OBSERVATION XXIV
Cancer volumineux de la cloison recto-vaginale. Accouchement naturel à terme. — BAïLLY.
Le 6 août 1872, M®° M.,sage-femme, m’appela rue des Petits- Carreaux, près de M" P. sa cliente, en travail d'accouchement à terme. Elle trouve chez cette femme, me dit-elle, le vagin obstrué en partie pour une tumeur dure, dont elle ne s'explique pas la nature et par laquelle elle désire avoir mon avis. La parturiente est une femme de 28 ans, blonde, maigre, de constitution affaiblie. Elle a eu 4 couches à terme, naturelles et assez promptes, à de courts intervalles de 12 à 18 mois. Aucun phénomène anormal n’a signalé les 6 premiers mois de sa grossesse actuelle, mais, pendant les 3 derniers, elle a perdu d’une façon constante, par la vulve, un liquide sérenx ou lactescent, parfois rougeâtre et d’une odeur fade, non fétide. Depuis 15 jours, cette perte était très-abondante, continuelle, et lui avait fait croire à un écoulement de eaux de l'amnios. Toutes les deux ou trois heures, les linges dont elle se garnissait étaient imprégnés
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de ce liquide, et il fallait les renouveler. Les draps du lit étaient pareillement mouillés toutes les nuits. Aucune douleur d’ailleurs à l’intériear du bassin, sauf pendant les rapports sexuels qui étaient constamment suivis dans ces derniers temps d’une petite hémorrhagie.
Après avoir recueilli ces renseignements, je touche et je trouve la cloison épaissie par une {umeur d’un gros œuf de poule. Cette tumeur de forme allongée, commence à un pouce de l'orifice vulvaire, et se termine au dessous du cul-de-sac postérieur du vagin. Sa surface, de ce côté, est inégale, bosselée, et uniformément dure. Celte exploration digitale, faite pourtant avec ménagement, détermine une petite perte. En entr'ouvrant avec la main l’orifice vulvo-vaginal, on peut apercevoir l’extrémité inférieure de la tumeur. Sa surface, en ce point, est lisse, non ulcérée, et d’une teinte blanchâtre, qui contraste avec la coloration rouge foncé des parties saines du vagin. Du côté du rectum, la tumeur semble plus large et plus régulièrement arrondie que du côté du vagin, elle forme également une saillie considérable, qui comprime le doigt porté dans le rectum, et remplit la concavité du sacrum.
Ainsi que je l'ai dit, M"° P. est en travail. Les contractions utérines sont rapprochées et plus douloureuses que dans les couches précédentes. ‘L'ouverture du col égale le diamètre d’une pièce de 5 francs. Le crâne se présente et remplit déjà le tiers supérieur de l'excavation. Comme, malgré son volume, cette tumeur pouvait permettre un accouchement naturel, je laisse la sage-femme près de sa cliente, me réservant d'intervenir plus tard, s’il en est besoin. Je reviens à 9 heures 1/2 du matin et trouve M®° P. heureusement accouchée d’une fille bien constituée et d’un volume ordinaire. J'apprends de la sage-femme que l'accouchement s’est terminé spontanément vers 9 heures, que, pendant la période d'expulsion, la paroi postérieure du vagin et la tumeur avaient été à peu près chassées par la tête de l'enfant hors de la vulve, formant en arrière de cette ouverture une tumeur livide et hideuse du volume du poing;
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qu'ayant pris soin de soulenir cette masse pendant le passage de la tête, celle-ci avait heureusement franchi l’anneau vulvaire, après quoi toutes les parties prolabées s’élaient spontanément réduites ; qu’enfin aucune déchirure ni aucune hémorrhagie inquiétantes ne s'élaient produites à la surface de la masse indurée du vagin, ni pendant le travail, ni pendant et après la délivrance, qui fut opérée naturellement au bout de 10 minutes. L'introduction du doigt dans le vagin confirme que la tumeur a repris sa place dans l’excavation pelvienne.llle paraît aussi volumineuse que pendant mon premier toucher, mais peut-être plus inégale et plus rugueuse. L'écoulement sanguin est modéré, et l'état général mauvais de la fin de la grossesse n’est point aggravé.
Me P. se rétablit assez vite, et se lève le onzième jour. Elle vient me voir au bout d’uu mois. Je la trouve d’une pâleur et d'une maigreur extrême, et dans un état de cachexie avancée. Elle me dit que, depuis son accouchement, les mouvements provoquent de fréquentes hémorrhagies. Elle en éprouve quelquefois élant couchée. Dans l'intervalle de ces pertes sanglantes elle est constamment mouillée par une sérosité fade, blanchâtre, extrêmement abondante. Le spéculum, introduit avec difficulté jusqu'au milieu du vagin seulement, découvre une masse considérable à surface mamelonnée, blanchâtre, occupant toute la paroi postérieure du vagin. La consistance de la tumeur me paraît aujourd'hui beaucoup moins ferme qu’au moment de l'accouchement. Le contact du doigt et de l’instru ment provoquent presque une hémorrhagie assez considérable et une douleur accompagnée d’un sentiment de faiblesse, qui m'obligent à suspendre mon exploration.
Le 16 décembre 1872, je désire m’assurer de l’état de M®° P., et j'apprends que repoussée de l'atelier dans lequel elle travaillait, à cause de l'odeur incommode des liquides qu’elle perd incessamment, pressée d’ailleurs par une faiblesse croissante et la misère, elle s’est décidée à entrer dans un hôpital où les progrès incessants de son mal font entrevoir la fin prochaine de cette malheureuse femme.
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OBSERVATION XXV (RÉSUMÉE) Cancer du vagin. — Grossesse. — KUSTNER.
M°°B., 32 ans. Plusieurs accouchements, lé dernier, il y a deux ans et demi. A partir de la moitié du mois de décembre 1863, les règles qui étaient régulières s’arrêtent ; mais la malade a eu, il y a six semaines, une perte de sang qui a duré un jour et demi. Douleurs abdominables, rétention d'urine, constipation.
5 mars 1864. — La malade paraît être enceinte de 4 mois. L'on constate une tumeur qui occupe la paroi vaginale postérieure, et empiète même sur le museau de tanche. L’orifice externe et le canal cervical sont libres et lisses. La tumeur présénte uu grand nombre de fissures profondes ; dans quelquesunes le doigt pénètre d’un pouce et même plus ; aussi le soupçon de l'existence d’une fistule recto-vaginale n’a-t-il été écarté qu'après l'exploration rectale.
Le 29 juin, la malade est examinée de nouveau. Le 5 juin elle est accouchée d’un fœtus mort, de 7 mois. Elle est trèsaffaiblie, souffre beaucoup, ne dort plus. La tumeur vaginale occupe toute la paroi vaginale postérieure jusqu'à la vulve. On ne distingue plus le museau de tanche, ni l’orifice externe. On ne trouve que sur la paroi vaginale antérieure des ilôts de muqueuse saine, d'un pouce carré environ. — L'on n'a plus eu d’autres renseignements.
OBSERVATION XXVI (résumée)
Cancer du vagin. — Grossesse. — Accouchement provoqué. — Mort. — KuSTNER.
__ M®°B., 24 ans. Deux fausses couches à 21 et à 22 ans. Ily a un an, elle mit au monde un enfant de 7 mois qui vécut une heure. Depuis cet accouchement, pertes de sang presque continuelles. En mai 1872, 4 grossesses pendant laquelle les hémor- rhagies persistent. Les douleurs commencent il y a six semaines, au moment des sellesiet du coït seulement. En même temps,
douleur en urinant,
Octobre 18712. — La paroi vaginale est couverte presque en entier, d’une masse de bosselures. La surface externe du col, à droite et en arrière, est couverte de nodosités qui se continuent avec le tissu cancéreux du vagin.
21 Octobre. — On enlève à la curette demi-mousse des masses considérables de fongosités.
29 Octobre. — Four provoquer l’accouchement, on introduit dans l'utérus une sonde élastique. Le 31 octobre, la malade aecouche d'un enfant mort.
Le 7 novembre, la malade succombe à la septico-pyémie.
Autopsie. — Péritonite purulente généralisée, congestion des
reins, tuméfaclion de la rate; abcès métastatiques dans les poumons.
OBSERVATION XXVIL (RÉSÜMÉE)
Cancer du vagin. — Accouchement. — BRUCKNER
M®° K., 29 ans. 3 accouchements normaux. Pendant sa quatrième grossesse (1876) apparaît pour la première fois un écoulement vaginal fétide et mêlé de sang. Le coiït produit d’abondantes hémorrhagies. A la fin de la grossesse, le 28 juillet, une hémorrhagie très-abondante se déclare. Un médecin appelé constate une grosse masse fongueuse dans le tiers supérieur du vagin ; il est impossible d'atteindre le col
Croyant à un placenta prœvia, il fait venir A. Martin qui trouve la femme assez anémiée et affaiblie. Les douleurs étaient espacées ; l'enfant se présentait en première position céphalique ; battements du cœur puissants. Le doigt introduit dans le vagin tombe sur une masse qui obstrue la lumière du vagin.
On ne parvint qu'avec peine, et à l’aide de la narcose, à introduire un doigt entre la tumeur et la paroi vaginale antérieure. L'on constate ainsi que la limite supérieure de la masse est nettenient distincte de l'orifice utérin.
L'opérateur peut cependant, en déprimant la tumeur avec la main, extraire, au forceps, un enfant vivant. La femme est délivrée aussitôt; puis comme l'utérus se rétracte bien, et que