‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 173 sur 236 · Voy. p. 258, n · texte numérisé non relu

Voy. p. 258, n

3. La place royale : probablement chez la duchesse de Chaulnes (voy. Livre I'^ Ep. v).

Et j'admiray comme en si peu d'espaces On eust rangé tant d'Amours & de Grâces ; La tienne, Illustre & sans l'ayde du sang,

40 Belle Comtesse, y tenoit bien son rang :

Là tes beaux yeux, dans une juste guerre. Firent quartier aux plus beaux de la terre ; Là dans ta bouche un souris gracieux, Qjai secondoit la force de tes yeux,

45 A mille cœurs, insensibles aux charmes

Des autres yeux, firent rendre les armes. J'admiray donc ta grâce & ton pouvoir Dans le plaisir qu'on avoit de te voir. Mais j'en sentis un plus doux, un plus tendre,

$0 Un plus parfait dans celuy de t'entendre.

Un ton mêlé d'agréables langueurs.

Par ta voix seule ébranla bien des cœurs. Mais tu fis bien d'autres Métamorphoses : duand on gousta la substance des choses,

55 On fit céder la belle Antiquité

A cette heureuse & riche nouveauté,

Et Ton crut voir dans ta belle Elégie

Tous les secrets qu'on cherche en la Magie.

« O ! m'écriay-je, ornement de nos jours, [213]

60 « Reyne des Vers & Mère des Amours,

« Comtesse Illustre, Héroïne admirable, « Quel esprit rare au tien est comparable ? « Soufi"re au Parnasse entre tes Courtisans « Ses plus fameux, ses plus grands Artisans,

65 « Et permets-leur d'apprendre à ton exemple

« L'Art qui tout seul te rend digne d'un Tem- Quand on eut donc sur tes charmes .divers [pie. » Loué fort haut la douceur de tes Vers, Je fus surpris quand lu me fis connestre

Qu'en ce bel Art je n'avois point de Maistre,

Que, d'un Horace imitant les douceurs,

Seul sur tes pas je suivois les neuf Sœurs,

Et que j'avois un talent admirable

Qui, dans son genre, estoit inimitable ï.

a J'en voy, dis-tu, qui plus loin ont passé

» Le dramatique, & qui t'ont devancé ;

« Quelqu'un encor te surpasse au Lyrique ;

a Mais on te cède au genre Satyrique ;

« Et, pour l'Epistre en Vers libres et doux,

« On te peut dire unique parmy nous :

a Jusqu'où tu vas, nul art ne peut atteindre,

« Tu peins si bien ce que tu veux nous peindre

c( Qu'on ne peut mesme imiter en parlant

« Ton style aisé, naturel, & galand ;

« Et, ce qui fait qu'en ce genre on t'admire,

« Nul que toy seul n'y dit ce qu'il veut dire 2. »

Je baissé l'œil de honte à ce discours ; [214]

Mais quelque Dieu, qui vint à mon secours,

Me fit lever la teste, à la nouvelle

Qui me venoit d'une bouche si belle ;

« Outre, disois-je en prenant son party,

« Qu'elle est fidèle & n'a jamais menty,

c< Celle qui parle avecque tant de grâce

« Plus que nulle autre a crédit au Parnasse ; "

« Tous ses secrets, qui luy sont découverts,

i( Luy donnent droit de bien juger des Vers :

a Chasse donc loin ta pudeur, qui s'oppose

« A son Eloge, & crois-en quelque chose. »

Je ne sçay pas si je fus transporté

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