EPITAPHE DE L'AN 1S
Étrennes pour le 1er. Janvier 1827.
Mourut hier, qui, dans le cours De trois cent soixante et cinq jours, (Que ceci soit son Épitaphe,) Fut témoin par tout l'univers, Sans bouger ni changer de place, De mille évènemens divers.
Il a vu d'abord, en Asie, Les férocee Birmans défaits Forcés de demander la paix ; De leurs armes, en Géorgie, Perse et Russe, avec énergie, Faire entendre le cliquetis, Et se mesurer en bataille ; En Afrique, les Achantis, Peuple noir, peut-être canaille, Épouvantés par la mitraille.
S'enfuir pêle-mêle, éperdus ;
Constantinople en proie aux flammes,
Se venger sur hommes et femmes,
Empalés, noyés ou pendus ;
En Grèce, horrible boucherie,
Mères, filles, enfans vendu?;.
A des tyrans de Barbarie ;
Ailleurs, indigne tricherie
Envers ce peuple succombîuit
Sous le joug affreux qui l'oppresse >
En Angleterre, la détresse
De l'ouvrier et du marchand,
Et la rareté de l'argent ;
En Espagne, la tjrannit
Jointe à la dégradation;
La révolte en Lusitanic
Contre la constitutioii ;
En France, la monomanie.
Et la disette de tonneaux
Pour contenir les vins nouïeaus>
Au grand plaisir de dame-jeanne ;
Partout, un chevalier erranC,
Que les journaux nomment Cochaa^s,
Se promenant, allant, venant,
Perdant toujours la tramontane.
Et gagnant ainsi force argent,
Payé d'avance et sans réplique :
Si nous passons en Amérique,
11 a ru maint nouvel état
Reconnu par maint potentat
Haute et puissante république ;
Près de nous, deux ex-présidens.
Comblés d'honneurs et chargés d'ans,
Le même jour, à la même heure,
Des vivans quitter la demeure ;
Un peu plus loin, un général,
En donr.ant, par un puissant leurr?.
De la révolte le sigml, A tous les maux ouvrir la porte :
Quelqu'un va dire, que m'importa Ce qu'il a vu par-ci, par-la ? Qu'a-t-il vu dans le Canada .* Sans vous parler de la déroute De plus d'un champion mis à bas, Par un autre plus fort, sans doute, Il a vu mainte banqueroute A laquelle on ne songeait p2«.
En dépit de certains présages ; 11 a vUj dans certain endroit, Force gens donner leurs suffrage», Sans savoir à qui, ni pourquoi, £t pourtant se croire fort gages ; Il a vu. . . . Mais où me conduit Le fol amour de ne rien taire ?
De crainte d'amener l'ennui.
Prudemment faisons notre affairo Du proverbe : Trop parler nuit.^