Ah ! cher Esprit
I. Sur Jacques Esprit, voy. T. I"" : p. 220, n. i, note qui se rapporte à peu près à la date où Bois-Robert écrit la présente épître.
A MONSIEUR ESPRIT. 37
Des biens du monde ont perdu la mémoire.
15 Je connoy trop & l'éclat & le pris
De ton bon-heur, car tu me l'as appris ; Et, quand j'y pense, il ne m'est plus possible De t'accuser d'un oubly si sensible.
Il te souvient de ce jour glorieux
20 Que tu charmas & mon ame & mes yeux,
Lors que tes soins, à pies vœux favorables, Me firent voir deux Astres adorables, Mais sur le poinct qu'ils nous alloient quitter Pour embellir le climat de Munster ;
25 Leur doux accueil, qui me combla de gloire,
De tous objets me ravit la mémoire ; Là je bornay biens & félicitez.
Là j'oubliay pompes & voluptez ; Je perdis tout dans ce plaisir extresme,
50 Et, sans mentir, je m'y perdis moy-mesme.
Que veus-je dire, ESPRIT ? je m'y perdis ? Je crus voler tout droit en Paradis Quand je montay dans la petite chambre Où des odeurs bien plus douces que l'ambre,