‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 106 sur 236 · Cf., au T. 1" : Ep. xxvii, v · texte numérisé non relu

Cf., au T. 1" : Ep. xxvii, v

J'avois toujours quelque nouvelle Epistre, Dont je faisois un fort joly chapitre

35 Quand on manquoit de meilleur entretien

Et que l'esprit ne fournissoit plus rien. Aussi voyois-je, aux heures familières, De sa bonté des preuves singulières :

J'avois au Sceau toutes choses gratis : [120]

40 Committimus \ Arrests, Pareatis ^ ;

Quoy qu'un respect me tint la bouche close, Sans demander j'obtenois toute chose.

Il me souvient qu'un soir, m'entretenant Des privautez que j'eus avec Armand,

45 Et rappellant dans ma triste pensée

Le doux estât de ma gloire passée 3, « Pourquoy, dit-il, Abbé, ne songes-tu « Aux vrais honneurs qu'on doit à ta vertu ? « Quand tu parlas, à ton retour de Romme,

1. « COMMITTIMUS. s. m. Droit ou privilège, que le Roy accorde aux Officiers de sa Maison & à quelques personnes ou Communautez qu'il déclare avoir pris en sa protection «Se sauvegarde, de plaider en première instance aux Requestes de l'Hostel ou du Palais en toutes leurs affaires pures personnelles, possessoires, ou mixtes, & d'y faire renvoyer ou évoquer celles qui seront pendantes devani d'autres Juges, pourveu qu'elles ne soient point contestées. Le Committimus du grand Sceau n'étoit autrefois que pour les Commensaux de la Maison du Roy, & attire les affaires de tous les endroits de la France aux Requestes de l'Hostel ; mais il a été estendu depuis à plusieurs autres personnes. Le Committimus du petit Sceau ne s'étend que dans le ressort du Parlement, et attire les affaires aux Requestes du Palais.

« Committimus signifie aussi les Lettres qu'on délivre au grand & au petit Sceau pour l'exécution de ce privilège. » (Furetiére 1690).

2. « PAREATIS. s. m. Terme Latin usité en Chancelerie & en Pratique (a). Un pareatis est une lettre de Chancelerie qui s'obtient pour faire exécuter un contract ou un jugement hors du ressort de la Justice où il a été rendu. Le pareatis du grand Sceau est exécutoire pour toute la France. » (Furetiére 1690).

^ Voy. T. I'"- : p. 47, n. 7.

(fl) Sur ce mot, voy. p. 32, n. 4.

A MONSIEUR LE MARaUIS DE LEUVILLE. I57

« De faire au Sceau ton Père Gentil-homme,

<f Je n'aurois pas esté plus délicat

ce A t'eriger en Conseiller d'Estat.

« De cet honneur fais-tu si peu de conte ? »

a — Moy ! », respondis-je avec un peu de honte,

De cette grâce & surpris & confus ;

« En suis-je digne ? Et si, quand je le pus,

« Je n'obtins pas cette marque honorable,

« Dois-je trouver ce temps plus favorable,

« Moy qui n'ay plus de faveur aujourd'huy

(f Et qui sans toy serois privé d'appuy ? »

« — Puis, me dit-il, que cet honneur insigne

a Dépend de moy qui t'en ay jugé digne,

« Et que plusieurs, que par toy j'ay connus,

« A ce haut rang sont déjà parvenus

« Qui n'avoient pas ton rang ny ton mérite,

a Souffre aujourd'huy qu'envers toy je m'acquitte :

cr Sans contester va prier Guenegaut % [121]

« Qui dressera tes Lettres comme il faut ;

« Qu'il te les signe & puis me les apporte. »

J'obeïs donc, & je fus à sa porte

Six jours après avec mon parchemin.

Mais, mal-heureux, j'appris par le chemin

Qu'en d'autres mains on venoit de remettre

I. Henri de GutNÉGAUD (1609-1676), seigneur du Plessis-Belleville, conseiller du roi en ses conseils, est secrétaire d'Etat et secrétaire ;es commandements du roi depuis 164?. 11 est âgé d'environ 41 ans. Dans cinq ans (1656) il deviendra garde des sceaux des ordres du roi et marquis de Plancy (Cab. des titres : Pièces orig. 1425 : f° 91 ; Dossiers bleus 356: 8608, f"' 6 et 16. — Expilly : art. Plancy).

Son frère cadet, Claude de Guénégaud (1614-1686), conseiller du roi en ses conseils, est trésorier de l'épargne depuis 1645 (Galettes : 1643, P- 172), et deviendra seigneur du Plessis-Belleville en 1656 (Cab. des titres ; Pièces orig. 1425 t f" 91 et 118 ; Dossiers bleus 536 : 8608, f°' 6 et 16).

Le Sceau fatal qui manquoit à ma Lettre K

y- Admire icy mon Destin enragé :

Ce bien perdu, que j'avois négligé, Vint me reprendre avec un tel Empire (Par la raison que toujours on désire Ce qu'on void bien qu'on ne peut obtenir),

80 Que de mon cœur je n'ay pu le bannir.

Mes autres biens me sembloient ridicules : Pour celuy-cy j'aurois donné mes Bulles Et mes Brevets & mes Committimus.

Enfin jamais je ne fus si camus

85 Que quand je vy mon attente duppée

Et cette grâce à mes vœux échappée.

Tu pourras dire, & diras vérité.

Que j'aurois mal remply la dignité.

Que nostre France, & pauvre & dépouillée,

90 Par prudes gens doit estre conseillée.

Que je suis bien de quelque esprit doué, Mais pour l'Estat qu'il est trop enjoué. Certes, Marquis, la raison seroit bonne Si mes advis regardoient la Couronne ;

95 Mais, grâce à Dieu, de plus grands fous que moy

[122] Portent ce tiltre ; &, sans déplaire au Roy, Je l'ay déjà, ce brillant caractère.

En qualité d'Aumosnier ordinaire ; Et tu sçais bien qu'encor je suis compris

loo Au fameux rang de ces quarante Esprits

I. Les sceaux, retirés à Pierre Séguier, ayant été remis au marquis de Châteauneuf le 2 mars 1650 (Tessereau : I, 465), la conversation que Bois-Robert vient de rapporter eut lieu le 24 février 1650, c'està-dire un an environ avant la rédaction de la présente épître.

A MONSIEUR LE MARaUIS DE LEUVILLE. 159*

Qui chez SEGUIER font un si beau Collège ^

Et d'Evoquer ont le grand Privilège.

C'est cela seul qui pourroit t'empescher

De m'obtenir un bien qui m'est si cher ;

Rien ne peut faire obstacle à tes Offices,

Puis qu'un tel droit, acquis à mes services.

Et que sans toy je me suis procuré,

M'est au Palais doublement asseuré.

Hazarde donc & tente un peu la voye

De restablir dans mon cœur cette joye ;

Au pis aller, je promets qu'un refus

Ne me rendra ny triste ny confus ;

Si tu m'obtiens l'effet de ma Requeste,

Dy que l'honneur qu'on mettra sur ma teste

Et qu'on m'offrit n'aguere aux yeux de tous

Ne fera point murmurer les jaloux :

J'ay, grâce à Dieu, vescu dans quelque estime,

Et ma raison par fois vaut bien ma rime ^.

1. Les académiciens tiennent leurs séances chez Séguier, « protecteur » de l'académie.

2. Pour ce qu'il adviendra de cette requête, voy. ci-dessus : Livre II, Ep. vi.

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