DE LA SUZE
Il luy demande s'il est bien vray qu'elle ait de l'estime pour ses Epistres & qu'elle luy ait ordonné de luy en écrire une.
[écrite après le 4 février 1657] ^
Comtesse Illustre, Héroïne admirable.
Dont la Naissance est si considérable Qu'au dessus d'elle on ne voit que les Dieux,
[211] Et ton esprit encor plus glorieux, Est-il bien vray que, si je t'ose écrire En petits Vers, tu daigneras les lire ? due cet esprit, seul au Monde accomply. Comme les Dieux de soy-mesme remply.
Souffre un moment que sa gloire s'abbaisse Jusqu'au nea,nt qu'il voit dans ma bassesse. Et que mon style, excitant son désir.
I. Henriette de Coligny (1618 ?-i673), femme de Gaspard DE Champagne, comte de la Suze. est célèbre pour ses élégies ; les personnes de son entourage savent qu'elle les écrit en prose et les fait
Ait l'heur encor d'occuper son loisir ? Tu me l'as dit, & c'est ce qui me touche : La Vérité qui se plaist dans ta bouche Fait malgré moy que j'ose présumer Que je puis plaire à qui peut tout charmer, Et que le Ciel ne m'est pas trop avare Si cet esprit si brillant & si rare Cherche en effet, sans peur de s'abbaisser, Dans le mien seul dequoy se délasser.
Mais ce plaisir, où mon orgueil se plonge, Seroit-il point l'effet de quelque songe ? Non, c'est de toy qu'en effet il me vient ; Quoy qu'il soit grand, Comtesse, il m'en sou- Troublant mon cœur enyvré de sa gloire, [vient; C'est peu qu'en suite il trouble ma mémoire : Elle doit bien garder un souvenir Qui la consacre aux siècles à venir.
Tu sçais, Comtesse, en quel lieu de la place 5 Tu me parlas, & de si bonne grâce Que, transporté de ce que tu me dis [212]
Dans ce beau lieu qui m'est un Paradis, Je fis céder sans peine à mes oreilles Mes yeux charmez de mille autres merveilles. Dans ce réduit, brilloient comme à l'envy Cent beaux objets dont l'œil estoit ravy.
versifier par ses familiers, tels que Pellison. 11 y a quelques années, elle s'éprit du poète Hercule Lacger (voy. p. 79, n. i) ; « il est à cette heure conseiller à Castres ». Elle a une quarantaine d'années. Dans quelques années (9 août 1661), elle se séparera d'avec son mari, « borgne, ivrogne, endetté ». (Moreri. — Tallemant : IV, 228-240).
Elle est arrière-petite-fille du célèbre amiral de Coligny, tué à la saint Barthélémy.