‹ Épistres en versChapitre 8 sur 177 · INTRODUCTION. XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XI

seigneur de la terre de Bois-Robert eu Normandie, absolument comme tel autre est èveque de Rodez, ou duc d'Orléans, ou maire de Châtillon-sur-Seine. Ce ne sont là que des noms géographiques, dont aucun n'est indissolublement lié à tel ou tel personnage, à telle ou telle famille : ainsi la vicomte de Blossevillc appartenait, au xvne siècle, à la famille Bouchart ; en 1729, les Bouchart la vendirent à la famille Marye ; et dix ans plus tard elle passa, par mariage, dans la famille Poret. Les noms de terres n'ont donc rien de personnel, et doivent par conséquent, au point de vue de l'orthographe, être traités comme les autres noms géographiques.

Or, pour ces derniers, la règle universellement suivie est d'adopter l'orthographe de notre époque « ; c'est donc ainsi que j'ai procédé pour les noms de terres. D'ailleurs il n'est même pas possible d'adopter la graphie du xviie siècle : elle varie d'un manuscrit à un autre, d'un livre imprimé à un autre, et même d'une page à une autre d'un même ouvrage. Aussi l'imprécision s'est-elle perpétuée jusqu'aujourd'hui : les historiens, les érudits de notre époque écrivent indifféremment marquis de Chanvdlon ou de Chanvallon, sieur de la Griîîère ou de la Grillière*. Puis donc qu'il n'y a pas, au XVIIe siècle, de graphie unique pour chaque nom de terre, le seul parti à prendre, c'est bien, comme je l'ai fait, d'adopter l'orthographe

1. On écrit aujourd'hui bataille de Poitiers et non pas bataille de Pcic tiers.

2. Ils sont pourtant d'accord sur la graphie de certains noms de terres, particulièrement célèbres. Mais cette unanimité, motivée seulement par la routine, n'est bien souvent que l'unanimité dans l'erreur. Lorsque, par exemple, on parle du frère du grand Condé, on l'appelle invariablement le prince de Conti (avec un 1), alors que d'une part tous les manuscrits et tous les imprimés du xvne siècle sont unanimes à écrire Conty (avec un v),et que d'autre part Conty, qui se trouve actuellement dans le département de la Somme, s'écrit aujourd'hui avec un y. En écrivant Conti avec un i, on ne se conforme donc ni à la graphie de l'époque ni à l'orthographe actuelle: on choisit arbitrairement la graphie d'une époque intermédiaire, celle des écrivains du xvm* siècle qui s'acharnèrent méthodiquement à proscrire l'v des noms propres.

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