‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 4)Chapitre 18 sur 442 · LXXI1I · texte numérisé non relu

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En présence des ruines qui s’accumulaient, la Commission des monuments restait parfaitement indifférente. Si elle avait publié d’utiles instructions sur la conservation des objets intéressants au point de vue des sciences et des arts, elle ne proposa aucune mesure efficace pour assurer leur exécution. Et cependant les Assemblées parlementaires avaient eu soin de lui rappeler, en diverses circonstances, la mission spéciale qui lui incombait à cet égard.

L’Assemblée législative après avoir institué, le 1 1 août 1792, une commission chargée de rechercher et de dresser l’inventaire de tous les effets du mobilier de la Couronne relatifs aux arts, la réunit, le 16 septembre, à celle des monuments. Et, ce même jour, l’Assemblée cr considérant qu’en livrant à la destruction les monuments propres à rappeler le souvenir du despotisme, il importait de préserver et de conserver honorablement les chefs-d’œuvre des arts, si dignes d’occuper le loisir et d’embellir le territoire d’un peuple libre, n décréta qu’il devait être procédé sans délai au triage de tous les objets qui mériteraient d’être conservés pour l’instruction et l’histoire des arts, et elle invita en même temps le Ministre de l’intérieur à prendre les mesures nécessaires en vue de seconder sur ce point les travaux de la Commission. Presque au début de ses séances, la Convention, par un décret du 18 octobre 1792, avait confirmé les attributions de la Commission des monuments, et ordonné qu elle eût à s’entendre avec les Comités des finances et de l’instruction publique, pour le choix des objets d’art qui devaient être distraits des ventes et conservés dans un intérêt public. Le h juin 1793, un nouveau décret rendu sur le rapport de Lakanal, prononçait la peine de deux ans de fers contre quiconque dégraderait les monuments des arts dépendant des propriétés nationales.

Mais il est vrai que, d’autre part, la Convention, en édictant par sesdécrets

Si Despois 11e songe pas à les contester, il est du moins porté à les excuser : « Qu’au milieu des passions aveugles, déchaînées pour la première fois, se soient accomplies des dévastations regrettables, que des monuments vraiment précieux au point de vue de l’art ou de la science aient été mutilés ou détruits , nul n’en doute , quoique le nombre en

ait été singulièrement exagéré . Mais il en est

arrivé autant dans toutes les révolutions ou réactions , tant politiques que religieuses . . . Les sculptures sont plus faciles h anéantir que les monuments, et le simple plaisir de briser, le besoin de détruire, a eu naturellement plus de part que le

fanatisme aux dévastations de cette époque comme

de toutes les autres . Quant aux dévastations

commises de gaieté de cœur, qu’on songe au besoin de briser, de détruire, naturel à certaines natures violentes, et chez d’autres aussi au désir d’afficher un excès de zèle, pour faire oublier parfois ou leur tiédeur à d’autres égards, ou des antécédents qui

les eussent compromis . En temps de révolution

ce n’est jamais le fanatisme qui fait les professions de foi les plus accentuées et porte les plus grosses cocardes. C’est l’esprit d’intrigue ou le zèle des néophytes éperonné par la peur. « (Le Vandalisme révolutionnaire, p. 1 63 , 188, 201.)

successifs du ter août et du 9 octobre 1793, la confiscation des édifices (jui portaient des armoiries, annula, en quelque sorte, sa précédente décision et provoqua des destructions immédiates. Aussi, sur les réclamations du Comité d’instruction publique, dut-elle rendre, le 2b octobre, un autre décret pour défendre de détruire, de mutiler ou d altérer en aucune façon les monuments de l’art sous prétexte d’en faire disparaître les signes de royauté ou de féodalité. Lenoir, de son coté, pour intéresser le public à la conservation des monuments qu’il avait recueillis, sollicita, dès 1792, la publicité du Dépôt, et lit paraître, en 1793, une première Notice des objets qui s’v trouvaient exposés.

La Commission des monuments ne devait pas tarder à expier sa négligence, dont la principale cause était 1 insuffisance de plusieurs de ses membres, fort peu préparés par leur éducation première à apprécier la valeur des œuvres d art. Comme elle avait omis de réclamer ou laissé perdre nombre d’objets provenant des émigrés, elle fut dénoncée à la Convention le 20 frimaire an 11 ( 18 décembre 1798) par Mathieu, président du Comité d’instruction publique, qui déclara <pie rr son patriotisme n'étail pas assez prononcé et que son civisme paraissait stationnaire et meme, dans quelques cas, arriéré?;. La Convention n hésita pas à prononcer sa suppression -1,

(l) M. Cournjod ne s’est-il pas montré trop indulgent pour cette Commission, lorsqu’il écrivait : rr Elle a bien mérité de la postérité, car c’est elle qui, dès 1790, désigna Lenoir pour diriger le Dépôt des Pelits-Auguslins. « [Alexandre Lenoir, t. I,

p. LXV.)

Non seulement, d’après le témoignage même de Lenoir, la Commission ne fut pour rien dans sa nomination, dont le peintre Doyen avait eu seul l’initiative, mais elle aurait voulu le déposséder de ses fonctions. Lenoir a rappelé, en effet, les intrigues qui furent ourdies, ou commencement de 1793, pour l’évincer de son poste, qui se renouvelèrent lorsque Doyen, son protecteur, eut cessé de faire partie de la Commission. cOn trouvait ridicule qu’il restât à la place qu’il occupait, attendu que M. Doyen avait eu le plus grand tort de ne point donner celle place à un membre de l’Académie. « ( Archives du musce des monuments français , t. It, p. 3 9 . )

Dans son rapport au Comité d’instruction publique, du 29 vendémiaire an vi, Lenoir signalait également la malveillance que la Commission lui avait témoignée : «Tant de travaux, tant d’ordre et

tant de soins ne contribuèrent pas peu à exciter la jalousie, et, dès ce moment, on employa cent moyens pour m’entraver dans -mes opérations, e! m’empêcher de continuer l’ordre que j’avais établi et que je désirais proroger jusqu’à la fin. On m’accusa de faire un Muséum d’un dépôt. ^ Aussi vit-il disparaître la Commission avec satisfaction , puisqu’il ajoutait: tr Enfin un décret supprima la Commission des monumens.» [Ibid., I. I, p. 2 4 . )

Ailleurs il se félicitait de ce que le Comité d instruction publique avait substitué avec justice la Commission des arts à celle des monuments. [Ibid., t. Il, ]). 1 07.)

M. Courajod paraît d’ailleurs être revenu à une appréciation plus exacte du véritable rôle de celte Commission. «-On trouvait, observe-t-il , dans la vénérable Commission des monuments, que Lenoir montrait trop d’ardeur. On lui sut mauvais gré d’avoir publié son premier catalogue. La Commission supérieure, qui ne faisait pas grand chose, comme beaucoup de ses pareilles, n’entendait pas qu’on pût rien faire en dehors d’elle. n [Alexandre Lenoir, t. II, p. 208.)

INTRODUCTION

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