A MONSIEUR DE LYONNE
Tout beau, Muse ! tu n*es pas sage, [231]
Tay-toy, n'en dy pas davantage ;
On sçait d'où ce mal m'est venu,
On l'a souffert, on l'a connu ;
Il faut bien qu'enfin j y succombe :
Mon Protecteur est sous la tombe.
Je ne puis te dissimuler Que, quand je me vis exiler Et que pour toute recompense On m'ordonnoit la Pénitence, Je fis vœu d'abhorrer la Cour Et de choisir quelque séjour Où je pusse, éloigné du vice.
Me rendre à moy-mesme justice, Où je peusse en repos gouster Un bien qu'on ne sçauroit oster.
Mais ces beaux mouvemens cédèrent Aux amis qui me rappellerent ; Dés qu'auprès d'eux je me revy, « Vous m'avez dignement servy, « Leur dis-je, & vous me voyez libre.
« La Seine vaut mieux que le Tibre, oc Où je m'enfuyois exilé « Si vous ne m'eussiez rappelle.
« Mais sans vous aurois-je eu l'envie « De gouster ma première vie ?
« Je crains bien, amis généreux,
1659 : Livre I*', Ep. 1), et une à sa sœur M"* Mancini (Epistres de 1659 * Livre IV, Ep. vi).
Les Epistres de 1646 sont dédiées à Mazarin, ainsi que la comédie L'Inconnue (r6)5). La comédie Les Coups d'Amour et de Fortune, ou THeureux infortuné (1656) est dédiée à un neveu de Mazarin, Philippe Manxini (1641 }'i-jo-j), colonel de cavalerie.
« De ne vivre pas plus heureux :
« La Cour, qui fit mon avantage, [232]
« N'est plus sans doute à mon usage,
« Et je n'y sens plus rien de doux
240 « Que l'honneur d'estre aymé de vous.
c N'espérez plus que l'on m'y voye « Avecque cet esprit de joye « Qui de vos innocens désirs « Faisoit autrefois les plaisirs :
245 « Dans ce Siècle dur & farouche,
« Je n'ose plus ouvrir la bouche ; « Vous m'asseurez que je vous plais, « Que je suis meilleur que jamais, (( Que vous admirez mes manières,
2)0 « Et que je brille de lumières
« Qui feroient honte, en mes vieux ans, a Au feu des jeunes Courtisans ; « Chers amis, j'en croy quelque chose, « Mais il faut tenir bouche close
255 Cl Dans un temps barbare & maudit
« Où l'on corrompt tout ce qu'on dit, « Où, soit qu'on parle ou que l'on rime, « D'un badinage on fait un crime, « Bref où l'on tourne à contre-sens
^^ « Les discours les plus innocens.
« Pour moy, j'ay par tout des copies « Qui feroient passer pour impies, « Dans leur art de mal débiter, « Des Saints qu'ils voudroient imiter ;
^^> « Et je voy la Cour toute pleine [233]
« De ces sots-là qui font ma peine ; « Qui pis est, on les croit assez, (( Et gens de bien en sont chassez.