COUVENT DES B A R N A B I T E S
autres à celles de 11e fonder aucun collège et de borner leur enseignement aux novices de l’Ordre b).
Par le concordat conclu avec l’archevêque, les Barnabites s’étaient engagés à rebâtir le prieuré et à restaurer l’église de Saint-Eloi (2-. Le couvent reconstruit par leurs soins devint la résidence du Provincial de l’Ordre, du Conseil de la Province et de quelques religieux qui prêchaient d’ordinaire à Sainte-Pélagie et à la Conciergerie; il servit en même temps de maison de noviciat^. 11 se composait d’un seul corps de bâtiment, élevé au fond d’une cour, à gauche de l’église, et derrière lequel un simple préau formait le cloître des religieux.
L’église occupait en grande partie l’un des côtés de la même cour, où l’on pénétrait par un passage ouvert à l’angle de la petite place située devant le Palais, à l’extrémité de la rue de la BariUerie. Elle ne comprenait qu’une nef rectangulaire W, dans laquelle étaient installées quatre chapelles dites de la Vierge,
ll) Il est dit dans cet arrêt que les Barnabites rr fourniront à l’Université dans trois mois, sy faict n’a esté, la ratification faicte parleur general des déclarations et promesses par eux faictes de ne tenir college ou escolles, et de n’enseigner par eulx ny par autres, ny faire leçons de quelque science que ce soit à autres qu’à ceulx de leur Ordre, soit en ceste ville de Paris ou ailleurs, et oultre la charge qu’ils n’auront dans le ressort de ladicte cour pas d’autres maisons que celles qu’ils ont en ceste ville et à Montargis, où ils pourront continuer d’enseigner comme il le font à présent; qu'ils n’auront en ceste ville aucun vicaire ou supérieur que françois. » (Cartulaire des Barnabites, fol. 4; — Gf. Félibien, t. V, p. 98.)
{2) Les religieux , faute de ressources sans doute, 11e paraissaient pas pressés de tenir leurs engagements ; l’évêque les leur rappela par la lettre suivante, le 29 juillet i632 : rrMes 1res chers freres, j’ay esté fort estonné lorsque j’ay appris que, depuis le traicté que j’ay faict avecque vous du délaissement de mon prieuré Sainct Eloy, vous n’y avez faict faire encorres aucunes réparations, ainsy qu’estes obligez par ledict traité. C’est ce qui m’a faict prendre la plume pour vous dire qu’ayez, incontinent la présente reçue, d’y faire donner ordre et à faire faire icelles réparations, puisqu’ en ne faisant icelles promptement, il arriveroit que les menues deviendront grosses; et aussy que je desire que l’eglize et logemens soient réduits en l’estât qu’on y puisse faire le service de Dieu selon la decence convenable. J’écris un mot à monsieur Le Moyne, mon bailly, sur ce sujet, affin d'y tenir la
main, et vous tesmoigner le désir qu’avons de voir nostre dicte eglize au poinct de perfection qu’elle doibt estre pour le service de Dieu.» Les religieux se mirent aussitôt en devoir d’obéir aux injonctions de l’évêque, et le i4 septembre suivant ils passèrent un marché pour la réparation du prieuré et de l'église avec Louis Noblet, juré-maçon. (Cartulaire des Barnabites, fol. 28 et 33 v°.)
(3) Les Barnabites, qui avaient jugé d’abord le prieuré insuffisant pour ces divers usages, sollicitèrent du Roi l’autorisation de former à Paris un nouvel établissement. Il est dit, dans les lettres patentes du mois d’octobre 16/10, qu’ils obtinrent à cet effet que, cme pouvant demeurer en ladicte maison, qui est de fort petite estendue et en un quartier de ladicte ville fort pressé, qu’un bien petit nombre, moins encore y recevoir ny eslever
des novices . , ils auroient pensé de bastir et
construire une maison de noviciat en quelque autre lieu moins resserré et de plus grande estendue, en nostre bonne ville de Paris, fauxbourgs ou environs d'icelle». (Cartulaire des Barnabites, fol. io5 v°. ) Mais ce projet ne fut jamais exécuté.
(S) D'après la tradition, l’ancien bâtiment, qui était très vaste, avait été scindé pour former deux églises avec le chœur et la nef, tandis que le transept devenait la rue de la Savaterie, dite plus tard de Saint-Eloi. crLe cœur de ladicte eglise, rapporte Bonfons, estoit où est maintenant la petite paroisse Sainct Martial , rebastie en nostre temps , sous le règne de Henri, IIP du nom, l’an 1 584 ; la séparation de cette eglise fut à cause de la rue de la Savaterie.» (Fol. 35.)
IMPRIMERIE Ni
• XAI.E.
du Saint-Esprit, de Saint-Louis et des Morts Pi. Derrière le maître-autel se trouvait une abside semi-circulaire qui formait autrefois une chapelle dédiée à Sainte- Aure. Le grand portail était dans la cour d’entrée; deux passages, pratiqués sur les côtés du maître-autel, donnaient accès dans la rue Saint-Eloi et dans le cloître des Barnabites. Cette église fut réparée par les soins des religieux® et ornée, en 170Ô, d’une façade élevée sur les dessins de Sylvain Cartault; mais sa restauration resta toujours incomplète, la voûte 11’ayant pas été terminée. Elle formait une dépendance de la paroisse de Saint-Pierre-des-Àrcis et, après 1785, elle servit quelque temps d’église paroissiale, pendant la reconstruction de Saint- Barthélemy.
Le 01 mars 1791 les Barnabites durent quitter leur couvent qui, sous la Révolution, fut transformé, ainsi que l’église, en atelier pour la fonte des objets de cuivre provenant des églises et des établissements religieux supprimés, et pour la fabrication des monnaies de billon , sous la direction du physicien Rochon, membre de l’Académie des sciences. Les bâtiments conventuels furent vendus en 1 797-1798, et détruits. L’église subsista et fut utilisée comme Dépôt des Archives de la Cour îles Comptes et du Mobilier national. Le percement du boulevard du Palais l’avait dégagée depuis peu des vieilles constructions qui l’entouraient, lorsqu’elle fut démolie en 1862. Sa façade, qui avait été conservée, a été réédifiée devant l’église paroissiale de Notre-Dame-des-Blancs-Manteaux. Sur remplacement du prieuré et de l’église Saint-Eloi s’élèvent aujourd’hui les maisons particulières qui forment l’angle de la rue de Lutèce et du boulevard du Palais, l’hôtel du préfet de police et une partie de la résidence de l’état-major des sapeurs-pompiers et de la caserne de la Cité.
tf Quelques écrivains, observe à ce sujet l'abbé Lebeuf, assurent que dès le commencement du x° siècle l'eglise de l’abbaye de S. Eloy avoit souffert un démembrement, qu’une partie qui en fut détachée porta le nom de S. Martial, nom primitif du monastère, et qu’entre cette eglise et celle de S. Eloy ou les dames faisoient l’office, il se forma un passage public.» Celte tradition ne lui paraît pas inacceptable, puisqu’il ajoute: « On peut croire que ce fut peu de temps après l’introduction des moines de S. Maur à S. Eloy que la portion de l’eglise qualifiée du nom de S. Martial devint paroisse.» (T. II, p. 497.)
(1) Nous avons relevé ces indications dans le Procès-verbal d’apposition des scellés, dressé en 1791. (Arch. nat. S. 3647-) Lebeuf a constaté l’existence de ces chapelles, mais le seul vocable
qu’il indique n’avait pas été conservé, «■ 11 y avoit eu dans l’ancienne eglise, écrit-il, une chapelle fondée en 1 3 3 y , par Guillaume de Vanves et Sanceline sa femme, en l’honneur de S. Jacques
et de S. Maur . Par la suite, le prieur Martin
Fumée y fit construire trois autels dont Etienne, evêque de Seez, fit la bénédiction le 2 4 juin
1489 . Eni4og, Hugues Molin , doyen de la
collégiale de Linas, avoit fait une fondation a l’autel de Stc Aure, placé derrière le grand autel, auquel il avoit demandé d’être inhumé.» (T. II, p. 499.)
(2) Félibien constate que «d'église de S. Eloy estoit si basse, quand elle fut donnée aux Barnabites, qu’il falloit descendre dix-huit marches pour y entrer» et que ceux-ci rren ont considérablement relevé le plan». (T. II, p. i35o.) On voit, par ce détail, que le sol de la Cité s’était notablement exhaussé.
Plan du couvent des Barnabiles (1).
ÉPITAPHES DE L’ÉGLISE
PIERRE RERSU1RE.
Dans le chœur, tombe plate de pierre, du côté de l’Epître t1 2) ;
462. — ■ Hic jacet || vir venerabilis, magne profundeque scientie ac mirabilis ET SUBTILIS ELOQUENTIE, |i FRATER PETRUS BeRCORIUS (3), || PRIOR HUJUS PRIO- RATUS, QUI FUIT ORIUNDUS DE VILLA || SANCTI PETRI DE ITINERE, ' IN EPISCOPATU || MAILLIZIACENSI IN PlCTAVIA; || QUI TEMPORE SUO FECIT || QUINQUE OPERA SOLEMNIA , ||
scilicet || Dictionarium, || Reductorium, || Breviatorium, Descriptionem MUNDI,
ET TRANSLATIONEM CUJUSDAM LIBRI || VETUSTISSIMI DE LATINO IN GALLICUM , || AD PRECEPTUM EXCELLENTISSIMI PRINCIPIS || JOHANNIS, REGIS FrANCORUM; || QUI OBIIT ANNO 1362.
Bonfons, fol. 36; — Piganiol, t. I, p. A5i.
(1) D’après le plan de l’abbé de la Grive.
(2) ff Dans la chapelle ancienne de Notre Dame des Grâces, qui sert à présent de sacristie, estoit la sépulture de Pierre Bercorius, prieur de Sainct- Eloy, et auteur assez cogneu par les œuvres dont il a enricby la postérité, que les Peres ont transporté au costé de l’Epistre du grand autel , avec la tombe de pierre. n (Malingre, p. 187.) D’après du Breul (p. 78), c’était une tombe plate de cuivre.
ho .
On peut supposer, pour concilier ces deux assertions contradictoires, que l’effigie de Bersuire, gravée sur une lame de cuivre, était incrustée dans la dalle de pierre.
(3) Ce nom latin a été diversement traduit, tantôt par Bercbore, tantôt par Bercheure ou Berseure. Nous avons conservé la forme adoptée par M. Léopold Pannier, dans son étude sur ce personnage. ( Bibl. de l’Ecole des Chartes, t. XXXIII, p. 3 2 5.)