Voy.T. I" :p. 47, n
A MONSIEUR DE LYONKE. 267
Non seulement j'estois exclus
De mes secrettes avenues.
Aux Ministres mesme inconnues,
Mais, faisant ma Cour aux Huissiers,
Je vy que jusqu'aux Officiers,
Qui m'adoroient sous ce grand Maistre, [225]
Avoient peine à me reconnestre ^
Enfin JULE au gouvernement
Vint marcher sur les pas d'Armant,
Et, comme j'aymois ce grand Homme
Avant qu'il fust Prince de Romme,
Je fus consolé de le voir
Dans sa gloire & dans son pouvoir.
Mais la grandeur de sa fortune
Luy devint bien-tost importune.
Et le Destin me l'arracha
Dés le moment qu'il se cacha;
Non, je n'eus pas l'ame assez forte
Pour aller en vain à sa porte
Chercher un cœur qu'il me donnet
Autresfois dans son Cabinet ^ :
Dés que j'eus perdu mes Entrées,
Je me sauvay dans des Contrées
Où je vy, selon mes souhaits,
Régner l'innocence & la paix.
Mais je perdis bien-tost l'envie ^
De cette obscurité de vie.
Et, malgré l'amour des neuf Soeurs,
Je m'ennuyé de ses douceurs.
1. Voy. T. I*': p. 23, n. 2, dernier alinéa, et (toujours au T. !*"■) Ep. ni, V. 38 et suiv., Ep. ix, v. 47 et suiv,.
2. Sur la difficulté qu'il y a à voir Mazarin, voy. T. I", p. 47, n. j.
^5 Mes amis, qui me rappellerent.
Tout de nouveau me signalèrent ; Je revy JULE en son éclat ; J'aymé la Cour, j'aymé l'Estat ; Le Roy me trouvoit agréable,
70 Et dans son Enfance adorable
J'admirois mille qualitez Dont mes sens estoient enchantez ; Content, j'applique mon estude A chasser toute inquiétude.
75 Mais, las ! j'appris en revenant
(Et ce coup-là fut surprenant) Qu'Abel avoit repris sa place, Et que j'estois dans sa disgrâce ^ ; Que, tout puissant comme il estoit,
80 Dans son ame il me detestoit ;
Que, sur le rapport d'un faussaire.
Ce Ministre si nécessaire, Rappellant de vieux sentimens.
Sur mes petits appointemens
^5 Par une méchante coustume
Chaque an donnoit un trait de plume.
JULE, qui sçavoit bien pourquoy.
M'en plaignit, & s'offrit à moy, Connoissant que j'estois sans crime, 90 Pour me regagner son estime.
Mais, si je m'y fusse attendu.
Tu vois bien que j'estois perdu :
Ce orrand Homme est inaccessible.
I. Cela se passait donc à la fin de l'hiver de 1652-165 3, puisque c'est le 8 février 1653 que Servient fut, ainsi que Foucquet, nommé surintendant des finances (voy. p. 168, n. i).
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Et, quand il veut estre visible,
11 faut bien estre aymé de Dieu
Pour sçavoir & l'heure & le lieu ^
Pour voir ma peine terminée, [227]
Je m'obstiné plus d'une année
A voir si j'aurois son accès,
Et ce fut toujours sans succès.
Au défaut donc de sa puissance,
J'eus recours à ton assistance :
Tu parlas généreusement,
Mais ce fut inutilement ;
La bonace n'estoit pas preste ;
Le sort vouloit que la tempeste
Sur moy fist un plus grand effort
Avant que j'arrivasse au port.
Dés qu'on vit que ce grand Ministre
Sur une avanture sinistre
Me crut coupable, & m'avoit mis
Dans le rang de ses ennemis,
Mon délateur eut cent complices.
On me fit cent mauvais offices.
Chacun à l'envy m'accabla,
Et mon mal-heur en redoubla
Jusques-là qu'une Auguste Reyne
Me jugea digne de sa haine.
Crut ces rapports sans balancer, ,
Et de Paris me fit chasser ^.
Mes amis, qui, pleins de puissance,
Voyoient clair dans mon innocence.
Dans peu de mois me firent voir