‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 4)Chapitre 10 sur 442 · LVI I · texte numérisé non relu

LVI I

A Paris et dans les provinces, les mausolées et les pierres tombales ne pouvaient manquer d’appeler son attention d’une façon toute particulière, et les trois mille dessins qu’il en avait recueillis attestent aujourd’hui que, plus qu’aucun homme de son temps, il avait su apprécier leur intérêt historique et archéologique.

Dans la tâche laborieuse qu’il avait entreprise, Gaignières fut puissamment aidé par deux collaborateurs, dont le concours actif et intelligent lui permit de rechercher et de grouper les pièces innombrables qui constituaient son cabinet d’antiquités : l’un était son valet de chambre, Barthélemy Rémy, qui lisait à merveille les vieilles écritures et remplissait avec une rare habileté la double fonction de copiste et d’archiviste; l’autre était un modeste graveur, qui fut son dessinateur en titre. Celui-ci mérite ici une mention spéciale en raison des services par lui rendus â l’archéologie parisienne sous l'habile direction de son protecteur :

L’artiste, qui a exécuté ces innombrables dessins qui sont une des principales richesses de sa collection, s’appelait Boudan; son nom se lit au bas de plusieurs gravures du commencement du xvine siècle. Il avait acquis une grande expérience des monuments du moyen âge, et il montrait surtout une véritable habileté à reproduire les sceaux et les tombes. Gaignières lui avait donné un logement dans sa maison, et l’employait à peu près d’un bout de l’année à l’autre, non seulement pour faire des croquis ou des miniatures, mais encore pour préparer des cartons et monter des pièces sur des feuilles de papier de grandeur uniforme. Les conditions auxquelles Boudan travaillait sont indiquées dans un mémoire du ior avril 1709 :

« . Toutes les tombes et epitaphes dessinez comme elles sont, y compris les tombeaux

colorez, cinq sols la pièce; quand ils sont dessinez en voyage ou autrement, et quand il les fera tous entiers, 9 sols la pièce, les unes portant les autres .

«Les tombeaux surchargez d’ouvrage extraordinaire, colorez et dorez d’or fin, 3o sols la pièce11'. r>

Tous ceux qui ont eu l’occasion d’examiner les portefeuilles de Gaignières ont constaté la valeur des dessins de Boudan. Qu'il nous suffise de rappeler à ce sujet l’appréciation d’un juge des plus compétents, l’érudit Hennin, qui fut lui-même un collectionneur émérite :

Le but de M. de Gaignières était de former un véritable et important musée de l’histoire nationale; but remarquable en lui-même, et par la manière dont il a été rempli, et par

l’époque où cela avait lieu . Il avait voulu réunir, dans les recueils de dessins qu’il faisait

exécuter, le plus grand nombre possible de représentations de monuments relatifs à l’histoire de France, principalement de tombeaux. Beaucoup de ces dessins ont été exécutés par des artistes qui comprenaient et rendaient avec talent le style des monuments. Cela se reconnaît dans plusieurs de ces dessins, qui expriment avec exactitude, goût et un sentiment vrai, les statues tombales et les miniatures 1 (2).

(1) M. Léopold Delisle, Le Cabinet des manuscrits, t. 1, p. 33 7.

(2) Les Monuments de l’histoire de France, t. 1, p. 270-272.

IMPRIMERIE NATIONALE

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