CV
général et rapide des faits principaux, l’étendue même du sujet ayant provoqué le plus souvent la suppression des détails secondaires. Ce qui fait surtout aujourd’hui le mérite de cet ouvrage et le rend particulièrement précieux, ce sont les trois volumes de documents inédits copiés par les auteurs et publiés sous forme de Preuves et Pièces justificatives^.
C’est dans la seconde moitié du xvmc siècle que se rencontrent les deux plus savants historiens de Paris, l’ahbé Leheuf et le libraire Jaillot; l’un s’est limité à l’histoire ecclésiastique, l’autre a traité les questions topographiques.
Dans ses études sur les anciens établissements religieux de Paris, Lebeuf a adopté la division par paroisses et suivi, pour ainsi dire, la cr descendance généalogique des églises». Il est résulté de cette façon de procéder que, si les édifices primitifs ont été l’objet de dissertations approfondies et détaillées, les établissements de fondation récente sont passés en revue d’une façon plus brève ou même signalés par une simple mention. Aussi l’ouvrage n’est-il pas, comme son titre semblerait l’indiquer, une histoire complète, méthodique et détaillée, mais plutôt un recueil de mémoires sur les sujets qui avaient spécialement attiré l’attention de l’auteur. De plus, les résultats de ses recherches ne sont pas toujours coordonnés, et de fréquentes erreurs de dates ou de faits peuvent être relevées dans ce vaste travail '.Mais, cette réserve faite, il serait injuste de ne pas reconnaître que, le premier entre tous nos annalistes parisiens, Lebeuf a donné l’exemple d’une érudition aussi sûre que variée et d’une critique sagace. C’est dans l’examen
(1) La plupart des ouvrages signalés ici ont été déjà relevés parmi les sources de Y Epitaphier. Il nous suffira donc de transcrire l’indication bibliographique de ceux dont il n'a pas été question antérieurement :
Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, par Henri Sauvai. Paris, Moette et Chardon, 1724, 3 vol. in-fol.
Les Curiositez de Paris, etc. avec les antiquitez justes et précises sur chaque sujet, par M. L. R. [Le Rouge]. Paris, Saugrain, 17 ho, 2 vol. in-8".
Voyage pittoresque de Paris, ou indication de tout ce qu'il y a de plus beau dans cette grande ville, en peinture, sculpture et architecture, par M. D. [d’Argenville]. Paris, de Rure, 1749, in- 1 2.
Recherches critiques , historiques et topographiques sur la ville de Paris, depuis ses commencemens
jusqu’à présent, avec le plan de chaque quartier, par le sieur Jaillot. Paris, chez l’auteur, 1775, 5 vol. in-BL
Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, ou Description raisonnée île cette ville, de sa banlieue, et de tout ce qu’elles contiennent de plus remarquable, par M. Thiérv. Paris, Hardouin et Gattey, 1787, 2 vol. in-8°.
■2) Les défauts de l’ouvrage tiennent surtout, sans doute, à ce que Lebeuf ne put y mettre la dernière main. Ainsi que l’a rappelé M. Rournon, il était atteint d’une paralysie partielle lorsque son travail fut livré à l’impression, et il n’était plus en mesure d’opérer les remaniements, les vérifications et les rectifications dont il appréciait mieux que personne la nécessité, puisqu’il avait chargé son exécuteur testamentaire, l'abbé Carlier, de les effectuer dans une nouvelle édition.
INTRODUCTION
patient et minutieux des textes ou des monuments qu’il a cherché ses principaux éléments d’information, et, lorsqu’il a utilisé les travaux de ses devanciers, il les a toujours contrôlés, discutés, rectifiés ou complétés par de nouveaux détails. Si l’immensité de l’œuvre qu’il avait entreprise ne lui a pas permis de traiter à fond toutes les questions, du moins ses aperçus judicieux et ses conjectures raisonnées fournissent sur la plupart des sujets de précieuses indications^. Aussi, M. Jules Quicherat a-t-il payé à la mémoire du modeste chanoine d’Auxerre un légitime tribut d’admiration et de reconnaissance lorsqu’il écrivait :
Lebeuf fut un esprit fe'cond et original. Il fit des choses dont son siècle était incapable de comprendre la portée. Ce n’est que depuis peu d’annees qu’on l’estime pour ce qu’il vaut. Il est chez nous le créateur de la science qui consiste à retrouver l’histoire par les vestiges que les événements ont laissés sur les lieux. Son Histoire du diocèse de Paris est à comparer au livre de Pausanias sur les antiquités de la Grèce, et lui est supérieure par la sûreté du jugement^.
La méthode que Lebeuf avait introduite dans l’étude des questions d’histoire ecclésiastique et d’archéologie, Jaillot la transporta fidèlement dans le domaine de la topographie, et le titre de Recherches criticiues qu’il donna à son ouvrage était a tous égards parfaitement mérité. Jaillot a refait, quartier par quartier et rue par rue, l’histoire topographique de Paris, non pas en s’appuyant, comme la plupartde ses devanciers, sur des légendes ou des traditions contestables, mais en recherchant dans les dépôts d’archives du temps, qui furent libéralement mis à sa disposition, tous les textes qui pouvaient servir à éclairer des faits encore peu connus ou à expliquer des observations jusqu’alors mal interprétées. Jaillot constate, rapproche et explique les faits avec autant de précision que de perspicacité; son examen aboutit généralement à des conclusions solides et indiscutables. Mais, lors même qu’il est
(1) M. H. Cocheris avait entrepris une réimpression de l’ouvrage de l’abbé Lebeuf (Durand, 1867- 70, h vol. in-8"), qui s’est arrêtée à la partie concernant Paris. Néanmoins, cette publication incomplète est encore très utile à un double point de vue. En effet, dans ses Additions, qui ont presque autant d’étendue que le texte primitif, M. Cocheris à discute ou complété, sur certains points, les observations de Lebeuf, et il a donné une notice bibliographique des documents imprimés ou manuscrits qui se rapportent à chaque article de l’ouvrage. 11 a dressé, de plus, d’après quelques ëpitapbiers et d’après les indications des historiens , un
relevé des personnes inhumées dans les églises et les établissements religieux; mais cette nomenclature pèche par l’absence de classement méthodique et ne se trouve pas d’ailleurs dans tous les articles.
M. Poumon , pour accompagner une troisième édition, complète celle-là, faite, il y a quelques années , de Y Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris (Féchoz, 1 885 , 5 vol. in-8°), vient de commencer la publication d’une série de Rectifications et additions (Champion, 1890, in-8°), où doivent surtout trouver place des extraits et des analyses de documents originaux.
Histoire de Sainte-Barbe , t. Il, p. 2 G 9.