Cf. Epistres de 1659 : Livre I'r. Ep. xr
A MONSIEUR DE VILLENKES. 145
Qui se plaist auprez d'elle, & dans ses bras aimez
Sent croistre ses appas dont les yeux sont charmez ;
Un bel Amant descouvre une beauté si rare,
Il s'embraze pour elle, elle pour luy se pare ;
Mais, comme ce thresor ailleurs est destiné
Et qu'il faut séparer ce couple infortuné,
La belle est reléguée en un Climat sauvage
Où l'Amant qui la suit void paslir son visage ;
Il regrette sa perte, & ses ennuis divers
Sont marquez par ses yeux, d'un nuage couvers ;
Ainsi ce beau Soleil jette une triste œillade
Sur ta plante chérie & qu'il void si malade ;
Il la suit sans regret, la voyant sans vigueur,
Et, déclinant comme elle, il paroist en langueur;
Il n'a force en ce lieu que pour former la peste l ;
C'est un endroit maudit, c'est un séjour funeste.
J'ay redoublé pour luy ma haine & mon mespris [102]
Depuis que ton Villenne 2 a charmé mes esprits :
C'est le vray Paradis de la terre habitable,
C'est un lieu fortuné, c'est un lieu délectable,
Où les fleurs & les fruicts & les bois & les eaux,
Pour nos sens, chaque jour, ont des charmes nouveaux.
Soit que je considère ou ta grande fonteine
Que Ronsard & Bayf n'abandonnoient qu'à peine 3,
Soit que je porte l'œil sur tes jardins divers
Qui conservent leur grâce au milieu des Hyvers,
Soit que de ton chasteau j'admire la structure,
Ou de son bon terroir l'assiette & la Nature,