vovageurs, M. Humbert avait donné ordre de ne faire aucune halte, quoi qu'il advînt, de peur que l'on ne prononçât quelque mot imprudent sur l'état de Mme de Musy. Il voulait ([ue son frère goûtât dans toute sa douce saveur l'allégresse univcrâclle.
Les fermiers, les domestiques du dehors, tout le vaste personnel des exploitations agricoles, s'étaient portés au-devant de la voiture. Un grand nombre d'entre eux, mal informés de l'heure de l'arrivée, étaient restés toute la nuit à attendre. Plusieurs s'agenouillèrent'au bord de la route quand la calèche passa; et l'abbé de Musy. répondant ù leur désir, les bénit avec simplicité.
Tout à coup les lignes austères du château de Digoine se profdèrent à riiorizon : les sombres murailles, la haute tour, les chênes séculaires. L'abbé de Musy fondit
en larmes et avec lui le compagnon fidèle de son pèlerinage :
— Voilà Digfoine ! . . .
Ih étaient de retour après leur miraculeuse odyssée! Un long silence se fit... Sur un signe de M. Humbert, le cocher avait ralenti le pas des chevaux. A mesure que l'on s'approchait, tout devenait plus distinct.
— Qu'est-ce donc? demanda vivement l'abbé de Musy, les volets de la chambre de notre mère sont fermés...
Humbert lui prit la main :
— Cher Victor, notre mère est souffrante comme je te l'ai dit, mais un peu plus que je ne te lai dit. Elle garde le lit, et les volets sont fermés pour empêcher qu'elle n'entende les bruits extérieurs.
Et il fit connaître à son frère toute la vérité... La guérison du fils avait produit le mal de la mère ! Au sein de l'angoisse, la mère avait été frappée par la joie comme par une épée. Et voici que dans toutes les exubérances de la plus pure félicité, le fils était atteint par le glaive de la douleur!... 0 mystères de la Providence!..,
Arrivé à la grille du parc, labbé de Musy donna l'ordre d'arrêter et descendit de voiture : il voulut parcourir à pied et le front découvert l'ombreuse avenue que ses ancêtres avaient
plantée et par laquelle il allait rentier, à la suite dévénenients si extraordinaires, dans ce temple domestique et béni que Ion nomme la INIaison paternelle.
Mais déjà on avait aperçu celui que tous attendaient.
— Courez! courez à lui ! avait dit la Mère.
Et à peine avait-il fait quelques pas, que son vieux père, sa sœur, sa nièce, son neveu, étaient dans ses bras.
A ous vous souvenez, lecteur, de celte scène chante, esquissée par Notre-Seigneur dans la divine parabole de l'Enfant prodigue. Le père, qui allait souvent sans doute sur le chemin où lingrat avait disparu, a de loin reconnu son fils dans le misérable en haillons qui s'avance le fiont courbé. Et il accourt, et il l'étreint sur son cœur; et inclinant sa tète blanchie sur l'épaule du jeune homme, il baise en versant des pleurs son enfant reconquis.
Tel, mais avec un sentiment auquel ne se mêlait aucune amertume, tel le vieux comte de Musy pressa Victor sur sa poitrine, s'écriant , lui aussi, au milieu de ses larmes : « Mon fils était perdu et le voilà retrouvé ! Mon fils était
if r^.- • T
mrt rïrr*A
sans pareille : la robe de santé et de force, la belle robe
de In \\c. Les pieds, jadis infirmes, étaient agiles; les yeux, jadis sans lumiè- ; , ravon-
naient. Au lieu d'être parti dans le péché et de rentrer dans l'hu-
iliati
on comm
e le Prodio-ne, Victor
ifTr
héroï
était parti dans la soultrance héroïquement
supportée, dans Ihumble patience et dans la supplication, et
il rentrait dans la gloire.
Le père s'appuie sur le bras de son fils. Ce groupe est devenu
un cortège. Frémissant d'une émotion indicible, le triomphateur
a franchi le seuil du château paternel. Sur son passage la haie
des serviteurs accourus le regarde marcher : toutes les âmes en
quelque sorte se penchent vers lui. Mais nul n'ose ni s'approcher, ni
parler, ni baiser le pan de ses vêtements... Un religieux
■«^^^^x Nx^:^-^^^^
respect contient tous les élans : le paralytique guéri s'avance vers la chambre de sa mère.
La porte s'est ouverte au bruit de ses pas.
Mme de Musy est étendue sur son lit.de douleur. Pâle et comme mourante , mais illuminée par une céleste béatitude, elle f^^''^'Â tend vers son fils ses bras avides de lui. ^ # I
Il est auprès d'elle. Faisant passer toute ^ '^ son àiiie dans le baiser de ses lèvres, il est tombé il oenoux devant la couche maternelle, comme devant l'autel du sacrifice où repose le corps des Saints...
— Mon fils , dit-elle d'une voix dont rien ne peut traduire l'harmonieuse suavité, mon fils, tu étais déjà l'enlant de Marie. '\\\ l'es encore plus aujourd'hui. Elle sera à jamais ta protectrice, t; lorce et ta consolation... Ah ! ajouta-t-elle en souriant, je ne serai point jalouse d une telle Mère!
L'abbé de Musy s'était relevé, et tenait dans sa main la main de la Femme forte, celle-ci ne pouvait se lasser de contempler, dans toute la splendeur de la vie nouvelle qu'il rapportait de Lourdes, son enlant de prédilection. Pour lui, son cœur se serrait à la viude sa mère; et il se demandait, non sans une vague terreur, quel était le prix de la grâce inouïe qu'il avait reçue du ciel. Elle devina ses pensées :
— Ne crains rien, Victor! ta guérison va me faire vivre.
Filtrant à peine ii travers les volets fermés, un jour discret éclairaitcette scène incomparable que nous voudrions voir immortalisée par l'art, et qui est si bien faite, en vérité, pour tenlei le génie d'un grand peintre.
Autour de la mère malade et du paralytique miraculeu- -^
sèment dressé sur ses pieds, se détachent les pliysio- ^
NOTRE-D.\ME DE LOURDES
plus diverses, ère, courbé par l'âge et incliné sur le bois du lit , considère ces deux êtres bien-aimés, partageant à la s, et dans toute sa douceur, le ravis sèment de la malade , et dans toute leur amertume, les angoisses du prêtre guéri. A son côté, llumbert de Musy, le corps endolori et le front radieux, bénissant le Seigneur. Puis Geneviève, les mains jointes et ployant comme un roseau, sous le poids de ces émotions écrasantes. Là, le jeune Syniphorien et sa sœur Marie, bouleversés par la joie, par l'étonnement, par le sentiment de l'extraordinaire. Ici, debout auprès de sa maîtresse , la vieille Claudine émue, elle aussi, jusqu'au fond des entrailles, mais nullement troublée par ce spectacle qui ne surprend point sa foi.
A l'arrière-plan, se pressant contre la porte de la chambre, les domestiques, les servantes, les fermiers , forment un groupe compact dont les tètes s'échelonnent pour voir.
L'abbé Antoine, le compagnon du vainqueur, le témoin personnel de l'événement prodigieux, est le centre secondaire de tous les regards, de toutes les muettes interlogatious . 11 répond à cette curiosité il r a conte
au niiiiou des larmes, les détails que tous veident couuaître. Il fait passer sous leurs yeux, et le curé Peyraniale, et petit Pierre, et l'abbé Sire; et la guérison à la Crypte, et le Magnificat de la drotte, et la conversion de l'incroyant, et la seconde première messe.
Ecoutant ces épisodes du drame et assistant à son dénouement, le docteur Bidault est pétrifié par la stupeur. Le vieux médecin, tout pensif, dirioe tour à tour l'anxiété de ses yeux, et sur Victor de Musy, et sur l'image du Dieu llédemp teur appcnduc au mur. Il tente de palper l'Invisible. Il voudrait pénétrer les secrets de Dieu...
Oui, en vérité, ce serait l;i un admiialjjc tableau!
La vieille Claudine avant dû sortir un instant, aliii tlaller quérir quelque tisane, tous ceux qui étaient dans l'antichambre s'empressent tumultueusement autour d'elle pour avoir de ses lèvres le récit qu elle vientd entendre et qui n'était parvenu jusqu il eux que parparolesinsaisissables. Mais elle est comme étoulfée par son émotion contenue, et il lui est impossible de dire quoi que ce soit diine façon suivie. Résumant toutes choses avec une concision peu habituelle à son sexe et tout à lait digne de César, elle lève vers le ciel ses mains éperdues et ne peut que prononcer ces trois mots : « II voit ! Il est debout! Il marche! »
V ,,^^ Durant toute la journée, le château de Digoine lut visité et
})0\\v ainsi dire assiégé par les populations environnantes. Chacun voulait contempler 1 homme du Miracle.
L'abbé Ant(»ine pouvait à peine satisfaire aux mdh' (piestions dont il ('■tait assailli. A la piière de M. Iliiinbcrt, il écrivit en hàle une relation boiiimaiie du fait surnaturel accompli
— lui
Le 8 décembre suivant, en la fête de l'Immaculée-Conception, M. l'abbé dcMusy etson Irèrellumbeit se rendirent à Lourdes en action de orâces et firent enchâsser dans le sol de la Grotte une plaque commémorative dont voici le texte :
SURGE ET AMBULA (Luc,y, 23)