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LES TROIS GRACES

Monument Funéraire du cœur de Henri II

Les trois Sœurs, personnifiées par des statues presque de grandeur naturelle et décemment vêtues de légères draperies, formaient un cercle en se tenant par la main, le dos tourné l’une à l’autre. Une urne en bronze doré, surmontée d’une fleur de lis, cerclée d’une couronne d’oves avec trois tètes de béliers formant appliques, reliées par des guirlandes, et soutenue par trois dauphins à la gueule ouverte, était posée sur leurs têtes. Les statues, ainsi que la plate-forme qui les supportait, avaient été taillées dans un seul bloc de marbre blanc.

Ce groupe était placé sur un piédestal de marbre blanc, en forme de trépied antique; les angles ornés d’enroulements de feuilles d’acanthe se terminaient par des griffes de lion; les faces portaient des cartouches avec mascarons, palmettes et guirlandes, que tenaient deux petits génies à demi couchés, et la base était ornée d’une bordure à la grecque. Le piédestal était encadré par deux socles de marbre noir et posé sur un soubassement de marbre blanc W.

qui donne une extrême satisfaction à ceux qui se connoissent en ouvrages rares et achevez et qui jugent avec discernement de la véritable beauté des chefs-d’œuvre de l’art. n (T. Il, p. 282.)

Millin est aussi enthousiaste dans ses éloges : frLes Grâces de Germain Pilon, dit-il, sont les Grâces décentes; elles ne sont pas entièrement vêtues, mais elles ne sont pas nues. Leurs proportions sont si justes, leurs têtes si belles qu’on ne peut pas se lasser de les regarder. Si les Grecs avaient possédé ce précieux monument, il auroit été célébré par tous leurs écrivains comme une des merveilles de leur temple, et peu d’habitans de Paris se doutent même de l’existence de ce chefd’œuvre. n ( Les Célestins , p. 65.)

Le groupe des Trois Grâces a été fréquemment reproduit par la gravure; nous nous bornerons à signaler ici le dessin des Tombeaux de Gaignières (Original), fol. 222, et deux estampes qui présentent le monument sous son aspect primitif : l’une dans Piganiol , sans indication de dessinateur ni de graveur (t. IV, p. 197), l’autre dans Millin. ( Les Célestins, pl. XIII; Chapuis del.)

La planche que nous publions ci-contre est une reproduction héliographique du monument dans son état actuel, exécutée par M. Dujardin. Toutefois M. Hochereau a rétabli sous le groupe l’ancien pavement de la chapelle d’Orléans, tel qu’on le retrouve dans le dessin de Gaignières.

(l) Dès le début de la Révolution, le Journal de Lenoir constate l’entrée de ce monument au Dépôt des Petits-Augustins :

«82. Des Célestins. Groupe en marbre, sculpté

par Germain Pilon, représentant les Trois Grâces, supporté par un piédestal aussi en marbre, orné de sculptures. Ce groupe supportait une urne qui renfermait les cœurs du roi Henri II, de Catherine de Médicis et du roi Charles IX. »

Dans ses Notes mss. de la Notice succincte de 1793, Lenoir a consigné l’observation suivante :

ai 16. Dans l’origine, le vase que ces femmes portent étoit en bronze et contenoit les cœurs des personnages ci-contre désignés. On ne sait ce qu'il est devenu, ainsi que les cœurs qu’il contenoit. Maintenant il est de bois bronzé. J’en ait fait insérer la note dans le procès-verbal d’enlèvement, dressé par la Municipalité. t> ( Alexandre Lenoir, t. II,

Il résulte d’un rapport adressé en 1795 par Lenoir au Comité de l'instruction publique que tries Trois Grâces furent enlevées comme un lustre dans une boite construite exprès, imaginée par le citoyen Boucault, charpentier de la commission des monumens». (Archives du Musée, t. I, p. 23.)

Le groupe des Trois Grâces, attribué au Musée du Roi en 1816, est maintenant conservé au Musée du Louvre.

Dans le Musée des monuments français, où le groupe se trouve catalogué sous le 11“ 1 1 1, Lenoir prétend que rr Pilon a représenté Médicis dans l’une des Grâces ». (T. III, p. i34.)

Le Rapport au comte de Vaublanc nous fournil une indication beaucoup plus complète, mais dont il est difficile de contrôler la valeur. Lenoir déclare, en effet, que ce groupe représente <r les Trois Grâces, sous les traits de Catherine de Médicis, de

Trois artistes avaienl prêté à Germain Pilon leur concours pour la composition et l’exécution de ce monument: c’étaient les sculpteurs Dominique le Florentin et Jean Picard et le fondeur Benoît Bouclier U).

Sur chacun des cartouches du piédestal était gravé un distique latin.

Du coté de l’autel de la chapelle, à droite :

8(13. — Cor junctum am||borum longum tes||tatur amorem.

Ante homines || junctus, spiritus || ante Deum(2>.

Texte d’après l’inscription originale; — Le P. Beurrier, Histoire du monastère, p. 356; — Guilhermy, t. 1, p. 43e.

la duchesse d’Estampes et de la duchesse de V illeroy. rr C’est là, peut-on dire avec Guilhermy, une tradition plus ingénieuse que certaine. ( Annales archéologiques , t. XIV, 1 85 4 , p. 21.)

(l) Les extraits des anciens Comptes des bâtiments du roi recueillis pour André Félibien et publiés par la Société rr l’Art français » , après la mort du marquis de La Borde qui les avait préparés pour l’impression avec des additions importantes, nous l'ont connaître les divers artistes qui ont collaboré à l’exécution de ce monument et la rémunération attribuée à chacun d’eux.

On lit, en effet, dans un compte des sépultures des rois et reines de France de l’année 1 5 G i :

ff A Germain Pillon, sculpteur, la somme de aoo liv. , à luy ordonnée par ledit abbé de Saint- Martin [Le Prima lice], pour la sculpture et façon de trois figures de marbre blanc, pour la construction de la sépulture du cœur du feu roy Henry.

rr A Jean Picart, maçon et sculpteur, la somme de îoo liv., pour les modelles en terre, cire, bois et autres matières du piédestail et vaze pareillement du cœur et couronne qu’il est besoin de faire pour l’ornement du simulacre du cœur du feu roy Henry .

ff A Dominique Florentin, imager, la somme de 120 liv., pour avoir fait un piédestail en soubassemens servans à trois figures de marbre, pour le tabernacle et sépulture du cœur du feu roy Henry et sous icelluy piédestail mettre et asseoir une plainte de pierre de marbre noir, et au dessus une autre portant corniche, aussy avoir fait un vase de cire dedans lequel a esté mis le cœur d’iceiluy deffunct, réparé, nettoyé et poly le vase de cuivre qui a esté fait sur le modelle dudit vase de cire.

ffA Benoist Boucher, fondeur, la somme de e5 liv., à luy ordonnée par ledit abbé de Saint-

Martin, pour avoir pour luy fait un grand moule à terre et fer pour jetter en cuivre le piédestail sur lequel devoit se mettre un vase pour mettre le cœur du feu roy Henry.» ( Comptes des bâtiments du roi, t. II, p. 55-56.)

Il est dit encore dans un autre compte de 1 56e :

ffA Germain Pillon, sculpteur, la somme de e5o liv., à luy ordonnée par ledit abbé de Saint- Martin, pour avoir besongné aux sépultures des feux roys de France, tant à la sépulture du feu roy François, Ier de ce nom, qu’à la sépulture du cœur du feu roy Henry.

^A Dominique Florentin , sculpteur, la somme de 200 liv., pour avoir besongné à la sépulture pour le cœur du feu roy Henry.

ffA Germain Pillon , imager, la somme de 2 5 liv. , pour avoir fait trois figures de marbre pour servir à porter un vase de cuivre.» {Ibid., p. 70.)

Enfin, dans un compte de l’année i563, on trouve cette dernière mention :

ffA Germain Pillon, sculpteur, la somme de 85o liv., 3 sols, à luy ordonnée par ledit abbé de Saint-Martin , pour les ouvrages de sculpture par luy faits, tant de l’ordonnance de l’abbé d’Ivry [Philibert de Forme] , commissaire desdits bastimens , que dudit abbé de Saint-Martin, en liuict figures de petits enfans de marbre blanc fait pour servir au tombeau et sépulture du feu roy François I°r, que trois autres figures de marbre en une pièce, qui portent un vase dedans lequel est assis le cœur du feu roy Henry dernier, en l’église des Céleslins.» {Ibid., p. 106.)

(2) Brice affirmait, sur la foi de ces inscriptions, que les cœurs de Henri II et de Catherine de Médicis avaient été déposés dans l'urne funéraire que portaient les Trois Grâces. (T. II, p. 281.)

Le Laboureur prétendait aussi que ce monu-

A gauche :

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