ANNE DE MONTMORENCY
Sous la seconde arcade de la chapelle, à droite de la porte qui ouvrait sur le chœur, avait été placée la colonne funéraire du duc Anne de Montmorency dont l’ordonnance était attribuée à Jean Bullant et l’exécution à Barthélemy Prieur (3).
(1) Henri I" de Longueville, t à Amiens, le 29 avril i5g5. (Le P. Anselme, Histoire génêal. , t. T, p. 221.)
(2) Henri 11 de Longueville, t à Rouen, le 1 1 mai 1 663. [Ibid., p. 222.)
(3) fr Ce chef-d’œuvre, composé par Jean Bullant, est l’ouvrage de Barthélemy Prieur, que le conné¬
table Anne de Montmorency aimait et protégeait et qui mit vingt ans à sculpter ce monument pris dans un seul bloc de marbre. » ( Musée des monuments français , t. IV, p. 95.)
a Suivant une vieille tradition, observe Guilhermy, Prieur aurait employé vingt ans à celle œuvre. Peut-être la colonne sera-t-elle restée aussi
Monument funéraire d’Anne de Monlmorency (I).
C’était une grande colonne torse, taillée dans un seul bloc de marbre blanc divisé par des couronnes de feuilles d’acanthe en quatre parties, celles des extrémités décorées de cannelures striées, avec incrustations de marbre rose à la partie inférieure, celles du milieu enguirlandées de branches de laurier. Elle se terminait par un chapiteau composite portant une urne de bronze surmontée d’un cœur peint en pourpre.
Cette colonne avait pour soubassement un piédestal rectangulaire, très élevé, en marbre rose veiné, découpé en demi-cintre sur trois de ses côtés, pour recevoir des statues symboliques de moyenne grandeur, en bronze, posées sur des socles également en marbre rose. L’Abondance, avec la corne symbolique dans sa main gauche et dans la main droite une grappe de raisin et une gerbe de blé, était placée du côté de la chapelle d’Orléans; la Force, qui tenait une torche enflammée et avait à ses pieds un casque et un carquois avec ses flèches,
longtemps dans les aleliers, mais elle n’a pas exigé, à coup sûr, un travail de pareille durée, bien qu’elle puisse passer pour une espèce de prodige de patience et d’habileté pratique. » (T. 1, p. 458.)
(1) Réduction d’une estampe de Mil lin. ( Les Célestins, pl. XIV; Chapuis sculp.)
Deux dessins en noir et en couleurs des Tombeaux de Gaignières (Clairambault) , fol. i5 et îG, reproduisent ce monument sous deux faces, vu du côté de la chapelle d’Orléans et du côté du chœur de l’église. — L’estampe de Millin présente la colonne telle qu’on la voyait dons la chapelle.
se trouvait vis-à-vis le passage d’enlrée; la Justice, tenant un glaive de la main gauche et de la droite une fleur, était placée du côté du chœur de l’église.
Les socles des statues étaient ornés d’un écusson aux armes de Montmorencv, d’un caducée avec des balances et des cornes d’abondance en sautoir, et d’une sphère avec tous ses cercles, soutenue par deux mains enlacées, le tout formé par des applications en relief de marbre blanc. Les pilastres qui les encadraient étaient décorés de même de l’épée du connétable et de son fourreau et surmontés, d’un côté, d’une sphère et d’un casque; de l’autre, de gantelets et d’une tête de mort dl.
Trois inscriptions, gravées sur de petites tablettes rectangulaires de marbre noir
(1) Ce monument fut recueilli par fragments au Dépôt des Petits-Augustins. Voici les diverses mentions du Journal de Lenoir qui constatent son entrée :
rr 8. Des Célestins. Trois petits pilastres en marbre campan rouge, avec des ornements incrustés en marbre blanc, venant de la colonne de Montmorency.
rr 38. Du même lieu. Figure en bronze, de moyenne proportion, représentant l’Abondance, par Prieur, venant de la colonne de Montmorency.
rr 5 9. Du même lieu. Une figure en bronze, représentant la Justice, venant de la colonne de Montmorency.
rr 63. Du même lieu. Une colonne torse en marbre blanc, ornée de feuilles de vigne très délicatement sculptées, élevée en l’honneur d’Anne de Montmorency, connétable de France. Plusieurs détails en marbre campan, venant du même monument.
rryy. Du même lieu. Une statue en bronze représentant la Paix, venant du tombeau d’Anne de Montmorency.
rr 97. Du même lieu. Divers fragments en marbre campan rouge, provenant du piédestal de la colonne d’Anne de Montmorency.»
Il est facile de constater, d’après ces diverses mentions, que Lenoir avait reçu tous les détails du monument, et l’on pourrait s’étonner qu’il n’ait pas songé à le reconstituer dans son état ancien, s’il n’avait pris soin de nous expliquer lui-même que cette restauration ne lui fut pas possible. Il notait, en effet, dans sa description du Musée des monuments français : rrLes prodigieuses dégradations que ce monument a éprouvées autant par un déplacement peu soigné que par les corps étrangers que le constructeur, qui l’avoit primitivement mis en place, a introduits dans le marbre, m’ont empêché de le
rétablir selon sa première forme. J’ai, en conséquence, fait établir le piédestal que l’on voit ici pour soutenir cette belle colonne avec les débris seuls du monument que l’on a mis à ma disposition.» (T. IV, p. 95.)
Mais il faut reconnaître que la reconstitution opérée par Lenoir 11’était pas heureuse : il avait pris pour piédestal un des socles des statues, et il avait placé la statue de la Justice sur la colonne; le monument, dans ces conditions, était dépourvu de proportions, et la colonne se trouvait en quelque sorte écrasée entre un soubassement trop bas et un couronnement beaucoup trop élevé.
La planche GLXIX du Musée des monuments français (Percier del.) montre la nouvelle disposition de la colonne imaginée par Lenoir,
Les deux statues de bronze qui n’avaient pas été utilisées furent cataloguées à part, sous le n° 112.
Après la suppression du Musée, le monument fut porté au Musée du Louvre où il a été de nouveau reconstitué, mais non pas intégralement, dans sa disposition primitive; ce qui est regrettable, car son aspect se trouve complètement transformé. Les trois statues ont été placées plus haut qu’autrefois , de telle sorte qu’elles masquent la colonne en grande partie; quant aux inscriptions, que l'on a tixées au pied de la colonne, elles se trouvent de même presque complètement cachées. Quatre des petits pilastres incrustés de marbre blanc ont été plaqués sur les côtés du piédestal de la statue de la Force, et les deux autres appliqués contre la muraille, derrière la colonne.
Le socle qui était orné de l’écusson des Montmorency n’a pas subsisté. Le casque et les gants qui surmontaient les pilastres sont restés à l’Ecole des Beaux-Arts, où on les a utilisés pour la décoration du troisième panneau (côté droit) de la seconde cour.
et encadrées par un filet elliptique, en marbre blanc, étaient fixées à la partie supérieure des socles.
Sous la statue de l’Abondance, dans la chapelle d’Orléans :