OBSERVATIONS
OBSERVATION L (de M. THIAUDIÈRE).
Je fus consulté, le 17 février 1831, par le nommé R. C..., postillon à à Vivonne, pour un rétrécissement de l'urèthre, qu'il portait depuis longtemps, mais qui était arrivé au point de produire une rétention d'urine. Ce jeune homme m'affirma qu'il n'avait jamais contracté de malades vénériennes : mais que, sans cause connue, depuis longtemps Purine, au lieu de couler à plein canal ét
d'un jet égal et uniforme, ne sortait que par un petit filet qui se ir après ÿ
sa sortie, toujours précédée par des efforts douloureux.
J'introduisis une petite sonde qui rencontra l'obstacle dans la parie Spon=. gieuse du canal, à un pouce et demi de profondeur ; x ’explorai ensuite avec un. petit stylet d'argent boutonné et fort délié; je ne pus lui faire franchir le rétrécissement ; mais en variant le toucher de plusieurs manières, je crus disting guer une tumeur arrondie, dure, adhérente aux parois de l'urèthre et offrant beaucoup à de résistance, mais pas assez pour être confondué avec un calcul; elle paraissait. avoir acquis le volume d’un pois à cautère, et derrière elle il n’y avait point de dilatation. 2e
Ne pouvant rattacher ce fait aux différentes espèces de rétrécisséments connus,
e diagnostiquai une tumeur carcinomateuse développée dans les parois de LE et- devenue assez volumineuse por obstruer complètement lé canal : excréteur de l'urine.
Avec cette Cunviction, je ne pouvais pas mettre en pratique: les étènts pro-
cédés usités pour les rétrécissements de l’urèthre ; en effet, la dilatation était impossible, et où aurais-je pu trouver une bougie assez fine pour pouvoir passer ? D'uw autre côté, comment essayer, avec quelque chance de succès, la cautérisation, d’ aie si utile contre les brides ou même les rétrécissements valvulaires et circulaires ?
Il ne me restait done plus que l’excision ou la résection ; c'était le seul moyen qui pût être tenté ; mais de quel avantage m'eût été Phbthrbione ordinaire pour un pareil rétrécissement ? Forcé d'agir, je proposai au malade une opéra tion singulière ét douloureuse, mais du devait infailliblement réussir ; ae fut acceptée, et voici de quelle manière J'y procédai : À
Je fistenir le malade par des aides ; j'introduisis une sonde cannelée jusqu'au rétrécissement ; avec un bistouri droit, j'incisai la face supérieure du gland dé manière à la diviser en deux moïitiés égales, que je maintins écartées l’une de l'autre avec des pinces à disséquer confiées à des aides. Une assez grande hémorrhagie suivit ce premier temps de l'opération ; maisune éponge mouillée
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d'eau froide. tigonit le sang, et me permettait de voir à conduire mes instruments. Je mis complètement à découvert la tumeur qui formait le rétrécissement, ét je la disséquai avec beaucoup de soin, de manière à la détacher entière des parois de l’urèthre, auxquelles elle était adhérente ; elle avait bien le volume d’un pois à cautère, et présentait à l'intérieur l'aspect lardacé des carcinomes.
L'opération faite, je pus faire pénétrer dans la vessie une grosse sonde d'argent qui vida en un instant ce réservoir de l'urine. Alors je substituai à cètte sonde d'argent un gros, bout de sonde en gomme élastique que je poussai jusqu’au delà de la plaie; et, ramenant en place les deux moitiés du gland, je favorisai leur réunion de l'application de bandelettés agglutinatives, circulairement placées.
Quelques jours après, la cicatrisation était parfaite, le malade urinait à plein canal, et il crut devoir me quitter. :
Je lui avais donné le conseil de mettre en. usage les sondes en gomine élastique encore plusieurs jours; mais soit qu'il eût oublié, soit qu'il ne l'eût pas pratiqué assez longtemps, le mal revint avec la même nature etle même siège : -et le 26 avril de la même année, R. C... me fit prier d'aller à Vivonne pour
- aviser aux moyens de le guérir sans retour.
La rétention d'urine était complète. Je me rendis à son invitation : et, le même
- jour, je l’opéraien me comportant comme la première fois, à l’ NEED tion qu'après
avoir fait la résection de la tumeur, je cautérisai la place que celle-ci oceupait précédemment, avec le nitrate d'argent fondu. j
Cette cautérisation, je la fis renouveler tous les deux jours, et à Fe fois je faisais placer une sonde en gomme élastique qui servait à la fois de moyen dilatant et de moyen de compression sur les parois de lurèthre.
II faut que cette dernière opération l'ait radicalement guéri, car depuis LE temps-là, il urine parfaitement bien, son canal est libre, et tout fait croire que la maladie ne reparaîtra pas (1834).
I1 me semble avoir observé là un véritable cancer de l'urêthre », maladie qui n'a pas encore été observée par les auteurs ; et, pour porter ce diagnostic, je me
- fonde sur la forme de la tumeur, ses adhérences, son aspect grisâtre, sa con-
sistance dure et criant sous le scalpel, sa repullulation après la simple résection, et enfin sa guérison après que la cautérisation eut suivi l’excision; mais soit qu'on l’envisage comme un cancer de Furèthre, soit qu'on le considère comme une tumeur fibreuse de nature à former, en grossissant, une nouvelle espèce de rétrécissement de l’urèthre, ce cas me paraît devoir -mériter l'attention des praticiens, et j'ai rempli un devoir en le soumettant à leur expérience.
OBSERVATION II (de M. THIERSCH).
J. S..., paysan, 60 ans, souffre depuis plusieurs années déjà de douleur à la miction et ne peut se souvenir ni de l’origine ni de la manière dont sont apparues ces douleurs. L'année précédente, l'urine ne s'écoulait plus que goutte à
goutte avec de grands efforts. Un peu plus tard, il y a eu de l'incontinence. Un È examen fait à ce moment (février 1854) avec la sonde, provoqua une violente
douleur dans la région de la prostate. Peu après, apparut une tuméfaction sur
le périnée, qui s'ouvrit, et depuis il exista un écoulement persistant de pus et
d'urine par quelques ouvertures fistuleuses au voisinage de la tubérosité de l'is-
chion. Parfois, il s’en écoule aussi du sang. A l'admission du malade, l'écoule- 1 ment persiste. En introduisant une sonde dans l’urèthre, je fus arrêté à la hauteur de la fosse naviculaire par un rétrécissement annulaire assez étroit. Arrivé |
dans la portion membraneuse, la pointe de la sonde tomba sur une excavation considérable, mais heurta alors, au lieu de pénétrer dans la vessie, sur un corps rugueux et fixe que je pris pour un calcul siégeant dans le col vésical et dans la portion prostatique de l'urèthre. Le rétrécissement fut dilaté en peu de jours par
la méthode de Lizars, et plus tard j'ai fendu la portion membraneuse de l’urè-
thre par le périnée pour extraire le calcul. De cette façon, j'arrivai sur un tissu
particulièrement friable, qui s'émielta en grumeaux, et ce que j'avais pris pour
un calcul apparut tout simplement comme le bord inférieur de la symphyse pubienne, incrustée de sels urinaires.
L'examen microscopique des parties suspectes montra qu’on ue affaire à un
épithélioma avec de nombreux nids remplis de cellules cornées en dégénéres-
cence graisseuse. Je m’abstins de toute autre intervention. Le malade mourut trois semaines plus tard, de pyohémie (3 juillet 1858). A l'autopsie, on trouve une destruction ulcéreuse de l’urèthre, commençant au quart antérieur de la prostate et s'étendant jusqu'au bulbe. Au lieu de l’urèthre, on trouve sur cette étendue une excavation grosse comme un œuf de poule, irrégulièrement anfractueuse, à parois recouvertes de lambeaux de tissu nécrotique, Ce qui reste de la néoplasie, en plus grande partie nécrosée, consiste d'une part en quelques rares excroissances papilliformes faisant saillie par-ci par-là dans l'excavation, et,
d'autre part, en quelques incrustations jaunâtres, friables, visibles surune coupe verticale. L'examen microscopique montre que cette masse jaunâtre, friable, était de nature épithéliale. On y trouve en grande quantité des masses concentriques
d'épithélium corné entourées par un stroma de cellules épithéliales j jeunes. La masse s'étend à quelques lignes au-dessous de la muqueuse de la portion
de l’urèthre attenant à l’ulcération et a soulevé légèrement la muqueuse de bas
en haut. Dans le tissu caverneux de la portion bulbaire de l'urèthre, on trouve également des masses épithéliales,
OBSERVATION III (de M. HUTCHINSON).
Un jeune homme d'aspect bien portant se présente au Metropolitan Free Hospital, pour une maladie vénérienne. La verge était très enflée ; le prépuce était
œdématié par un phimosis et par une induration charnue de couleur foncée qui siégeait dans la partie inférieure de cet organe, juste derrière le gland. Cette