‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 5)Chapitre 287 sur 356 · IV · texte numérisé non relu

IV

IMPIIIVEIUE RATtOtti

dans la ville, à l’orient de la me Saint-Martin; au second lot étaient affectés les collèges de Plessis-Sorbonne, de la Marche, de Beauvais, de Montaigu et de Lisieux, avec ceux du côté droit de la rue Saint-.lacques et ceux qui étaient installés sur le côté occidental de la rue Saint-Martin. Les droits d’examen devaient former une bourse commune pour être répartis également entre les deux chanceliers et leurs examinateurs. Les effets de cette réglementation subsistèrent jusqu’à la suppression de l’Université W.

La royauté ne paraît s’être occupée en aucune façon de l’office des deux chanceliers tel qu’il avait subsisté dans la nouvelle organisation de l’enseignement. Si elle ne fit rien pour amoindrir leurs fonctions quelle jugeait, sans doute, tout à fait secondaires, par contre elle s’abstint prudemment de leur conférer aucune attribution nouvelle. C’est ainsi qu’il ne fut nullement question d’eux ni dans les lettres patentes du 8 mai 1766, qui instituaient dans la Faculté des arts soixante places de docteurs agrégés devant être données au concours, ni dans le règlement de ce concours, arrêté le 10 août suivant en Conseil du roi. Les grades universitaires dont ils étaient pourvus et leur notoriété comme savants furent toujours impuissants à assurer aux clianceliers genovéfains le prestige et finfluence dont leurs prédécesseurs, chanoines parfois fort peu lettrés, étaient redevables aux pouvoirs qu’ils exerçaient par délégation de l’autorité apostolique.

Au xviii® siècle, d’ailleurs, l’Université n’était plus en état de bénéficier utilement des usurpations commises au préjudice du chancelier; placée sous f étroite dépendance du pouvoir royal et du Parlement, elle n’était plus rien et ne jiouvait rien par elle-même, et, si f extension de ses prérogatives pouvait encore satisfaire sa vanité, elle était impuissante à raviver son prestige et à lui restituer sa prépondérance disparue. Somme toute, en méconnaissant ses propres origines par les emjiiétements sur le rôle et l’autorité de ses dignitaires, elle n’aboutit simplement qu’à donner un fâcheux exemple qui devait bientôt tourner à son détriment; par le manque d’égards et de considération dont elle avait fait jireuve envers ses plus illustres représentants, elle justifia chez les novateurs du temps l’oubli de ses titres glorieux et de ses longs services et prépara sa propre ruine. Ce fut en vain que, pour lutter à armes égales contre la concurrence des

C’est à peu près ce que constate Crevier, qui ne paraît pas avoir connu le texte exact de l’accord [)rècité dont une expédition est conservée à la Bi- Lliotlièque Sainte-Geneviève. (Ms. Saài.p. 160.) rrUe chancelier de Notre Dame, écrit- il, seul ilonne la licence ou permission d’enseigner à ceux qui doivent professer la théologie et la médecine. Il jouissait anciennement de la même autorité dans la Faculté de droit qui s’en est alfranchie depuis quatre-vingts ans, mais non de la l’edevance pécu¬

niaire qu’il reçoit de la part de chaque licencié. Il donne encore la licence à la moitié de ceux qui chaque année se présentent pour acquérir le grade de maître ès arts. Le chancelier de Sainte-Geneviève n’a dans son partage que l’autre moitié de la Faculté des arts. Mais le partage de ces deux moitiés n’est pas fixe pour chacun des deux chanceliers. Elles roulent alternativement entre l’un et l’autre. T) (Crevier, Histoire de l’Universtté , t. Ml, p. i36.)

ABBAYE BÜYALE DE SAINTE-GENEVlÈVE-DU-MüNT. /i03

Jésuites dont les classes étaient ouvertes à tous les écoliers, sans que l’on exigeât d’eux aucune rétribution pour les frais d’études, elle obtint du régent, par lettres patentes du avril 1712, un notable acci’oissement de ses revenus qui lui permit d’instituer, dans les collèges de plein exercice, l’instruction gratuite de la jeunesse. Si cette réforme capitale ne passa pas tout à fait inaperçue, elle n’exerça du moins aucune influence sur ses prochaines destinées. Par contre, son immixtion déplacée dans les querelles du Jansénisme, ses discussions intestines et son attachement outré pour des traditions et des prérogatives surannées contribuèrent à lui aliéner l’opinion. Aussi, lorsque l’expulsion des Jésuites l’eut délivrée des redoutables ennemis qui, à diverses reprises, avaient gravement menacé son existence, elle eut la présomption de croire qu’un avenir nouveau allait s’ouvrir pour elle et que de judicieuses réformes suffiraient à la régénérer ; elle était précisément à la veille de sa ruine. Dès le début de la Révolution , le discrédit qui s’attachait à toutes les institutions du moyen âge lui fit perdre tour à tour ses usages, ses privilèges et ses lois. Le mépris des anciennes fondations religieuses lui porta un coup plus fatal encore; par le décret de mars 1798, qui ordonnait la vente de tous les biens constituant la dotation des collèges, la Convention lui enleva, avec ses anciens revenus, ses principaux moyens d’existence. L’Université n’était plus qu’une épave inutile lorsque la loi du i5 septembre 1798 provoqua sa suppression absolue et définitive, en organisant pour la France entière un nouveau régime d’instruction publique.

Tandis que, durant plusieurs siècles, l’influence du chancelier de Sainte- Geneviève n’avait cessé de décroître, par suite des atteintes portées à ses prérogatives, l’abbaye acquérait une situation prépondérante dans le clergé, par le fait des attributions judiciaires dont la papauté l’avait investie. Dès le xm® siècle, l’abbé avait reçu mission de veiller à la sauvegarde de certains ordres religieux, et lorsque survint le grand schisme d’occident, il fut désigné par le concile national, tenu en iûo4, comme l’un des quatre juges conservateurs des privilèges apostoliques; il devait être par la suite maintenu seul dans cette fonction, aussi bien par les décisions du Saint-Siège que par les arrêts des cours souveraines. L’importance de son rôle ne cessa de s’accroître jusqu’au xvii® siècle, en raison de la multiplication du nombre des privilégiés dont les causes devaient être portées à son tribunal.

En sa qualité de juge apostolique, l’abbé de Sainte-Geneviève étendait sa juridiction sur la France entière et était appelé à régler des questions d’une diversité extrême, tant ecclésiastiques que civiles, et qui se référaient principalement aux dettes du clergé, aux portions canoniques, aux bénéfices et aux pensions constituées par la papauté sur les revenus des évêchés, des abbayes, des prieurés et des cures. Il devait veiller à ce que les religieux et les clercs ne fussent pas exposés

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