‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 3)Chapitre 88 sur 386 · COUVENT DES FILLES DU CALVAIRE- SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

COUVENT DES FILLES DU CALVAIRE- SAINT-GERMAIN

Mais, lorsque la Reine fit construire i’hotel du Petit-Luxembourg, elle eut hesion de reprendre l’emplacement dont elle avait gratifié les religieuses et même d’empiéter sur les dépendances de leurs immeubles. Â titre de compensation, elle leur donna, par contrat du 22 février i63oû), un terrain en pointe attenant à son parc, en bordure sur la rue de Vaugirard et faisant suite aux bâtiments du couvent, avec un petit pavillon dénommé la ferme du Bourg, qui se trouvait à l’extrémité^.

Par ses lettres patentes du 20 juillet, du 10 août et du i3 décembre i633, Louis XÏ1I avait approuvé le contrat d’échange et le don de la rente de mille livres. Il les ratifia et les confirma par ses lettres patentes du mois de juillet i63û, qui furent enregistrées en Parlement^ le 22 août et à la Chambre des Comptes le 27 septembre de la même année.

Ce fut sur les dépendances des immeubles achetés par les religieuses et sur

(1) Voici te dispositif du contrat d’échange tel qu’il avait été réglé par tes conseillers de la Heine, le 22 février, et qu’il fut ratifié par elle : rr Comme ladicte dame Rovne , meue de pieté et dévotion envers lesdicles religieuses, se fust cy devant rendue protectrice de leur Congrégation et fondatrice de leurdicte maison et convent, et pour cet elTect leur eust, par ses lettres patentes du mois de juin 1621, donné, accordé et octroié plusieurs terres y déclarées, jusques h la quantité de cinq arpens ou environ et, oultre ce, la somme de mil livres tournois de rente annuelle et perpétuelle a prendre sur son domaine et comté de Dourdan, lesdictes religieuses se seroient, en celte considération, establies proche le petit pallais de ladicte dame Roy ne, sur la rue de Vaugirard, audict fauxbourg Saint-Germaindes Prez, et achepté à cet effect héritages et lieux jusques à deux arpens etdemy ou environ , joignant et proche lesdictes terres à eulx promises et octroiées, et d’autant que, depuis ce, lesdictes religieuses n’auroient jouy ni entré en possession desdicts cinq arpens de terre à eulx accordées comme pit est par ledict don , les ayant icelle dame Royne, pour la commodité et bienséance de son parc et clos et pour l'accroissement et allignement d’icelluy, retenus a soy; mès, ayant eu besoing d’avoir et prendre dans le clos desdictes religieuses jusques à ung arpent et ung peu plus, ainsy qu’il a esté recognu sur le lieu et qui se void par la figure qui en a esté faicte par expers, icelles relligieuses s’y seroient volontiers et librement condescendues et de ce accomodé ladicte dame Royne; pour ces causes et aultres désirant aussy Sa Majesté, comme ce a esté toujours son intention , de faire bastir et edillier leur eglise . ont lesdils sieurs du Conseil,

audict nom, pour ladicte dame Royne, volontairement donné, octroié, ceddé, transporté et délaissé tant par forme de don, eschange, rescompense qu’autrement, au meilleur titre et droict que ce soit auxdictes relligieuses Renedictines, ce acceptantes . tout le résidu d’une place apparte¬

nant à Sa Majesté, qui est en pointe au bout du clos desdictes relligieuses et aboutissant à icel-

luy . avec le petit pavillon à logement, le tout

couvert d’ardoyse, estant dedans ladicte place, duquel lesdictes religieuses ont ja faictleur infirmerie, tenant et abboutissant d’un bout à ladicte rue de Vaugirard, de l’autre bout et coslé audict parc et clos de ladicte dame Royne, et d’aullre bout ou jardin desdictes relligieuses; pour, en ladicte place et pavillon, jouir, faire et disposer par lesdictes relligieuses et leurs successeurs à l’advenir, perpétuellement, ainsy que de chose appartenant à leurdicte maison et convent. n (Arch. nat. , S. A G 4 9 . ) A la suite de ces acquisitions, l’abbé et les religieux de Sainte-Geniève qui avaient réclamé aux relligieuses, à litre de seigneurs censiers, un droit d’indemnité, engagèrent un procès aux Requêtes du Palais pour soutenir leurs prétentions. Le litige lut réglé par une transaction amiable du i3 juin iG34, et les Bénédictines consentirent à payer une somme de 8,000 livres. (Ibid.)

t!) C’était le pavillon de la ferme du Bourg, qui formait la dernière construction du côté méridional de la rue de Vaugirard, à l’angle du sentier du Pressoir, et que Marie de Médicis avait acquis, le 2 avril 1612, de François de Luxembourg, en même temps que l'hôtel de Luxembourg.

(3) Les lettres patentes et l’arrêt d’enregistrement ont été publiés par Félibien. (T. V, p. qo-jti.)

les terrains nouvellement cédés parla Reine que Ion édifia l’église du couvent et le cloître du monastère.

Dès l'année 1 6 2 5 , Marie de Médicis avait ordonné la construction d’une chapelle dont la première pierre avait été posée en son nom par Marie de Bragelonne, femme du Secrétaire d’Etat Claude Boutliillier, le 6 avril (l) 2. Mais, bien que cet édifice eût été bâti sous la direction de son architecte Marin de La Vallée, il fut établi dans des conditions si défectueuses, que la Reine mère dut le faire abattre en 1629^. On édifia aussitôt une église qui fut terminée en 1 6 3 1 , bénie cette même année par l’évêque, Léon de René de Rieux, et dédiée en 16/18 par l’évêque de Quimper, René de Louet de Kerguillio. La Reine fit construire, aussitôt après, le cloître des religieuses sous la direction de l’architecte Germain Rolfrand.

L’église et les bâtiments du cloître étaient contigus à l’hôtel du Petit-Luxembourg, dont les séparait seulement un mur mitoyen. L’église, formant un rectangle allongé, divisé en quatre travées voûtées à plein cintre, avait sa façade du côté de la rue de Vaugirard et son chevet adossé au cloître; elle comprenait une nef avec deux grandes chapelles sur les côtés; celle du côté droit, que Marie de Médicis avait fait décorer à ses frais, était la chapelle particulière de la Reine; derrière le maître-autel se trouvait le chœur des religieuses.

L’enclos du couvent qui se développait sur un plan triangulaire avait pour limites le Petit-Luxembourg, le jardin particulier de cet hôtel et la rue de Vaugirard. Dans ces conditions, son étendue se trouvait forcément bornée. Les bâtiments 11e comprenaient, en dehors du cloître, qu’un corps de logis adossé à la chapelle et au cloître, la maison de l’Image Saint-Nicolas, l’hôtel de M011therbu et le pavillon de la ferme du Bourg. Lorsque les religieuses eurent obtenu, eu 1666 f3), l’autorisation de surélever le corps de logis qui bordait le jardin, elles cessèrent d’occuper ces trois derniers inuneubles(/‘).

(1) Piganiol a publié le texte des inscriptions commémoratives gravées sur la médaille qui fut encastrée dans cette pierre. (T. VII, p. 271.)

(2) En l’absence de la Reine mère, «la négligence de ceux qui avoient soin du bâtiment fut cause que ladite eglise fut longtemps à bastir et, qui pis est, fut si mal construite qu’avant d’estre toute achevée, les murailles commencèrent à crever ». (Histoire de la congrégation, p. q3.)

(3) Cette autorisation leur avait été accordée par Madame, duchesse douairière d’Orléans, le 10 mars 1666 : « Madame, duchesse douairière d’Orléans, désirant favorablement traiter les religieuses du Calvaire. . . a permis auxdites dames religieuses d’exhausser quelques estages sur fencien bastiment de leur couvent, du costé qui regarde le parc de son palais, pour y pouvoir construire des cellules ou tel

autre logement qu elles adviseront bon estre pour la commodité de leur maison et dont elles ont besoin, attendu que le nombre des religieuses augmente journellement. » (Arcli. nat., S. 464q.)

(4) D’après M. Tisserand, celte maison fut totalement absorbée par les constructions de la Reine. «En i63o, écrit-il, la reine Marie de Médicis la reprit aux religieuses, et le terrain qu’elle occupait, joint à celui de l'hôtel du Luxembourg, a servi d’emplacement à I hôtel du Petit- Luxembourg.* [Topographie historique , t. III, p. 291.)

Cette assertion paraît très contestable, puisque la Reine mère, ainsi que l’indique le contrat d’échange du 22 févier i63o, prit simplement sur les dépendances de la maison de l’Image Saint-Nicolas la valeur d’un arpent; les religieuses avaient gardé cet immeuble, ainsi que 1 hôtel de Montherbu.

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