‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 2)Chapitre 80 sur 421 · CO LL KG K DE CEUX Y · texte numérisé non relu

CO LL KG K DE CEUX Y

désigner aux boursiers les écoles ou collèges dans lesquels ils devraient étudier, et en meme temps il prétendait imposer sa juridiction aux religieux réformés. Bien que l’étroite observance n’envoyât pas de religieux au collège, son procureur général protesta contre ces innovations qu’il déclarait contraires au gouvernement de l’Ordre et aux statuts, et, le 9.0 décembre 1723, il en appela comme d’abus au Grand Conseil (1b Les boursiers du collège, suivant cet exemple, décidèrent de s’opposer aux prétentions de l’abbé, et, le 3 janvier 172/1, ils élurent un nouveau prieur, dom Le Blanc, avec mission de soutenir énergiquement leurs revendications, appuyées d’ailleurs par l’Université, qui furent de même portées au

Grand Conseil^. Mais, le lx mars 172

(I) Dans un Mémoire sur Se collège de Ciuny, qu’il fit imprimer à cette occasion, le frère J. -H. Tripperet, procureur général de l’étroite observance, après avoir contesté la validité des décisions prises par l’archevêque de Vienne, ajoutait:

rr Si les reglemens faits par M. l’abbé de Ciuny sont abusifs dans les trois chefs dont le suppliant porte ses plaintes au Conseil, la manière dont les gens de M. l’abbé de Ciuny ont procédé à leur execution 11e lui donne pas moins sujet de s’élever. En effet, au lieu de seconder M. l’abbé de Ciuny dans le dessin de rétablir le College de Ciuny et de remettre ce College en état d’y recevoir des religieux pour y étudier, le suppliant peut dire avec confiance qu'ils ont travaillé à détruire pour jamais cette ancienne maison de l’Ordre.

ff Quoiqu’il soit expressément ordonné, par le Chapitre general de i6q3, de laisser tous les bâlimens libres pour loger le prieur, les officiers du College et les religieux qui y étudient, quoique ce Chapitre enjoigne aux religieux mêmes de l'Ordre qui ne sont pas à Paris pour étudier de cesser de les occuper, les agens de M. l’abbé de Ciuny n’ont pas craint de louer les principaux appartenons, même la classe et la salle servant à soutenir les actes à plusieurs laïques de l’un et l’autre sexe, artisans et autres, dans l’interieur du College, en sorte que les religieux 11e peuvent habiter commodément ni d’une manière convenable dans le College , en sorte qu’il 11e leur reste véritablement ni

logement ni endroit pour les exercices .

<rM. l’abbé de Ciuny fait toucher les bourses et autres revenus du College par un prêtre séculier, qui en dispose arbitrairement, en sorte qu’il se rend maître absolu du temporel.

r Dans cet état, le suppliant, qui doit veiller à la conservation de la discipline et du temporel du

, l’abbé fit évoquer les deux affaires au

College de Ciuny . a cru être obligé de s’éle¬

ver pour demander que l’administration y soit rétablie conformement aux Chapitres generaux de l’Ordre et aux arrests du Conseil et du Parlement, n (Bibl. nat., impr. , Ldlü 1 43.)

(2! La communauté des boursiers protesta aussi, dans un Mémoire imprimé, contre le peu d’utilité pratique des mesures qui venaient d’être décrétées :

«■M. l’archevêque de Vienne excité, sur la fin de l’année 1723, par les plaintes qui lui revenoient de toutes parts du scandale que le triste état du College de Ciuny causoit dans le public, pressé par les Peres de la reforme qui, eu égard à cet état, prenoient à la Faculté de théologie la permission d’enseigner à S. Martin des Champs, déterminé enfin par quelques uns des supplians qui demandoient depuis longtemps à venir commencer ou continuer leurs études au College à leur frais et dépens, M. l’archevêque de Vienne s’aperçut qu’il ne pouvoit différer plus longtems à remettre un certain ordre au College, qui fût au moins suffisant pour le disculper dans le public des reproches que ces faux contre-tems lui attiraient. Le ai" jour du mois d’octobre 1723 fut l’epoque célébré de la reforme de ce College ; M. l’abbé y vint et les nouvelles publiques eurent soin d’instruire le monde qu’il avoit reformé le College de Ciuny. Les supplians , quoique encore peu instruits de leurs droits , ne laissoient pas de murmurer secrètement et de trouver un peu à redire que cette reforme prétendue n’allât à leur procurer aucun soulagement. On faisoit de grands reglemens, mais on 11e leur donnoit aucun moyen de les executer. On ordonnoit le rétablissement de l’Office divin et de la vie commune, mais on ne leur donnoit aucunes facilités pour payer de grosses pensions fort au dessus des forces de la plupart. On se contentoit de supposer

Conseil privé, conformément aux prescriptions de l’arrêt du 17 juin 1728, qui lui avait attribué l’examen et le règlement de toutes les questions intéressant l’Ordre de Cluny. Par un arrêt du 2 5 novembre 172/1, le Conseil ordonna que, conformément aux décrets des Chapitres généraux de 1676 et 1678, les deux observances pourraient envoyer leurs boursiers au collège, et donna mission au prochain Chapitre général de régler, en présence des commissaires du roi, toutes les questions de détail que devait soulever l’application de cette mesure. Une transaction intervint alors entre l’abbé et les religieux des deux observances : il fut convenu que tous les étudiants seraient nommés par le Chapitre; ceux de l’ancienne observance auraient un prieur institué par l’abbé et un procureur de leur choix accepté par celui-ci; le prieur de l’étroite observance serait désigné par les supérieurs majeurs, et les boursiers éliraient eux-mêmes leur procureur. L’ancienne observance consentait à abandonner aux réformés les deux bourses de Cluny, celle du doyenné de Paray et les treize bourses dues par les monastères réformés, ainsi que les manses de Gournay, les revenus des fondations, le casuel de la sacristie et une partie des bâtiments; la chapelle devait être commune^. Elle gardait les revenus du prieuré de Grand-Champ, mais, par contre, elle prenait à sa charge toutes les dettes du collège; à titre de compensation, l’étroite observance s’engageait à lui payer une redevance annuelle de 1,100 livres. U était stipulé en outre que tous les boursiers devaient prendre l’obédience de l’abbé, auquel on reconnaissait le droit de choisir les professeurs de théologie et de philosophie, après le rétablissement des études, et, en attendant, celui de désigner aux religieux les collèges où ils devraient étudier. Cet accord fut approuvé le 2 5 avril 172b par le Chapitre général et ratifié par un arrêt du Conseil du 1 1 juin suivant. Le 19 février 1 782, un nouvel arrêt du Conseil renouvela l’obligation de payer la redevance de 1,100 livres, à laquelle les religieux réformés tentaient de se soustraire, et des lettres patentes du mois de février 1782, enregistrées au Grand Conseil le 3 avril, confirmèrent toutes les décisions relatives au collège qui venaient d’être prises. D’autre part, un arrêt du 9 novembre 1726 avait ordonné que les réparations des locaux du collège seraient faites

qu’ils étudieraient, mais on tes laissoit sans secours pour cela; ils n’avoient aucuns livres ni de quoi en avoir; on ne leur procurait aucun exercice et 011 n’avoit même pas préposé une seule personne qui dut veiller à leurs études et les diriger, comme si leur simple résidence dans ce college reformé eût dû suffire pour les rendre savans et remplir les espérances que leurs maisons avoient conçues d’eux en les envoyant. -n (Arch. liât. , L. 86g.)

(1) rrQuant au partage des bâtimens, on donna à la Réforme tout ce qu’il y avoit de plus régulier, de plus commode, de meilleur et de plus à sa bien¬

séance dans les bâtimens intérieurs du College, sans autre charge que celle de faire à ses frais quelques cloisons quelle demandoit et des portes pour séparer de la portion des Anciens celle qui lui étoit assignée dans quelque partie d’edifices communs (réparations et arrangemens dont elle étoit tunique cause et qui consequemment la regardoient seule). D’un autre côté, les Anciens abandonnèrent à la Réforme la cour dont l’issue donne dans la place de S. Michel et les bâtimens du fond de cette cour. n (Mémoire de la Communauté des boursiers en 1709; Arch. nat. , L. 87.3.)

COLLÈGE DE CLUNY

aux Irais de l’abbé de Cluny, mais que celles des maisons extérieures, susceptibles de revenu, resteraient à la charge de la communauté.

Les boursiers constituèrent dès lors deux groupes distincts, celui de l’ancienne et celui de l’étroite observance, qui vivaient absolument séparés et ne se réunissaient que pour les offices. Cet état de choses subsista jusqu’à la fermeture du collège, qui eut lieu en 1790 h).

Les bâtiments du collège de Cluny formaient une sorte de quadrilatère irrégulier, limité par la ruelle des Jacobins^, les rues de la Harpe et des Poirées, la place de la Sorbonne et de la rue de Cluny. Les constructions du xme siècle , réparées par l’abbé Jacques d’Amboise et agrandies au cours du xvue siècle, s’élevaient à l’est et à l’ouest; la chapelle occupait le milieu; elle était bornée au nord par la place de la Sorbonne et au midi par un très beau cloître, qui s’étendait jusqu’à la ruelle des Jacobins et divisait le collège en deux parties à peu près égales.

Cette chapelle, dont on attribuait la construction à l’architecte de saint Louis, Eudes de Montreuil, était régulièrement orientée; elle comprenait une grande nef rectangulaire terminée par une abside circulaire. Le sanctuaire occupait le chevet; les trois premières travées, fermées par une grille, servaient de chœur aux religieux du collège; les trois autres formaient la nef dans laquelle se trouvaient deux petits autels adossés à la clôture. Ces autels et la grille de séparation furent supprimés dans la seconde moitié du xvne siècle. I^a grande porte de ia chapelle,

ll) Il ne paraît pas que, durant le xvm° siècle, le bon ordre ait été bien rigoureusement rétabli au collège, puisque le Chapitre général de Cluny, tenu en l’année 1 7 5 o , insistait encore sur la nécessité d’assurer l'observation des règlements relatifs aux études et à l’administration temporelle :

rHumillime supplicatum est eminentissimo abbali a definitoribus ut statuta Collegii cluniacensis apud Parisios, alias facta, executioni demandari relit, aut nova quæ expedire ipsimet visa fuerint condat, tum ad studiorum instaurationem, tum ad ejusdem Collegii reddituum ac bonorum administrationem.» (Arch. nat. , L. 8(18.)

Après la séparation des boursiers en deux communautés, le nombre des étudiants parait avoir été très variable ; au Chapitre général de 1763, on en comptait quatorze; à celui de 1766, vingttrois; Piganiol en signale seulement six. (T. VI, p. 366.) Béguillet compte sept Clunistes réformés et quinze non réformés. ( Description historique de Paris, t. I, p. 21 5.)

Cette ruelle provoqua entre le collège et les Jacobins d’interminables contestations. Comme elle

était fort dangereuse, ainsi que l’indiquait son nom primitif de Coupe-gorge, transformé plus tard en celui de Coupe-gueule, que l’on y commettait fréquemment des meurtres et que l’on y entassait toute sorte d’ordures et d’immondices, le 26 septembre i534, les Jacobins présentèrent une requête, pour être autorisés à la clore par deux portes sur les rues des Cordiers et de la Harpe.

Le 22 juillet i566, en présence des réclamations des étudiants de Cluny, le roi la fit visiter par deux maîtres des requêtes qui déclarèrent qu’elle devait rester fermée, et il en fut décidé ainsi par des lettres patentes de Charles IX, du 23 juillet, enregistrées au Parlement le 10 mars 1567, malgré l’opposition du collège de Cluny, sans que l’on reconnût toutefois aucun droit de propriété aux Jacobins. Vingt ans plus tard, les écoliers de Cluny prétendaient encore vainement que cette voie devait être publique, et lorsque, le 2 août 1620, une sentence du Châtelet les autorisa à agrandir les bâtiments du collège, il leur fut interdit de faire aucune ouverture dans la nielle. (Arch. nat., S. Û23ç), fol. 1 4 A-i 54.)

ouvrant sur la place de la Sorbonne , se trouvait au bout de la net , dans la dernière travée du coté droit; une porte intérieure, pratiquée dans le mur du fond, donnait accès dans la salle du Chapitre, qui communiquait directement avec le cloître1').

Aux bâtiments du collège, sur les rues Neu ve-Richelieu, de la Harpe et de Cluny, étaient adossées quelques petites maisons et échoppes que les boursiers donnaient en location.

Sous la Révolution, le collège, devenu propriété nationale, fut vendu par lots et ne tarda pas à subir de notables transformations. La chapelle, qui avait été aliénée le 9/1 fructidor an v(io septembre 1 797), resta seule à peu près intacte; de 1806 à 181 5, elle servit d’atelier au peintre Louis David et fut utilisée ensuite comme magasin à papier. On la démolit, ainsi que J° cloître, en i833. Les quelques vestiges de cet édifice et de la salle du Chapitre, qui avaient été épargnés à cette époque, disparurent en 18G6, lors du percement du boulevard Saint-Michel 2).

colé de l’Orient. Toutes les autres parties de l'établissement, dortoir, chapitre, cloître entouré d’arceaux en ogives, demeuraient aussi à peu près dans leur état ancien. Des spéculateurs se sont emparés de ce monument qu’on pouvait comparer aux plus beaux collèges d’ Oxford ou Cambridge; les vieux édifices ont été jetés par terre ou tellement modifiés, qu’ils ont perdu toute leur physionomie. * (Guilhermy, Itinéraire archéologique , p. 335.)

(2) En 1 858 , ces vestiges avaient été signalés à l’attention des archéologues par M. A. Bonnardot :

rrOn aperçoit encore aujourd’hui, en se plaçant au coin nord-est de la place de la Sorbonne, un pinacle de pierre orné île panaches de feuillage. Cette espèce de clocheton indique le sommet du pignon de la façade, incorporé aux bâtiments d’une maison de la place qui s’élèvent dans une étroite cour. K ( Revue universelle des Arts, \. VIII , p. 209.)

(1) rr Cette charmante église du collège ne le cédait guère à la Sainte-Chapelle du Palais. Elle était toute travaillée à jour; c’était même finesse de sculpture, même légèreté de voûte, même élégance de proportions. Levieil a cité les vitraux en grisaille, à fleurons colorés, qui garnissaient les fenêtres. Les stalles, renouvelées probablement au xvc siècle, avaient leurs miséricordes, leurs accoudoirs et leurs panneaux sculptés de sujets, les uns graves, les autres burlesques. Des dalles sur lesquelles se dessinaient en creux des figures d’abbés , de prieurs et de docteurs en théologie, composaient le pavé .

<r II y a peu d’années encore, l'enceinte du collège était complètement accusée par des constructions gothiques. Nous n’avons oublié ni les tourelles angulaires, ni les gargouilles en forme d’animaux, ni le réfectoire à moitié ruiné, qui se voyait du

COLLEGE DE CLUNY

INDEX ALPHABÉTIQUE

Arcona (Anne d’), 1095, 1096.

Baddinot (Noël), 1091.

Benoist (André), 1093, 109/t.

Boucher (Christophe), 1088, 1089.

Du Bois (Philippe), 1097.

Gillans (Simon de), 1082.

La Brosse (Simon de), io84.

L'Hôpital (Gaspard de), 1099.

Marc (Michel), 1087.

Maréchal (Denis), 1090.

Baulin (Jean), 1092.

Sathanay (Jean de), io83.

Sort (Philippe), 1086.

Soucy (Jean de), 1098.

Villeneuve (Simon de), io85.

ni.

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ÉPITAPHES DU COLLÈGE

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