‹ Épistres en versChapitre 86 sur 177 · VILLE N NES · texte numérisé non relu

VILLE N NES

[écrite au Bois-Robert, en juin-juillet 1645]-

II se pleint de ce que les beaux Nains 3 qu'il luy a donnez n'ont pas réussi dans son terroir 4, & qu'on ne les devoit pas oster de Villennes, dont il descrit les beautez.

Bourdin, tes beaux presens ne me servent de rien ; En vain tu t'appauvris pour me faire du bien Et tasches d'enrichir un Climat froid & rude [101]

En qui nous ne trouvons que de l'ingratitude :

1. Nicolas Bourdin Q-16^6), marquis de Villennes, est un astrologue célèbre : il est consulté « par tout ce qu'il y a de Sçavans & de Curieux en cet Art dans l'Italie, l'Allemagne, & toute l'Europe. » (Mercure galant : févr. 1678, p. 180). Il a déjà fait imprimer, en 1640, L'Urunie de Messire Nicolas Bourdin, chevallier, seigneur de Villennes, ou la traduction dss quatre livres des Jugemens des Astres de Claude Ptolemee, Prince des Sciences célestes. Il en fera paraître une suite, en 165 1, sous le titre de Le Centilogue de Ptolemee, ou la seconde partie de l'Uranie de Messire Nicolas de Bourdin, Chevalier, Marquis de Villennes,... Pendant la Fronde, le 25 mars 1652, le jour où M1!e de Montpensier quittera Paris, le marquis de Villennes lui prédira qu'elle fera, le 27, « des choses extraordinaires » ; et en effet, ce jour-là, elle entrera dans

J'ay beau chérir tes Nains, j'ay beau les cultiver, Ils m'ont paru, l'Esté, plus tristes que l'Hyver, Et j'ay pitié de voir ces malheureuses plantes, Qui conservoient chez toy des beautez florissantes, Pleurer l'esloignement de ce Climat heureux Où le flambeau du monde en estoit amoureux. Figure-toy de voir une fille chérie, Sous l'aisle d'une mère avecque soin nourrie,

Orléans par escalade (Mètn. de M?" de Mcntpensier... : I, 359-362). Le marquis de Villennes est aussi poète à ses moments perdus, comme en témoignent la belle épitre qu'on lira plus loin (p. 147) et quelques pièces de vers disséminées dans des recueils de l'époque. Quelques années plus tard, lorsque sera fondée l'académie de l'abbé d'Aubignac, le marquis de Villennes en fera partie. Enfin, dans les dernières années de sa vie, il sera gouverneur de Vitry-le-François (Moreri).

Sur sa naissance, il y a deux versions :

i° Suivant la version des généalogistes et des actes de l'état-civil, il est fils de Nicolas Bourdin, seigneur de Villennes, qui fut, pendant les dernières années de sa vie, résident pour le roi à Raguse, et de Marie Fayet, fille d'Antoine Fayet, trésorier de l'extraordinaire des guerres. Il a ainsi pour grand-père Jacques Bourdin, seigneur de Villennes, qui joua un rôle important comme secrétaire d'Etat, sous Henri H. François II, et Charles IX, et qui était frère de Gilles Bourdin, procureur général au parlement de Paris, très lettré, commentateur d'Aristophane, et pour qui Ronsard et Baïf ont écrit des vers (Moreri).

2° Suivant la version de Tallemant (IV, 160), la mère du marquis de Villennes, Marie Fayet, restée à Paris pendant que son mari était résident pour le roi à Raguse, y aurait eu de nombreux amants, parmi lesquels le maréchal de l'Hospital, et serait ainsi devenue enceinte. « Pour couvrir cela, elle fit le voyage [de Ragust], et ne revint qu'après estre accouchée. On ne disputa point Testât de son filz ; c'est ce fou de marquis de Vilaine que nous voyons partout. > Tout ce que je puis dire, c'est qu'en 1610 Nicolas Bourdin était à Raguse, et sa femme à Paris (Cab. des titres : Pièces orig. 463 : 10317, f° 108).

2. Le titre de l'épitre nous dit que Bois-Robert, est « dans son terroir », c'est-à-dire au Bois-Robert, en Haute-Normandie. Pendant les années qui nous intéressent (automne 1644 à été 1646), on constate la présence de Bois-Robert en Normandie : i° en juin-juillet 1643 (voy. Ep. ix) ; 20 au printemps de 1646 (voy. Ep. xvi et xxiv). Comme la présente épitre est écrite en été (voy. v. 6), elle date par conséquent de juin-juillet 1645.

3. Dans aucun dictionnaire du xvne siècle on ne trouve nain employé substantivement pour arbre nain,

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