‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 150 sur 236 · I. Voy. p. Il, n. I · texte numérisé non relu

I. Voy. p. Il, n. I

Si des bons mots on me fait donc l'Arbitre, Vous me pouvez souffrir à quelque titre ; En ce cas-là, j'ay payé mon escot Mieux que n'a fait tel Plaideur ou tel sot ; loj Tel sage mesme, avec tout son mérite,

Peut mieux que moy passer pour Parasite.

Quelqu'un, peut-estre, en lisant ce discours, Sage Pompone, ornement de nos jours, Croira ma Muse un peu trop familière ; iio Mais ce quelqu'un manquera de lumière.

Souffrirez-vous que j'ose repartir Que tout mon but est de vous divertir. Que la louange ailleurs aura sa place, Et que ces Vers devant vous ont leur grâce ? 1^5 Je vous connoy : tel qui vous a loué

Vous touche moins qu'un esprit enjoué Qui son talent en liberté déployé Pour vous donner quelques momens de joye. Quand le chagrin veut de vous s'emparer, I20 C'est charité que vous en retirer.

Si le respect ne me rendoit timide, [182

Dés que je voy que vostre front se ride. Par un bon mot je vous l'applanirois, Et le public parla je servirois.

12) C'est toutefois une chose assez rare

Quand vostre esprit dans le chagrin s'égare : De sa nature il est doux & charmant ; La gravité vous sied divinement, Mais la douceur dont elle est tempérée, ^30 Que l'on voit crainte aussi bien qu'adorée.

Fait, si quelqu'un tremble en vous accostant, Qu'il vous bénit aussi-tost en sortant.

Je vous ay veu doux, civil, accostable,

Dans le passage, à la chambre, à la table ;

Quelques Arrests que vous ayez donnez.

Je n'ay point veu de Plaideurs mutinez ;

Par un secret qui passe la Nature,

Chacun vous loue & pas un ne murmure :

Non sans merveille, on vous voit estimé

De l'appellant comme de l'intimé ;

Je les ay veus, comme on voit un miracle,

Qui respectoient tous deux un mesme Oracle

De vostre bouche, & dans le mesme Arrest

Sentoient tous deux flatter leur interest.

Aux siècles vieux qu*a-t-on veu de semblable?

Que dit l'Histoire & qu'invente la Fable,

Qui se rapporte à ces evenemens

Parmy les vieux & les nouveaux Romans ?

Les vieux Gâtons & les vieux Aristides [1S3]

Par dessus vous n'ont rien eu que des rides :

J'ose vous dire au moins qu'ils n'avoient pas

Ce qu'on vous voit de charmes & d'appas ;

Pour la vertu, vous marchez sur leurs traces,

Mais je sçay bien qu'ils n'avoient pas ces grâces,

Cet air Auguste & cette Majesté

Qui font honneur à vostre dignité

Et qui font voir que nous avons un homme

Digne d'Athene & de la vieille Rome.

Mais où m'emporte un zèle trop ardent ?

Je vay passer pour un homme imprudent :

J'avois pour but de rire & de vous plaire,

Et je fais plus que je n'ay voulu faire.

Sage Pompone, il est bien mal-aisé

Que vos vertus, dont je suis embrazé.

Offrent leur charme à ma Muse débile

Sans qu'elle s'enfle & redouble son stile.

Il n'est pas temps, direz-vous, de louer Qjaand pour vous plaire on cherche à se jouer. J'en suis d'accord, mais souffrez que je l'ose ;

i7t> D'un stile libre on souffre toute chose :

Jusqu'à nos Dieux (soit dit sans vanité) Ont pris plaisir à cette liberté Qui me sied bien, qui, quand je la hazarde. Ne blesse rien du respect que je garde.

17) Si toutefois ce mélange à vos yeux

Doit plaire moins qu'il ne plaist à nos Dieux, Arrestez-moy dés la première ligne; [^^4]

De ce dégoust donnez le moindre signe : Je me tairay, non sans quelque regret.

Vous me verrez toutefois plus discret Que l'Advocat qui sort de sa matière, Qu'on fait conclurre après une heure entière, Et qui se plaist si fort en son discours Qu'il n'entend rien & veut parler toujours.

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