L VIII
Gaignières ne s’était pas seulement préoccupé d’amasser les matériaux les plus précieux pour les savants et les artistes : il avait voulu aussi que l’on pût utiliser aisément le fruit de ses laborieuses recherches, et il avait classé méthodiquement et analysé dans des catalogues raisonnés les pièces qui constituaient son cabinet. Il se préoccupait en même temps de l’avenir de ses collections. Pour assurer leur conservation intégrale, il en lit donation au Roi, par un acte notarié du ip février 1711, et n’en conserva que l’usufruit : rll serait fasché, déclarait-il à ce sujet, qu’après luy ses papiers fussent dispersez cl tombassent en differentes mains; de sorte qu’ayant dessein de les laisser à la postérité, il croyoit qu’il ne pouvoit mieux faire pour les conserver que d’en faire présent au Roy(l).?? Les événements devaient, hélas! annihiler les effets de sa judicieuse prévoyance.
Après la mort de Gaignières, survenue le 27 mars 1715, l’abbé de Lonvois, bibliothécaire du Roi, eut le tort grave de ne pas respecter scrupuleusement les volontés du donateur et de ne pas faire entrer intégralement son cabinet dans les collections de la Bibliothèque. Pierre Clairambault fut chargé d’examiner ces précieux documents et d’opérer le triage de ceux qui devaient être déposés à la Ribliothèque et de ceux que l’on ne jugeait [tas à propos de conserver. L’on peut à bon droit être surpris qu il ait accepté une mission aussi singulière; en sa triple qualité d’érudit, de généalogiste et de collectionneur, il pouvait apprécier mieux que personne l intérêt exceptionnel qu’il y avait à conserver dans son intégrité le cabinet de Gaignières, et il était de son devoir de formuler à ce sujet des observations qui auraient été certainement écoutées. S'il préféra procéder, sans mot dire, à la fâcheuse mutilation dont 011 l’avait chargé, c’est qu elle lui fournit une occasion d’enrichir promptement et à fort peu de frais son propre cabinet, et il 11e s’en lit pas faute (2); nombre de titres et de pièces qu’il avait déclarés inutiles pour la Ribliothèque se retrouvent aujourd’hui dans ses collections. A la suite du triage qu’il avait effectué, le oû décembre 171b, l’abbé de Louvois prit possession des documents destinés à la Bibliothèque, parmi lesquels figuraient 3i portefeuilles de tombeaux, comprenant 3,i8i pièces1’. Trois mois après, un arrêt du Conseil, du 6 mars 1717, prescrivit la vente publique des pièces que la Bibliothèque du Roi avait dé-
(1> M. Léopold Delisle, Le Cabinet des manuscrits, bault s'est appropriées . Dans le nombre, j’ai