Voy. p. 73, n. 3, et p. 75, n
A MONSIEUR LABBE AUVRY. 73
Qu'un coup d'œil en passant, qu'un sousris favorable r ;
Que, dans son anti-chambre où tu me vois souvent
Avec tant d'affamez qui se paissent de vent 2,
Je viens, sans estre émeu d'avarice ou d'envie,
Pour estre admirateur de la plus belle vie
Et du cœur le plus Noble & le plus généreux
Que la France ait jamais veu d'un œil amoureux.
Tu crois que c'est trop dire, ayant dans la mémoire
Un Armand dont tu sçais que j'admire la gloire ;
Mais tu verras bien-tost si j'auray dit assez
Quand, ce siècle effaçant tous les siècles passez,
Tu verras dans la Paix, sous un si digne Maistre,
Comme en un âge d'or l'Abondance renaistre ;
Il va rendre avec elle au Monde ses plaisirs,
Car c'est l'unique but de ses ardans désirs,
Et c'est à ses travaux, c'est à ses nobles veilles,
C'est à ses soins, que Dieu reserve ces Merveilles.
L'orgueil de nos voisins enfin est estouffé ;
C'est assez combatu, c'est assez triomfé > ;
Et l'affreuse Discorde, au noir crin de Vipères,
A pris trop de plaisir au malheur de nos frères.
Que nous sert, cher Auvry, d'en estre triomphans, [36]
Puisque d'un mesme Dieu nous sommes les enfans,