EPISTRE XXVII
[écrite en août ou en septembre 1645] 2
Il le remercie de son Livre, & luy parle de Monseigneur le Chancelier & des grands hommes qu'il a pour ses domestiques.
La Chambre, que tes Caractères, Pleins de doctrine & de mystères, S'impriment par des traits puissans Dans nos esprits et dans nos sens !
1. Marin Cureau (1595 r-1669), seigneur de la Chambre, est médecin ordinaire du roi et médecin du chancelier Séguier ; il vit chez celui-ci. C'est en outre un écrivain remarquable, qui fait partie de l'académie française depuis 1635. Plus tard, Chapelain, dans son Mémoire à Colbert, dira de lui : « C'est un excellent Philosophe, & dont les Ecrits sont purs dans le langage, justes dans le dessein, soutenus par les ornemens, & subtils dans les raisonnemens... 11 ([Camusat], Mélanges de Jittêr... : p. 227). A la date qui nous occupe, il a 50 ans ; il a déjà publié quatre volumes, parmi lesquels, eu 1640, Les Cbaractères des Passions (Tome Ier), et, tout récemment, le 31 juillet 1645, le tome II du même ouvrage. C'est de ce dernier volume que le remercie Bois-Robert, dont l'épitre date, par conséquent, du mois d'août ou du mois de septembre 1645 ; pendant cette période, Bois-Robert est successivement à Paris (voy. Ep. x), à la Ferté-sur-Aube (voy. Ep. xn et xxx), à Fontainebleau (voy. Ep. xiv), à Rouen (voy. p. 117, n. 1),
O Dieu ! que ton livre me semble
Sçavant & poli tout ensemble ! [[4°]
Que tu m'as fait un beau présent !
Je dy, sans estre complaisant,
Qu'avec plus d'art que dans nos Odes
Tu mesures tes périodes,
Et que leurs ornemens divers
L'encherissent dessus nos vers.
Les fleurs qui parent ta doctrine
N'y laissent voir aucune espine ;
Bref, ton stile a tant de douceurs
Qu'il fait quasi honte aux Neuf Sœurs ;
Ces Deitez, que tu surpasses,
Ont moins de force & moins de grâces ;
A voir jusqu'où tu peux aller,
Je croy que tu peux esgaler
Apollon luy mesme en doctrine,
Comme Esculape en Médecine,
Et faire de justes deffis
Au père aussi bien comme au fils.
Séguier 3, ce Ministre admirable
A qui pas un n'est comparable
De tous ceux que nos Rois ont mis
Dedans le Trosne de Thernis,
et à Paris (voy. Ep. xxv). Sur Marin Cureau, voy. Kerviler, Le chancelier Pierre Séguier : p. 417-462 ; en particulier sur Les Charactères des Passions, voy. là. : p. 428-438.
Plus tard, Bois-Robert lui adressera une autre épitre, pour lui demander ■ des remèdes contre sa Bile. » (Epistrcs de 165g: Livre Iîr : Hp. ix). Et dans le Recueil des Epislres, Lettres et Préfaces de Monsieur de la Chambre, figurera (p. 162) une lettre A Monsieur l'Abbé de Bois- Robert, lettre amicale non datée.