‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 4)Chapitre 9 sur 442 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

chargea de reviser l’ouvrage de Du Breul , ne suivit guère sur ce point l’exemple de son prédécesseur, dans la crainte d’accroître son livre hors de proportion. Lui même a pris soin de nous en avertir: rdl y a, écrivait-il a propos des Blancs-Manteaux, plusieurs sépultures en ceste eglise, lesquelles j’obmets, cause de brièveté, n Lemaire, qui avait emprunté à Du Breul les éléments de son Paris ancien et nouveau, eut du moins le mérite d’ajouter quelques inscriptions inédites à celles qui avaient été déjà imprimées, et de même Germain Brice.

Mais ce fut surtout Piganiol de La Force qui, appréciant à sa juste valeur l’intérêt des épitaphes, en publia le plus grand nombre dans ses descriptions des monuments parisiens. C’était là une nouveauté qui ne pouvait manquer d’attirer l’attention, et, comme elle risquait de n’être pas acceptée avec la même faveur par toutes les classes de lecteurs, Fauteur pensa qu’il était nécessaire de la justifier par quelques explications préalables.

La ville de Paris, e'crivait-il à ce propos, e'tant devenue, pour ainsi dire, Ja Patrie commune , par le monde qui y aborde de toutes parts, les Epitaphes et les éloges des personnes illustres qui y sont mortes, méritent de trouver place dans son Histoire et de former ici une espece de Nécrologe universel. Personne n’ignore que les Grecs et les Romains faisoient un cas infini des Inscriptions et des Epitaphes, et ce goût a passé jusqu’à nous et est devenu presque général depuis l’Academie des Inscriptions que Louis le Grand établit et fonda . Les morts n’ont pas be¬

soin de nos éloges; mais nous avons besoin de leurs instructions et de leurs exemples. Les actions et les éloges qui sont répandus dans nos Epitaphes, nous instruisent et nous excitent à les imiter. Nos Epitaphes étant ordinairement plus longues que celles des anciens, elles en sont plus intelligibles et plus instructives. J’ai rapporté ici la plupart de celles que le respect qu’on doit à la Religion et aux mœurs m’a permis de rapporter. J’ai même ménagé la vanité de certaines gens et supprimé tout ce qui pouvoil la blesser . Peut-être que des lecteurs frivoles

me blâmeront d’avoir rapporté tant d’Epitaphes: ei ceux qui tirent parti de tout m’en sauront gré. Us savent mieux que moi que les Epitaphes servent infiniment à la chronologie, en constatant les dates, et qu’elles répandent aussi beaucoup de jour sur l’Histoire. D’ailleurs les lecteurs judicieux en examinent l’esprit, la composition, l’élocution, la poésie, l’harmonie et les figures; et quand on les lit avec de tels yeux, on peut assurer que rien n’est moins ennuyeux que la lecture des Epitaphes PI v

Les anciens généalogistes s’étaient depuis longtemps inspirés de ces principes. Blanchard, l’un d’eux, avait recueilli et publié, au cours du xvne siècle, un grand nombre d’épitaphes concernant les familles parlementaires de Paris. Les Bénédictins de Saint-Maur dans leur Gallia cliristiana, firent de même pour les personnages qui se rattachaient à l’histoire ecclésiastique, et ils purent mettre à contribution d’une façon très large et très intelligente les

(1) Description historique de la ville de Paris, Préface, p. xxxiv-xxxvi.

précieux documents épigraphiques recueillis par Roger de Gaignières. D’autre part, Moréri, l’auteur du Grand dictionnaire historique , inséra dans son ouvrage certaines inscriptions funéraires qu’il jugea propres à compléter utilement ses notices biographiques*11.

En fi n, dans les dernières années du xvme siècle, deux archéologues, Millin et Alexandre Lenoir, ont copié et publié la plupart des textes épigraphiques qui se trouvaient alors menacés d’une destruction prochaine. Presque toutes les épitaphes transcrites par Millin ont disparu; il est vraiment regrettable que cet érudit les ait relevées et imprimées avec une extraordinaire négligence, et que le sens en ait été fréquemment altéré par des erreurs de lecture ou des fautes typographiques. Celles qui subsistèrent pendant la Révolution furent recueillies au Dépôt des Petits-Augustins par Alexandre Lenoir, qui exposa les plus remarquables dans les galeries et les jardins du Musée des monuments français. Il en donna le texte dans l’important ouvrage consacré à la description raisonnée des richesses archéologiques et artistiques qu’il avait réunies.

REPRODUCTIONS FIGUREES.

Dès la seconde moitié du xvic siècle, le libraire Pierre Ronfons, l’éditeur et le continuateur des Antiqmtez, de Gilles Gorrozet, eut l’idée d’ajouter à ses descriptions de tombeaux et à ses textes d’épitaphes la reproduction des monuments funéraires qui lui paraissaient dignes d’attention. Ce fut Jean Rabel, rr maistre-peintre n (2) , qui exécuta ces dessins, assez sommaires mais néanmoins fort curieux au point de vue archéologique.

L exemple de Ronfons fut suivi, au xvn° et au xviiic siècle, par les historiens de Paris. C’est ainsi que les ouvrages de Du Rreul, Malingre, Rrice et Piganiol furent illustrés d’un certain nombre de reproductions de mauso-

(l) Bon nombre d’épitaphes isole'es ont e'té publiées dans les ouvrages les plus divers, et l’on ne peut guère réussir, même au prix de recherches minutieuses, à les connaître à peu près toutes. Les trouvailles, sur ce point, sont bien souvent l’effet du hasard. C’est ainsi que nous avons rencontré, dans la Vraye et parfaicte science des armoiries, de Géiiot et Palliot, diverses inscriptions de Saint-Nicolas-des-Champs dont il eût été difficile de soupçonner la présence dans un traité de blason.

D’autre part, sachant que l’abbé Le Batteux avait été inhumé à Saint- André-des-Arcs , il nous

vint à l’idée de chercher son épitaphe dans les Mémoires secrets de Bachaumont, où nous l’avons effectivement trouvée.

Dans les recherches de ce genre, il n’est possible de procéder que d’après des inductions plus ou moins fondées, et, pour une recherche qui aboutit, combien restent infructueuses!

(2) Jean Rabel, peintre et graveur, né vers le milieu du xvic siècle et mort en i6o3 frl’un des premiers de son temps en l’art de pourlraicture et qui avoit un bel esprits, au dire du chroniqueur L’Estoile.

INTRODUCTION

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lées, que les auteurs ou les éditeurs choisissaient de préférence parmi les plus remarquables spécimens de l’art contemporain.

Au début de la Révolution, alors que la suppression des couvents et de plusieurs églises paroissiales de Paris rendait fort précaire la conservation des tombeaux qui s’y trouvaient encore, Millin se préoccupa de faire dessiner et graver quelques uns de ces anciens monuments. La série d’estampes qu’il inséra dans ses Antiquités nationales est certainement aujourd’hui la partie ]a plus intéressante et la plus utile de son travail.

Pendant la Révolution, ceux des tombeaux transportés au Dépôt des Petits- Augustins, et conservés comme œuvres d’art, furent pieusement restaurés et exposés par Lenoir dans les salles du Musée des monuments français. Plus tard, Lenoir les fit dessiner et graver dans les nombreuses planches destinées à illustrer le catalogue descriptif des collections qu’il avait formées. Mais, comme les mausolées qu’il avait reconstitués se composaient souvent de motifs d’architecture et de sculpture de provenances très diverses, les reproductions qu’il nous a laissées ne doivent être utilisées comme documents qu’après un examen minutieux. 11 n’y a généralement à tenir aucun compte de l’ensemble, qui est essentiellement factice; les détails seuls, étudiés isolément, présentent un réel intérêt pour l’histoire des monuments funéraires.

D’autre part, au xvne et au xvme siècle, il a été gravé isolément un certain nombre d’estampes représentant des tombeaux, choisis de préférence parmi ceux qui se recommandaient par la notoriété de l’artiste qui les avait exécutés ou par l’importance du personnage à la mémoire duquel ils étaient consacrés.

Mais si tous ces documents peuvent utilement contribuer à nous faire connaître les tombes et mausolées artistiques de l’ancien Paris, et nous permettent de les décrire avec une exactitude suffisante, ils ne nous fournissent guère d’éléments nouveaux au point de vue épigraphique. Les détails d’architecture et de sculpture appelaient seuls l’attention des dessinateurs; ils s’inquiétaient peu des épitaphes, et c’est tout à fait exceptionnellement qu’ils ont pris soin de les conserver dans leurs reproductions.

Les dessins manuscrits d’un grand nombre de monuments funéraires qui sont venus jusqu’à nous ont, sur les documents dont il vient d’être question, un notable avantage. Ils nous présentent, en effet, les inscriptions sous leur forme épigraphique d’une façon généralement exacte, tout en donnent une idée suffisante des mausolées ou pierres tombales dont elles faisaient partie. Les

[>lus nombreux et les plus importants de ees dessins ont été réunis par Roger de Gaignières (l), un collectionneur du xvne siècle, qui mérite, à bon droit, d'être considéré comme le fondateur de l'archéologie française.

Cet amateur, observe M. Léopold Delisle, dans la savante étude qu'il lui a consacrée, disposait d’une fortune très modeste, mais il était animé d’un zèle plus puissant que l’argent. A force de travail et de persévérance, il réunit dans son cabinet des livres, des manuscrits, des gravures, des tableaux, des médailles, dont le nombre était moins remarquable que le choix, et dont les débris excitent encore aujourd’hui l’admiration de tous les amis des arts et de l’histoire du moyen âge.

Gaignières, en effet, s’était proposé de recueillir et de classer méthodiquement les documents de tout genre qui intéressaient 1 histoire politique et religieuse de la France, la généalogie des familles illustres, la biographie et la chronologie des grands officiers et des personnages dignes d’attention. Au cours de ses recherches, il avait été frappé du dédain de ses contemporains pour les anciens monuments, et il avait compris sans peine que ces curieux vestiges du passé, entretenus avec fort peu de soin et d intelligence, sinon totalement négligés, étaient voués à une prochaine destruction. Pour conjurer ce danger, il ne vit qu’un seul moyen efficace, l’intervention directe du Gouvernement, et, le 29 septembre 1 7 0 B , il présenta au ministre Pontchartrain un mémoire dans lequel il proposait la création d’un service public d inspection des monuments historiques, qui aurait pour objet de prévenir leur mutilation ou leur abandon et de conserver par des dessins la physionomie des plus intéressants1’'. Aucune suite officielle 11e fut donnée à son projet. Mais Gaignières avait eu le mérite de ne pas attendre, pour se mettre lui-même à l’œuvre, l approbation et le concours des ministres, et de réaliser, dans la mesure de ses forces et de ses ressources, l’œuvre de conservation qu'il avait projetée. Si nous connaissons aujourd’hui l'existence d’un grand nombre de sépultures depuis longtemps disparues, c'est grâce aux reproductions figurées qui furent faites sous sa direction et à ses frais.

(1) rr Roger de Gaignières, né le 3o décembre i G 4a , était fils d’Aimé de Gaignières, secrétaire du duc de Bellegarde, gouverneur de Bourgogne. Il lut écuyer du ducde Guise, puis de Mlle de Guise; il porta quelque temps te titre de gouverneur de Joinville, place qui appartenait à celte princesse. Il avait dans l’hôtel de Guise un logement qu’il conserva jusqu’au commencement de l'année 1701, époque à laquelle il vint demeurer rue de Sèvres, en face des Incurables. Ce fut là qu’il mourut, le 27 mars 171 5.»

(M. Léopold Delisle, Le Cabinet des manuscrits , t. I, p. 335.)

Après le savant travail de M. Delisle, qui a épuisé le sujet, il n’y a rien à dire de nouveau sur les collections de Gaignières; mais, au point de vue spécial où nous sommes placés, il convenait néanmoins de rappeler les services rendus par cet amateur à l’archéologie funéraire du vieux Paris.

(2) Ce mémoire a été publié par M. Léopold Delisle. (Le Cabinet des manuscrits, t. I, p. 343.)

INTRODUCTION

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