‹ Épithélioma primitif de l'urèthreChapitre 35 sur 41 · RE · texte numérisé non relu

RE

temps un peu de dysurie. La défécation n’a pas d'influence sur la doulebe qui au contraire augmente pendant la marche et la position assise. Depuis un an,. le malade a comme la sensation de quelque, chose qu se développerait dans la région périnéale.

État actuel. Lie 30 mai 1883. — Malade vigoureusement constitué. Organes abdominaux et génitaux externes normaux. Dans la région du bulbe, sur le périnée, on sent une résistance. Rien d’anormal vers l'anus. Par le toucher rectal : Portion supérieure de la prostate normale ; au-dessous, on sent une tumeur irrégulière, bosselée, de consistance ferme, entourant la portion membraneuse, facilement et nettement limitée à gauche vers le bassin mais par contre à droite solidement adhérente à la branche descendante dù pubis.

En bas, elle s'étend jusqu’à la marge de l'anus. La muqueuse rectale est facilement mobile sur la tumeur. A droite un prolongement de la tumeur s'étend le long du rectum, en arrière et en haut. La sonde n° 14 (anglaise) | pénètre sans obstacle dans la vessie et retire une urine ue I’ Us soc enserré par la tumeur. ( je

Excision de la tumeur, le 6 juin 1883. — Mise à nu par une incision cutanée en forme de T (incision longitudinale sur le raphé, incision transversale en avant de l'anus), la tumeur est séparée de la branche droité du pubis au thermocautère. Le bulbe peut être épargné, cependant il fallut retirer un morceau de la paroi uréthrale dans la portion membraneuse, le rectum fut également ouvert sur une grande étendue au-dessus de l'anus. L’extirpation d’un prolongement s'étendant à la partie postérieure de l’urèthre dans le ligament triangulaire jusqu'à la symphyse, fut particulièrement pénible. Suture du rectum. Sonde à demeure. Tamponnement à l’iodoforme de la plaie périnéale. La suturé du rectum n'ayant pas tenu, la guérison fut retardée par des troubles de l’état général occasionnés par des vomissements. Le 23 août 1883, le patient partit. La plaie périnéale était déjà bourgéonnante, très petite, et il restait une petite fistule uréthro-rectale. La complète cicatrisation fut constatée le 21 mai 1884.

Le 16 novembre 1884, le malade revint, car, depuis quelqués semaines, il sentait des douleurs aiguës en allant à la selle. A l'inspection, on constate une petite récidive sous forme d’un petit nodule, gros comme un-pois, dur, douloureux à la pression, adhérent à la muqueuse rectale excavée en formed’ entonnoir vers la cicatrice périnéale. Le 19 novembre 1884, on enleva par une incision en forme d'arc menée en avant de l'anus, ce petit nodule de la ia re ectale à laquelle il adhérait. ;

La guérison eut lieu très rapidement, si bien que le. malade Dub Da le 22 décembre 1884. D’autres nouvelles, en septembre 1885, AREA “e le malade est guéri et ne souffre plus du tout.

M. le professeur LANGHANS, de Berne, a fait l'examen microscopique minutieux de cette rare et intéressante tumeur, accompagné de figures que voici:

La tumeur est grosse comme une noix; son diamètre est de 3 à 3 centimètres et demi; surface irrégulièrement bosselée, de consistance dure. Sur une. coupe, on voit des granulations grisàtres, en certains points. fortement tr ansparentes et qui ne sont séparées les unes des autres que par des cloisons étroites,

He PA

d'apparence tendineuses, ainsi que le montre un premier examen microscopique. Des granulations correspondent à des espaces de forme variable, ronds, ovales, parfois aussi angulaires où même en forme de reins ou de démi-lune. Les uns, les plus grands, attcignent comme diamètre à peu près 3 millim.; ils sont isolés et de forme ronde, le plus souvent, tandis que les plus petits, polymorphes, sont serrés en groupes épais. Le contenu de ces espaces est formé principalement par des éléments épithéliaux, par de petites cellules polyédriques de grandeur assez régulière qui, sans limitation nette du protoplasma, sans aucune substance intercellulaire, mais avec une disposition variable, remplissent ces espaces. Ces cellules sont contenues dans un réseau de fibres conjonctives, formant des éléments cylindriques, où bien des amas arrondis dans l’intérieur des cloisons fibreuses, de même qu'elles se prolongent vers la surface de la tumeur assez loin, entre les fibres musculaires striées. Il faut mentionner ce fait parce qu'il ne laisse aucun doute sur la malignité de la tumeur et lé diagnostic de carcinome. En effet, ces espaces pouvant être regardés comme l'analogue des acini et des vésicules glandulaires, la néoformation épithéliale dans ces réseaux a pourtant dépassé de béaucoup les limites normales de l'épithélium glandulaire.

D'ailleurs, on ne peut donner la preuve de l’origine épithéliale de ces cellules. Il n'y a que sur des poinfs très limités que se trouvait encore un groupe de vésicules glandulaires normales avee un épithélium clair, presque transparent comme l’eau, dont les cellules représentent un cône tronqué avec noyau-enfoncé à sa base, Mais on ne réussit pas à trouver des formes de transition continues entre les deux espèces de cellules.

Arrivons maintenant à la description de ces espaces qui constituent l'élément fondamental de la tumeur. I faut distinguer deux formes, : une première catégorie, dans laquelle les espaces sont absolument distincts du stroma; on ne voit aucun prolongement du stroma pénétrer dans leur intérieur, ce qui est d'autant plus facile à établir que les groupes cellulaires sont souvent un peu séparés du stroma par-une étroite fente. Dans une autre catégorie, de nombreux prolongements du stroma ou plutôt des vaisseaux à à paroi hyaline, épaisse, traversent la masse cellulaire des espaces. Ces espaces sont parmi les plus grands ét.se trouvent dans la partie centrale de la tumeur, c’est-à-dire 1à où on doits ‘attendre à trouver les points les plus anciens en date (fig. 8).

La disposition des cellules et des vaisseaux dans ces espaces est un peu différente à première vue, Tantôt on voit les masses cellulaires épithéliales disposées en forme de réseau, et les mailles relativement plus petites remplies par la section cireulaire dés vaisseaux, tantôt inversement les vaisseaux sont réunis entre eux sous forme de réseau et les cellules sont distribuées en petits amas de forme ronde, ovale ou longitudinale. Çà et là, surtout au milieu d'un de ces espaces, les vaisseaux, avec le stroma hyalin qui les accompagne, sont en plus grande abondance. La masse cellulaire est ‘réduite à quelques restes isolés difficiles à trouver. Comme on peut le voir, ces formations permettent également de regarder la tumeur comme de nature cancéreuse. La seule différence avec les formes habituelles c’est que le stroma sans structure propre apparaît comme la paroi externe des capillaires (fig. 9).

LITE ee CA.

Fig, 8. — KocHxR. Uarcinome de la glande de Cowper. AC MES D Structure carcinomateuse. Faisceaux réticulaires séparés par des travées du stroma 3 qui sont composées par des capillaires à couche sous-endothéliale épaisse, presque ne hyaline (Grossissement, 200 : L) PAIE ER Fe $ LOEE SSRR mes Fe D'après KAUFMANN. Deutsche Chirurgie, 50 À, AL AS SES ne Fa LE k $ FIG. 9. — KOCHER. Carcinome de la glande de Cowper. Ds Es | Des alvéoles contenant des cellules et des vacuoles. A droite énétration du stroma. 3 »P , (Grossissement, 200 : 1.) x D'après KAUFMANN. Loc. cit., p. 168.

Les espaces complètement fermés sont les plus caractéristiques dans cette tumeur.

Ils forment une partie des plus grands espaces, mais ce sont surtout les petits espaces qui appartiennent à cette catégorie. Ils ont tout à fait l'aspect connu du « cylindrome » de ces tumeurs avec dégénérescence hyaline et par là même de Structure réticulaire » (Friedländer). En effet, les masses cellulaires qui remplissent ces espaces sont disposées en forme de réseaux ou de treillis, et renferment un nombre plus où moins grand de lumières ou de vacuoles circulaires contenant une substance amorphe assez réfringente. Rarement ces vacuoles prédominent et les cellules sont réduites à quelques cloisons tout à fait étroites, ne comprenant qu'une seule couche de cellules plates. Le plus souvent dans les cloisons cellulaires de séparation, on a de quatre à six noyaux en épaisseur à côté les uns des’ autres. La grandeur des vacuoles varie un peu, les plus grosses atteignent un millimètre et même plus: De même que d’épaisses couches de cellules séparent ces vacuoles les unes des autres, ces cellules s’interposent entre elles et le stroma, elles ne communiquent pas avec l'extérieur. Leur contenu n’est nullement en relation avec le stroma. C’est dans les plus grands espaces que la disposition des groupes cellulaires en forme de treillis est le plus manifeste et le plus régulier. Les espaces plus petits ne contiennent dans leurs groupes cellulaires, d’ailleurs plus compacts, qu’une ou deux vacuoles au plus, d’ ailleurs situées un peu excentriquement et même dans les traînées cellulaires qui se glissent entre les muscles voisins. On voit çà et là, en un point qui fait saillie, une de ces vacuoles.

Ces espaces, contrairement à ceux qui sont traversés par les vaisseaux, doivent être regardés comme de formation plus récente. Ceci ressort de ce qu'ils sont en partie plus petits et surtout situés à la périphérie de la tumeur.

La grande ressemblance de ces formations avec celles qui ont été décrites (Langhans) dans le développement du cancer testiculaire, ressort d'elle-même. On a pu montrer dans ce cas, comment, par suite de la prolifération des cellules germinatives, les canaux sémihifères se dilatent, comment les cellules sont alors disposées en traînées cellulaires réticulaires, par la formation de mailles circulaires, comment alors, après cela, le stroma pénètre de dehors en dedans

dans l’intérieur de ces mailles.

Il se trouve ici encore une période de développement avec dispositions des masses cellulaires, en forme de treillis, dans lesquelles les mailles communiquent entre elles, mais non avec l'extérieur.

Dans ce « cylindrome » n'est-ce pas le même processus? Ne peut-on pas regarder la disposition réticulaire des masses cellulaires, comme le premier degré de l'invagination des vaisseaux ? Cette manière de voir est légitime ; pourtant on ne peut en donner une preuve rigoureuse comme dans le cancer testiculaire.

En effet, ces vacuoles pentes de cette façon sont sensiblement grosses et plus larges que les espaces contenant les vaisseaux.

En outre, les vacuoles se ie te dans des traînées cellulaires isolées, tout à

en ten

fait périphériques, situées sur des points plus élargis, pouvant être par conséquent regardées comme un PRRPAESEE secondaire de la prolifération oi

liale.

Reste à parler encore de ces formations artlotlières doutéuses dans les ta remplis parles cellules (fig.10).C e sont, la plupart du temps,les LPS ronds;à limites

nettes, dont la grosseur varie depuis celle d'un noyau jusqu’à celle d’une grosse

vacuole. Déjà à un faible grossissement, ils se distinguent des vacuoles par leur

contenu grenu, de coloration légèrement jaunâtre et par la présence d’une membrane fortement sensible aux réactifs colorants. Ils sont pour la plupart ronds, les plus gros. seuls tendent à devenir ovales et même à prendre une forme réticulaire et ramifiée. Les plus'petits ressemblent extraordinairement à un noyau et ne sont qu'un tout petit peu plus grand que les noyaux de l’épithélium avoisinant. Leur membrane est épaisse, les limites en dedans sont un peu

FiG. 10. — KocHER. Carcinome de la glande de Cowper. .

Corps capsulaires à contenu grenu, entouré par un cercle de cellules épithéliales. (Grossissement, 350 : 1)

D'après KAUFMANN, Loc. cit, p. 169.

diffuses. En dehors, elle présente une surface régulièrement arrondie, sphé-

rique, mais sa face interne est inégale par des épaississements serrés les uns

aux autres, formant comme des plaques verruqueuses. Le contenu est formé par une masse blanchâtre, peu nettement granulée, légèrement jaunâtre, qui, au moyen, des réactifs colorants des noyaux, comme le carmin boraté et l’hématoxyline, ne se colore que faiblement. Ce qui rend particulièrement difficile la connaissance du contenu, c’est que sa surface se confond tout à fait avec les noyaux de l'épithélium limitant. Les plus gros offrent la même constitution.

Leur contenu ne permet de reconnaître aucune forme fixe des noyaux, même

lorsqu'ils sont altérés et que les noyaux sont isolés. La membrane est un peu plus mince dans les plus gros que dans les petits. Ils se trouvent surtout dans les parties où les masses cellulaires sont traversées

par les vaisseaux à paroi épaisse, hyaline, généralement séparés du stroma par

une couche très épaisse de noyaux. Quelques-uns semblent se trouver directe-

ment dans le stroma. Ils appartiennent par conséquent, si le diagnostic déjà mentionné est juste, à une période plus tardive du développement de la tumeur.

Leur signification reste obscure. En considérant les plus petits, il vient involontairement la pensée qu'on se trouve en présence d’une transformation des

- noyaux. Les plus gros pourraient aussi être regardés comme des vacuoles

transformées, d'autant plus qu'il n’est pas rare de trouver, sur les vacuoles, une

‘membrane périphériqué en rapport avec l’épithélium. Mais toute forme de tran-

sition manque sous le rapport du contenu et en particulier sous le rapport de la coloration de la membrane aussi bien que de celle du contenu.

Une troisième possibilité, ce serait encore qu'il puisse s’agir d’une formation étrangère, analogue dans une certaine mesure aux tubes à psorospermies ou au corps de Rainey. Pour discuter cette hypothèse, il manque un fond suffisant d'observations.

La tumeur qui nous intéresse appartient, comme on peut voir, au groupe des cylindromes, et doit être comparée à celles des tumeurs décrites sous ce nom, qui sont de nature épilhéliale. Comme beaucoup d’autres auteurs, nous pouvons regarder cette tumeur comme de pare cancéreuse, et on pen k rapprocher du cancer colloïde. .

Dans ces cas aussi, la masse colloïde ou hyaline est déposée dans les alvéoles par le stroma conjonctif.

Dans ce cylindrome, une substance pénètre avec les vaisseaux dans les amas cellulaires, dont les éléments isolés sont disposés en forme de réseaux.

Pour ce qui concerne les corps capsulaires à contenu granuleux décrits en. dernier lieu, ils correspondent en partie aux corps oviformes de Robin et des Français (qu'un d’entre eux a pris pour des œufs d’helminthes). Dans cette description, ils ont été différenciés avec plus de soin des vacuoles claires. Car leur rapport ne semble pas établi avec celui-ci. Pour le reste, la tumeur coïncide.

. tout à fait avec celle de Hermann (cas XLV).

OBsERvATION XLVII (de MM. GUSSENBAUER t PIETRZIKOWSKI).

Le 13 août 1884, un garçon de boucherie de 19 ans, Auguste B.., de

ï Karbitz, fut admis à la clinique du professeur Gussenbauer. Encore quatorze semaines avant son entrée à l'hôpital, il avait toujours été bien portant. A ce moment, il remarqua dans la région du périnée, près de l’orifice externe de

l'anus, l'apparition d’une tumeur grosse comme un œuf de poule, dure, peu mobile, non douloureuse, qui au début lui occasionnait peu de gêne, mais qui, . déjà depuis quatre semaines, en raison de son rapide accroissement, devénait un obstacle pour la marche. ln l'espace de quatre semaines, la tumeur avait envahi le périnée en avant et latéralement dans une égale proportion et atteignait la grosseur du poing.

Dans la suite, le malade n ‘observa plus un développement aussi rapide que dans les premières semaines, mais par contre des tuméfactions se formèrent

Page 1