PHILIPPE CHABOT
Le mausolée de l’amiral Philippe Chabot se trouvait au-dessous de la seconde fenêtre (2).
restitution complète du monument de Renée de Longueville; il serait très facile de réunir ce qui existe encore et de suppléer aux parties détruites.») ( Monographie cle Saint-Denis , p. 3oi-3o3.)
Depuis que Guilhermy écrivait ces lignes, le mausolée a été intégralement reconstitué dans le bras méridional du transept; les sculptures endommagées ont été restaurées ou refaites.
M. Gourajod a retrouvé récemment dans les magasins de Saint-Denis l’ancien écusson soutenu par deux petits enfants qui formait le couronnement du mausolée et que l’on n’avait pas utilisé parce qu’il était mutilé; il l’a fait porter au Musée du Louvre. ( Alexandre Lenoir, t. III, p. 434.)
Les armoiries qui y sont gravées ne sont pas celles de Renée d’Orléans-Longueville, telles qu’elles figurent dans le ms. B2 et qu’elles ont été blasonnées par Le Laboureur et par le P. Anselme. L’écu est : Parti au 1 de Fraace , au 2 écartelé de France
et de . à trois hermines de .
(1) Sic, pour Montreuil-Bellay.
(2) D’après une tradition rapportée par Sauvai et Félibien, ce mausolée serait l’œuvre de Jean Cousin. Celte attribution, qui ne paraît fondée en somme sur aucune donnée sérieuse, a été vivement discutée par M. de Montaiglon , dans un article des Archives de l’art français inspiré par une étude que M. Philippe Béclard avait récemment publiée dans la Revue de l’Anjou et du Maine, sous ce titre : rr Jean Cousin a-t-il été statuaire?»)
A cette question , M. de Montaiglon répondait : rrCe qui devient à prouver, ce n’est pas que Cousin n’ait pas été statuaire , c’est d’établir qu’il Tait été.
rcLe seul ouvrage qui ait pour lui la possession d’état est le tombeau de Philippe Chabot, et c’est en verlu de l’attribution qui lui en était faite qu’on a cherché à donner à Cousin d’autres œuvres de sculpture. Le premier qui ait prononcé son nom, à propos de cet admirable ouvrage, c’est Félibien. Mais son témoignage pour ce qui concerne le xvie siècle n’a pas la même valeur que pour le xvne siècle .
Dans un renfoncement elliptique de la muraille, on voyait la statue du défunt, en marbre blanc, sur une table de marbre noir, que soutenait un sarcophage de marbre blanc, en forme de cuve, décoré de chabots et supporté par deux griffes de lion. Le défunt était représenté vivant, à demi couché, revêtu de son armure, avec le collier de l’Ordre de Saint-Michel. Il avait le bras droit posé sur sa
frRien ne prouve donc que Cousin ait été sculpteur, et la figure de Chabot moins qu’autre chose, car une œuvre de cette beauté ne- peut pas être unique dans la vie d’un homme. Le sculpteur qui a trouvé cette pose n’en était pas à son coup d’essai; le sculpteur qui a ciselé ce marbre en a taillé bien d’autres auparavant; il avait déjà produit beaucoup de beaux ouvrages, car cette sûreté, cette maëstria d’exécution , jointes à une mesure et à une délicatesse aussi parfaites, sont le fait non seulement d’un praticien consommé, mais d’un homme dont, sinon l'unique, certes le plus grand génie est la sculpture .
«Ce qui est possible, et M. Béclard l’indique avec beaucoup de justesse, c’est, si Jean Cousin est pour quelque chose dans le tombeau de Chabot, ce qui est à démontrer, de supposer qu’il ait donné le dessin de son arrangement et de son ornementation .
rrDans le tombeau qui nous occupe, je trouve, non dans la figure d’une simplicité toute sculpturale, mais dans l’ensemble du tombeau tel qu’il nous est conservé par les gravures antérieures à la Révolution, une ordonnance qui ne vient pas d’un sculpteur . . . , d’une complication et d’une recherche qui jurent avec la statue et sentent, ou le peintre habitué à se jouer avec les complications, moins choquantes pour lui par la convention inhérente à son art qui n’a pas le relief physique, ou le sculpteur gâté par l’imitation de la peinture, ce qui est au
fond la même chose . * (T. V, 1 857-1 858 ,
M. de Mon taiglon estime que la statue de l’amiral et l’encadrement de son mausolée ont dû être exécutés au moins à un demi-siècle de distance, et il admet que rc Cousin étant mis hors de cause pour le travail de la statue , qui ne peut être ni de la même époque, ni de la même pensée, ni de la même main que le reste du tombeau, il est possible, mais seulement possible, que Cousin soit pour quelque chose dans ce dernier ouvrage n. [Ibid.)
M. L. Courajod, que ses études sur le Musée des monuments français ont tout naturellement conu.
duit à s’occuper du mausolée de Philippe Chabot, se range à l’opinion de M. de Montaiglon :
crJ’adopte tout ce qu’a dit excellemment M. Anatole de Montaiglon, écrit-il. Sa discussion est un modèle de critique historique et d’appréciation esthétique. Malgré d’ardentes recherches, je n’ai rien encore trouvé de décisif pour trancher, à l’aide d’un argument irréfutable , le difficile problème posé par celte sculpture , ni pour nous débarrasser d’une attribution traditionnelle, adoptée, en dépit de son invraisemblance, par un trop grand nombre d’historiens. n [ Alexandre Lenoir, t. Il, p. 168.)
M. Courajod est aussi d’avis que l’encadrement décoratif du mausolée a motivé l’attribution à Jean Cousin de l’œuvre tout entière , et il fait observer qu’trune décoration sculptée, présentant la même disposition d’un ovale en largeur, est conservée à Sens, dans le Musée archéologique établi au rezde-chaussée de la salle synodale*. [Ibid., t. II, p. 170.)
Cependant, si l’on compare cet encadrement à ceux qui composent le Livre de fortune, publié par M. Lalanne , et que l’on croit aussi avoir été composés par Jean Cousin, l’on constate aisément qu’il leur est infiniment supérieur, pour la richesse et la variété des détails et leur ingénieux agencement.
M. Léon Palustre est à peu près le seul aujourd’hui qui persiste à défendre la tradition attribuant à Jean Cousin l’exécution de ce monument. H est vrai qu’il invoque à l’appui de son opinion un passage des mémoires de Taveaux, procureur au bailliage de Sens, qui, après avoir vanté les talents de peintre de son compatriote , Jean Cousin , ajoutait : cr Oultre ce il estoit entendu à la sculpture de marbre, comme le tesmoigne assez le monument du feu amiral Chabot, en la chapelle d’Orléans, au monastère des Celestins de Paris, qu’il a fait et dressé, et montre l’ouvrage l’excellence de l’ouvrier, n [La Renaissance en France, t. II , p. iâ 4.) Ce témoignage, évidemment, a beaucoup plus de valeur que les assertions de Sauvai et de Félibien, mais il ne saurait néanmoins être considéré comme décisif.
iMPr.r