‹ Épistres en versChapitre 144 sur 177 · A MADAME DE MOTTEVILLE · texte numérisé non relu

A MADAME DE MOTTEVILLE

Et qu'au retour, secondant nos désirs,

Vous goûterez nos innocens plaisirs

Dans ce jardin qui, sans galanteries,

Fait toutefois lanicque aux Tuilleries l,

Où chacque soir nous nous rassemblons tous, [183]

Et dans lequel on n'attend plus que vous.

Je leur dy plus, Illustre Motteville :

Que ce quartier, le plus beau de la ville,

Vous plaist autant qu'on l'eust peu désirer ;

Que vous bruslez enfin d'y demeurer.

« La passion que vous avez pour elle,

« Repliquent-ils, vous brouille la cervelle.

« Nous voulons croire, & c'est la vérité,

« Que cette Dame a beaucoup de bonté ;

« Mais vouloir faire avec nous connoissance,

« Pensez-y bien, est-il en sa puissance ?

c Quoy ! pourroit-elle, estant si bien en Cour,

« Perdre avec nous un seul moment du jour,

« Et nous chercher, après s'estre trouvée

u Dedans l'Alcove en la chambre privée ? »

Je me resveille, au discours qu'ils me font,

Comme sortant d'un sommeil bien profond ;

Et malgré moy j'entre dans leur pensée,

Quand je repense à ma faveur passée 2 :

J'estois chen,T d'un homme glorieux

Qui de puissance estoit égal aux dieux ;

Auprès de luv je bornois mes délices ;

1. Dans le jardin de François Thévenin (voy. v. 101-102). Ce chirurgien, dont je viens de parler (p. 232, n. 3), demeure rue de Richelieu, tout près de la porte de Richelieu {Plan de Gomboust) ; derrière son hôtel, il possède un grand jardin où tout le voisinage va se promener (Tallemant : VI, 8).

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