FRANÇOIS II
Monument funéraire du cœur de François II d).
A la suite du mausolée de la famille d’Orléans, vers le fond de la chapelle, s’élevait le monument funéraire du cœur de François II, œuvre des sculpteurs Jean Le Roux et Jérôme délia Robbia®.
(1) Réduction d'une estampe de Millin. ( Les Célestins, pi. XIII; Chapuis seul p. )
Ce monument a été reproduit dans les Tombeaux de Gaignières (Original), fol. 223, et dans une estampe de Piganiol qui ne porle aucune mention dedessinaleur ni de graveur. (T. IV, p. 198.)
(2) Dans le Musée des monuments français , où cette colonne se trouve cataloguée sous le n° 1 où , Lenoir prétend qu’elle avait été exécutée sur les dessins de Primatice par Ponce Jacquio, et il cite à l’appui de son assertion l’extrait suivant des Mémoires de la Chambre des comptes :
«Payé à Ponce Jacquio, imager, la somme de
125 livres, à lui ordonné par le sieur Primadicis sur ce qui lui est deu pour des ouvrages de son art par lui faits à la sépulture du feu roy François second. » (T. 111, p. 89.) Mais ce payement se rapporte à des sculptures destinées au mausolée de François II, qui fut élevé à Saint-Denis, auquel les comptes de Tannée 1 5 66 constatent que Jacquio avait collaboré, et non au monument funéraire des Célestins. Celui-ci était bien l’œuvre de Jean Le Roux, dit Picard, et de Jérôme délia Robbia; les mentions consignées dans les Comptes des bâtiments ne laissent subsister aucun doute à cet égard.
C’était une colonne de marbre blanc, semée de flammes et surmontée dmi chapiteau à double rang de feuilles d’acanthe, qui portait une urne en bronze doré renfermant le cœur de François II h), et accompagnée d’un petit génie, qui posait au-dessus une couronne de lauriers. Au pied du fût de la colonne, trois petits enfants debout, voilés de légères draperies, tenaient de longues torches allumées et renversées.
Ce monument était placé sur une plate-forme de marbre noir, soutenue par un piédestal triangulaire en marbre blanc, dont les angles taillés à pans coupés étaient ornés de petits sphinx, de têtes de morts avec des ossements en sautoir et de fleurs de lis, et dont les faces portaient chacune un cartouche de marbre blanc, à bordure de marbre rouge découpée à l’antique, avec appliques dans le haut et dans le bas représentant un masque de satyre et une tête de femme
coiffée de voiles et de bandelettes^.
11 est dit, en effet, dans un compte des sépultures des rois et reines de l’année 1 563 :
rr A Jean le Roux, dit Picart , sculpteur et imager, la somme de 5a5 livres, à luy ordonnée par ledit abbé de Saint-Martin , pour trois modelles en piastre par luy faits, representans trois ligures de marbre qu’il convient faire pour servir à la sépulture du cœur du feu roy François dernier, pour icelle porter à Orléans , et de faire un piédestail de marbre et de cuivre au-dessus duquel doit eslre posée une coulonne aussy de marbre, enrichie selon les devis à luy baillés, servans à mettre le cœur du feu roy François dernier, et sur un chapiteau faire aussy un enfant de cuivre tenant une couronne imperialle, le tout suivant le portraict et modelle qui luy a esté baillé par ledit abbé de Saint Martin.
trA Hiérosme de la Robia, imager et sculpteur, la somme de 200 livres, sur la façon et ouvrages de deux petits enfans de marbre blanc, de la baulleur de deux pieds ou environ, qui serviront à mettre aux coings du piédestail qui se dresse pour le cœur du feu roy François dernier, » ( Comptes des bâtiments , t. II, p. 107.)
On lit, d’autre part, dans un compte de 1 565 : «A maistre Jean le Roux, dit Picart, sculpteur, pour ouvrages de sculpture qu’il a faits tant de cuivre que de marbre, pour servir h la sépulture du cœur du feu roy François, dernier deceddé, «pie le roy a ordonné estre faüte pour estre mise à Orléans, à luy ordonnée la somme de 2 Go livres.
(t A Hiérosme de la Robia, sculpteur, pour les ouvrages de sculpture par luy faits en deux petits enfans de marbre qui doivent servir à la sépulture
du cœur du roi François , dernier décédé . .
pour iceux porter à Orléans avec ledit tombeau, à luy ordonnée la somme de 2 25 liv. par ledit abbé de Saint Martin. » ( Compte des bâtiments, t. 11, p. 119-120.)
(1) rtCor christianissimi Regis Francisci, hujüs nominis secundi, filii Henrici secundi, vase deaurato inclusum, repositum est super ipsiusmet pvramidem eximiam, in sacello aureliano elatam, i56o.» (Nécrologe, p. 48.)
(2) Le Journal de Lenoir constate l’entrée au Dépôt des Petits-Auguslins des marbres qui composaient ce monument; mais il n’v est pas question dil couronnement en bronze , qui dut être livré à la fonte :
«64. Des Célestins. Colonne en marbre blanc, d’ordre composite, ornée de flammes et accompagnée de trois enfans, en marbre blanc, sculptés par Germain Pilon; le tout posé sur un triangle orné de trois inscriptions gravées sur du marbre rouge. Ce beau monument avait été élevé à la mémoire du roi François II, dont il contenait le cœur. n
La pl. CX IV du Musée des monuments français (Percier del.) permet de constater la disparition du petit génie et du vase en bronze doré, placés autrefois sur le chapiteau. Lenoir les avait remplacés par une urne moderne, de forme à demi égyptienne , en brèche violette.
Après la suppression du Musée, la colonne funéraire de François II fut transportée à Saint-Denis et placée dans le croisillon septentrional du transept. Les trois petits enfants ne tournent plus le dos à la colonne comme autrefois : ils ont été disposés pour faire face aux spectateurs,
Sur chacun de ces cartouches était gravée une inscription latine.
\ is-à-vis le mausolée de Louis d’Orléans :
872. — Cor régis in manu Domini(1). || Hoc oraculo dignum fuit cor || Francisci II, Régis christianissimi, in || urna huic columnæ superpositâ con||clusum. Tanto veræ fidei assertori || generosam Christi martyrem, || Mariam Stuart,
CONJUGEM HABUISSE || QUÆDAM FUIT VERÆ 1 M MO RT A LIT ATI S [| ASSERTIO (2).
Texle d’après l'inscription originale; — Lemaire, l. I, [>. 434 ; — Guilhermy, t. I, p. 453-455.
\ is-à-vis le mur du fond de la chapelle, du côté droit :
873. — ÜEO OPTIMO MAXIMO || ET PERENNI MEMORIÆ || FrANCISCI H, FrANCOrum Régis, |] Carolus nonus, ejus in regno || successor, suadente Reginâ ||
MATRE CATHARINÂ, HANC COLUM||NAM ERIGI CURAVIT, ANNO || SALUTIS M DLXII.
Texte d’après l'inscription originale; — Lemaire, t. I, p. 435; — ■ Guilhermy, (. I, p. 453-455.
Du côté gauche :
874. — Lumen rectis^1. || Talé fuit emblema hierogly||phicum Francisci H, p 1 1 s s i ai i Francorum || Régis , cujus cor hic situai est. Hic, || instar igneæ co-
LUMNÆ IsRAELI || NOCTU PRÆLUCENTIS , RECTITUDINEM || ET PRO AVITÂ RELIGIONE FLAGRAN||TEM Z EL U Al ADVERSUS PERDUELLES || HÆRETICOS SEA1PER PRÆ SE T U LIT.
Texte d’après l’inscription originale; — Lemaire, t. I, p. 435; — Guilhermy, t. I, p. 453-455.
(1) Lib. Proverb. Sulom., cap. xxi, vers. î.
[2) rrGes inscriptions sont intéressantes. Il ne faut pas les lire deux fois pour sentir qu’elles furent écrites au milieu des fureurs des guerres de religion. La première fixe la date et la destination du monument. La seconde exalte le zèle ardent de ce roi de dix-sept ans contre les hérétique; coupables de lèse-majesté divine et humaine. Elle explique en même temps le sens des llammes qui couvrent le fut de la colonne par allusion à la colonne de feu qui marchait devant Israël dans le désert. François Il avait épousé Marie Stuart, reine d’Ecosse, en 1 558, lorsqu’il n’était encore que Dauphin. Celte union avec une martyre de la foi était pour
la prince un gage de la véritable immortalité, comme le proclame la troisième inscription. Si la date du monument est bien telle qu’elle se trouve gravée sur le marbre du piédestal, le titre glorieux de martyre du Chris t aurait été décerné par anticipation à l’infortunée reine de France et d’Ecosse, dont la tête ne tomba sur l’échafaud que vinglcinq ans plus tard. Faudrait-il admettre, pour résoudre la difficulté, un achèvement tardif ou une restauration du monument? La première inscription aurait-elle été posée en 1 5 G a et la dernière seulement après la mort de la reine? Marie Stuart avait quiltéla France en 1 56 1 . x(Guilhermy, 1. 1 , p. 454.)
<3) Psalm. exi, vers. 4.