‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 4)Chapitre 19 sur 442 · LXX V · texte numérisé non relu

LXX V

et à îa remplacer par la Commission temporaire «les arts, que le Comité d’instruction publique s’était précédemment adjoint et dont Mathieu avait par avance déterminé le rôle dans son rapport. «C’est à ]a Convention nationale, disait-il, de faire aujourd’hui pour les arts, pour les sciences, pour les progrès de la philosophie, ce que les arts, la science et la philosophie ont fait pour amener le règne de la liberté; ce sont aussi des créanciers de la Révolution, pour qui la Révolution doit tout faire; les ténèbres sont une servitude, v

La Commission temporaire des arts, après s’être complétée par l’adjonction des membres les plus actifs et les plus distingués de l’ancienne Commission des monuments, se mit aussitôt à l’œuvre et, dès le mois de janvier 1794, elle publiait une Instruction sur la maniéré d'inventorier et de conserver , dans toute'! étendue de la République , tous les objets qui peuvent servir aux arts , aux sciences et à ! enseignement , qui avait été rédigée par Vicq d’Azyr et dom Poirier. Lenoir, désormais assuré d’un appui sérieux et d’un concours intelligent, poursuivit l’accroissement de son Dépôt avec une infatigable activité. 11 entassait aux Petits-Àugustins les tableaux et les monuments de tout genre qui lui paraissaient offrir quelque intérêt artistique, tandis que Sa Commune de Paris et les Comités révolutionnaires des sections, préoccupés surtout de mettre en réserve les objets qui pouvaient avoir une valeur vénale, lui envoyaient les sculptures enlevées des églises et les effets mobiliers provenant des biens des émigrés. Les colonnes, les bustes, les statues, les inscriptions, les fragments de marbres et de pierres sculptées arrivaient au Dépôt par tombereaux , et dans cette étrange confusion se trouvaient parfois des morceaux fort précieux, tels que des bas-reliefs de Germain Pilon et l’épitaphe de Pascal. Mais bientôt les débris de monuments encombrèrent à tel point les cours du Dépôt que les voitures ne pouvaient plus y pénétrer, et Lenoir, quelque peu embarrassé, dut demander à la Commission temporaire des arts de faire suspendre ces envois, sous prétexte qu’ils coûtaient beaucoup plus qu’ils ne valaient. L’observation n’était pas absolument juste, d’ailleurs, puisque au 3o thermidor an ni (18 juillet 1796), la valeur des blocs ou lames de marbre entassés aux Petits-Augustins s’élevait à plus de dix millions.

Cette multiplicité de débris provenait à peu près uniquement de la brutalité avec laquelle les agents de la Commune et des Sections procédaient à l’enlèvement des monuments artistiques. Aussi Lenoir fut-il obligé, à diverses reprises, d’inviter ces démolisseurs trop négligents ou trop pressés

à apporter dans leurs opérations plus de ménagements et d’attention. Et, pour dégager sur ce point sa responsabilité, il jugea nécessaire plus tard de consigner dans son Journal les remarques suivantes :

On observera que je n’ai nullement participé au déplacement des monumens, des marbres et des tableaux qui se trouvaient ou qui ornaient les paroisses de Paris. La trop célèbre Commune de Paris, toute puissante alors, les fit déplacer et détruire en quelque sorte par des ouvriers à ses gages ou à sa solde, à la tète desquels était un artiste, mon contemporain d’étude, qui, à ma sollicitation, fit transporter les morceaux les plus marquons au Dépôt des Petits-Augustins. Plusieurs ont été brisés et vendus à des marbriers. Enfin les monumens, amenés sans ordre et pêle-mêle sur des charrettes, ont trouvé place dans le Musée où ils sont aujourd’hui conservés et restaurés par mes soins. On n’ignore pas que plusieurs ont été rachetés ou échangés contre des marbres ou d’autres pièces considérées comme inutiles à l’étude des arts ou à celle de notre bisLoire 0).

Si les marbres de tout genre et de toute forme abondaient aux Petits- Augustins, les objets métalliques, par contre, y étaient fort rares. Un décret de l’Assemblée législative, du t 6 septembre 1792, avait prescrit que les bronzes, cuivres et autres métaux jugés inutiles fussent remis aux ateliers nationaux. Un arrêté du Comité de salut public décida, le i3 septembre 1 7 9 3 , que tous les objets métalliques qui se trouvaient dans les Dépôts de la République seraient mis à la disposition des Ministres de la guerre et des finances, pour être livrés à la fonte et transformés en canons ou en monnaies de billon.

Ua répartition des matières métalliques, ordonnée par cet arrêté, ne manqua pas de provoquer des contestations, et c’est pour y mettre un terme que le Ministre de l’intérieur adressait aux membres de la Commission temporaire des arts, le 17 septembre, les instructions suivantes :

Le citoyen Lenoir, garde du Dépôt provisoire des Petits-Augustins, me fait part, Citoyens, de la réquisition qui lui a été faite de remettre à la disposition de la Commission des monnaies tes cuivres existons au Dépôt, et provenant des tombeaux et autres monumens supprimés. Cette circonstance est une nouvelle preuve de ta nécessité de n’y transporter que les objets utiles aux arts, puisque ceux-ci ont coûté des frais de transport, que ce sera une administration étrangère aux arts qui en profitera, et que ce seront néanmoins les arts, ces arts dont vous êtes les conservateurs, qui auront payé ces dépenses sur les modiques fonds dont il m’est permis de disposer pour les soutenir. Quoi qu’il en soit, Citoyens, je dois remettre à la Commission des monnaies les objets qui peuvent lui être utiles; mais un arrêté du Comité de salut public, du 1 3 de ce mois, m’impose le devoir de faire remettre les matières métalliques à la disposition de la Guerre. Obligé de servir avec un zèle égal à deux destinations également importantes, je 11c vois qu’un moyen de concilier les deux demandes respectives. On m'informe qu’une partie des cuivres contenus au Dépôt est dorée et que le surplus 11e l'est pas. Celle qui l’est peut

(1) Journal, n" 990, dans l’édition de M. Courajod. ( Alexandre Lenoir, p. 1 A 3.)

INTRODUCTION

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