A MONSIEUR DE PELISSON
Je craignis plus pour ce que j'ayme [20e] Que je ne craignis pour moy-mesme.
1) Mes billets, qui t'ont accablé,
T'ont dit combien j'estois troublé Et comme, en sortant d'un martyre, Je r'entrois toujours dans un pire.
Les jours que j'avois de repos,
20 Je tremblois pour nostre Héros ;
Seul il occupoit ma pensée, Et, quand ma fièvre estoit passée, Pour luy je sentois des accès Dont je craignois plus le succès.
25 Au fort de mon impatience,
J'oy dire qu'il donne audience ; J'apprens qu'il est visible & sain 4, Et, sautant du lit tout soudain.
Plein de l'ardeur qui me transporte,
30 Je me fais mener à sa porte :
Le Médecin a beau prier.
Je sors & le laisse crier.
L'air me fait tomber en foiblesse.
Et là, pour comble de tristesse,
3) J'apprens, non sans en murmurer.
depuis 1657, premier commis du surintendant Foucquet, dont il est le favori. Il a publié en 1653 sa Relation contenant Vhisigire de l'Académie, qui lui valut d'être admis aux séances de l'académie avant d'être académicien. Il est âgé de 30 ans. Sur le rôle de mécène qu'il joue chez Foucquet, voy. : Châtelain, Le surintendant Nicolas Foucquet... : p. 101-154.
2. Nicolas Foucquet (voy. p. 7, n. i) fut gravement malade du 16 au 28 juin 1658 : du 2} au 28, on le crut perdu (Lair, Nicolas Foucquet : I, 439-441). li est âgé de 43 ans.