‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 4)Chapitre 26 sur 442 · CVI1I · texte numérisé non relu

CVI1I

obligé Je se borner à des probabilités, son appréciation méthodique et raisonnée des choses recommande ses hypothèses à notre attention.

Le dernier historien des monuments de Paris, Millin, n’est guère pardonnable d’avoir négligé de suivre le récent exemple que lui avaient donné Lebeuf et Jaillot. Au moment où il commençait son travail sur nos Antiquités nationales, les anciens édifices religieux de Paris, abandonnés pour la plupart, n’avaient encore subi aucune transformation. 11 lui était donc facile d’étudier sur place, d’une façon complète et détaillée, ceux qu’il comptait décrire dans son travail. Mais il ne paraît pas qu’il ait jugé à propos de se rendre compte par lui-même de leur état. Ses notices ne sont autre chose, en général, qu’un assemblage, confus et disparate, d’extraits ou de résumés des descriptions antérieures, qu’il a rattachés ou juxtaposés, sans se préoccuper aucunement de vérifier s’ils formaient une suite logique et s'ils n’of- Iraient pas d indications erronées ou contradictoires. Sauf quelques détails nouveaux, la lecture de son ouvrage ne peut rien apprendre à ceux qui sont déjà familiarisés avec les historiens de Paris, et il suffit de lire ses descriptions avec un [dan détaillé des édifices sous les yeux pour se rendre compte de leur manque de précision, de leur inexactitude et souvent même de leur incohérence au point de vue topographique. Le seul intérêt de la publication de Millin réside, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, dans la série d’estampes qu’il avait fait graver d’après les monuments subsistants en iyqo(l).

En même temps que ces ouvrages d’un caractère général, nous avons consulté avec quelque profit les monographies dont plusieurs édifices ont été l’objet. Certaines, rédigées très consciencieusement, sont vraiment instructives; d’autres, par contre, manquent tout à la fois de méthode et de critique; les faits intéressants s’y trouvent en quelque sorte noyés dans un amas de détails contestables, qu’il eût été téméraire d accepter sans un contrôle minutieux, et d indications accessoires dont nous n avions pas à tenir compte.

(l) Hennin a plaidé en faveur de Millin les circonstances atténuantes : fOn reproche, en général, à cet auteur d’avoir traité d'une façon trop légère les matières d’érudition et de manquer d'une

saine critique . Le texte manque de soins dans

la manière dont il est rédigé; on y trouve des erreurs et des incertitudes dans les rapports avec les planches. Celles-ci sont, pour la plupart, très insuffisantes par la petitesse des représentations et

le peu de style avec lequel on les a gravées. Malgré ces défauts, cet ouvrage a de l’intérêt et il a contribué à conserver des représentations de monuments détruits depuis. Il faut tenir compte à cet écrivain de son zèle à soutenir et à recommander l’étude des monuments historiques et de ses efforts pour arrêter tant de destructions qui eurent lieu à cette époque. « ( Les Monuments de l histoire de France, l. I, p. 2 53.)

INTRODUCTION

Les éléments historiques et topographiques que nous avons puisés à ces diverses sources auraient assurément pu nous permettre de constituer, pour chacun des édifices appelés à prendre place dans notre publication, des notices sommaires où le lecteur eût trouvé tous les renseignements nécessaires à la connaissance générale des origines et des transformations successives de chaque édifice. Toutefois, il n’était guère possible, avec ces informations de seconde main, de satisfaire aux exigences de l’érudition moderne, ni surtout d’apporter dans les descriptions topographiques la précision rigoureuse qui était indispensable ici pour déterminer exactement la place qu’occupaient autrefois les inscriptions funéraires. D’où l’obligation de recourir aux documents originaux, en vue de contrôler et de compléter les indications des historiens ou des archéologues. Ces titres, fort heureusement, ont subsisté en majeure partie et sont aujourd’hui déposés aux Archives nationales. Les Fabriques paroissiales, les Ordres religieux et les Communautés ecclésiastiques conservaient d’ordinaire leurs papiers avec un soin méticuleux; c’est une justice à leur rendre. Leurs archives étaient méthodiquement classées et inventoriées, et parfois les répertoires étaient dressés avec un tel luxe de détails qu’ils pouvaient aisément suppléer à l’absence des pièces originales. Ces sages précautions étaient, d’ailleurs, rendues nécessaires par l’utilité même des documents, actes de fondations ou contrats de donations, qui constataient les droits de propriété des églises et des couvents et pouvaient seuls assurer la perception régulière de leurs rentes et de leurs revenus. Il est regrettable que ces titres ne nous soient pas intégralement parvenus, et surtout que leur classement primitif n’ait pas été respecté (1); néanmoins, ceux que nous possédons fournissent de précieux renseignements. C’est seulement par une étude attentive de ces textes que l’on peut reconstituer avec quelque certitude l’historique des édifices parisiens et se rendre compte des transformations ou des reconstructions dont ils ont été l’objet.

Dans les dossiers des Archives nationales, on trouve assez souvent joints aux papiers anciens les déclarations des biens et les procès-verbaux d’inventaires qui furent rédigés en 1790 et 1791. Comme l’on peut y relever

(l) Il est arrivé que certains fonds d’archives ont été scindés, on ne sait au juste pour quel motif, et, tandis qu’une portion entrait aux Archives nationales, l’autre tombait entre les mains des particuliers.

Ainsi les Archives nationales possèdent aujour¬

d'hui les litres des anciens collèges de Paris, qui avaient été déposés au collège Louis-le-Grand en 1768, et la Bibliothèque de la ville de Paris a récemment acquis les inventaires de ces mêmes documents, qui étaient auparavant la propriété de feu M. Jourdain , de l’Institut.

ex ÉPJTAPH 1ER DU VIEUX PARIS.

dos mentions 1res précises sur 1 état des bâtiments et sur les richesses artistiques ou archéologiques que renfermaient les églises et les couvents, nous les avons mis fréquemment à contribution.

Les travaux des historiens et les renseignements empruntés aux titres originaux nous conduisent jusqu’aux premières années de la Révolution. Depuis cette époque jusqu’à nos jours, les sources d’informations sont beaucoup plus rares, et il devient assez malaisé de suivre régulièrement la destinée des édifices. Les rares indications que l’on peut recueillir à ce sujet sont dispersées soit dans des répertoires qui ont toute la sécheresse d’un document administratif, soit dans des compilations qui ne méritent pas toujours grand crédit.

Voici le relevé bibliographique des principaux de ces ouvrages que nous avons cru pouvoir utiliser :

Jacquemart. — Remarques historiques et critiques sur les trente-trois paroisses de Paris, d’après la nouvelle circonscription décrétée par l’Assemblée nationale le h février 1791, par un citoyen de la section des Lombards. Paris, Blanchon, 1791, in-8°.

Jacquemart. — Remarques historiques sur les abbayes, collégiales, paroisses et chapelles, supprimées dans la ville et fauxbourgs de Paris, d’après le décret de l’Assemblée constituante, du U février 1791, par Jacquemart. Paris, Blanchon, 1792, in-8°.

La Tynna. — Dictionnaire topographique , historique et étymologique des rues de Paris, par J. de La Tynna. Paris, Smith, 1817, in-12.

Roquefort. — Dictionnaire historique et descriptif des monuments religieux, civils et militaires de la ville de Paris, par R. de Roquefort. Paris, Ferra, 182G, in-8°.

Béraud et Dufky. — Dictionnaire historique de Paris, contenant la description circonstanciée de ses places, rues, quais, promenades, monuments et édifices publics, etc., par A. Béraud et P. Dufey. A Paris, chez les marchands de nouveautés, 1 8 3 2 , 2 vol. in-8°.

U irai lt de Saint-Fargeau. — Les Quarante-huit quartiers de Paris, seul guide véridique et complet des étrangers et des Parisiens dans Paris; biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris, par Girault de Saint- Fargeau. Paris, 18ÔG, in-12.

Lazare. — Dictionnaire administratif et historique des rues et monuments de Paris, par Félix et Louis Lazare. 2e édit., Paris, 1 8 5 5 , in-8°.

Guilhermy. — Itinéraire archéologique de Paris, par F. de Guilhermy, illustré de quinze gravures sur acier et de vingt-deux vignettes gravées sur bois d’après les dessins de M. Charles Fichot. Paris, Bance, 1 8 5 5 , in-12.

Leff.uve. — Les Anciennes maisons de Paris, histoire de Paris, rue par rue, maison par maison, par Lefeuve. 5e édit., Paris, Reinwald, 1875, 5 vol. in-12.

INTRODUCTION. cxi

Les notices que nous avons rédigées ont dû recevoir plus ou moins d’extension, suivant l’importance du sujet; mais, quelle que soit leur concision, elles présentent toujours un exposé complet des faits historiques ou des détails archéologiques intéressants à connaître et un état général des bâtiments. Dans la partie descriptive, nous avons signalé les diverses transformations dont les édifices ont été l’objet depuis l’origine, mais en insistant de préférence sur leur ordonnance intérieure au xvnc et au xviiic siècle, c’està-dire à l’époque où. ont été formés les recueils d’inscriptions, et cela en vue d’établir une concordance rigoureuse entre la description des lieux et le relevé des épitaphes.

La description topographique des édifices, quelle que soit la précision avec laquelle elle est traitée, risquerait fort de rester insuffisante pour le lecteur si elle n’était accompagnée de figurations graphiques, qui l’éclairent et l’expliquent et permettent d’en suivre aisément les détails. De là l’obligation pour nous de compléter les notices historiques par un ensemble de plans géométraux et de vues perspectives, dont le choix ou l’établissement ont souvent présenté de sérieuses difficultés.

À partir du xvne siècle, les anciens plans de Paris offrent des indications généralement exactes en ce qui concerne la position des édifices et leurs limites extérieures; mais on n’y trouve, par contre, aucun élément utile pour reconstituer leur distribution intérieure. A ce point de vue spécial, le seul plan que l’on puisse consulter avec quelque profit est celui que Jaillot avait annexé à ses Recherches critiques. Il semble quelque peu étrange, au premier abord, que le plan dressé en 1791, par Edme Yerniquet, qui est considéré à bojn droit comme l’ouvrage le plus parfait que l’on ait jamais exécuté en ce genre et auquel le savant architecte consacra plus de trente années de travail, ne soit pas plus complet en ce sens que ceux qui l avaient précédé. Mais il convient de ne pas oublier que Verniquet, en dehors de son atlas trigonométrique général, avait dressé les plans détaillés de tous les monuments publics et particuliers, à l’échelle de trois lignes par toise, et qu’il jugea, par suite, inutile de reporter ces relevés fragmentaires sur le plan d’ensemble, dans des proportions infiniment plus réduites. Malheureusement, la précieuse collection de dessins qu'il avait formée et qui était

Page 1