‹ Epitres, satires, chansons, epigrammes et autres pièces diversChapitre 29 sur 48 · LE BEAU SEXE · texte numérisé non relu

LE BEAU SEXE

Foiir des hommes plus que barbares, Des plu? que sauvages tribus, Qui, de pensers sots et bizarres, De fausses notions imbus.

Prétendant que Dieu priva d'âmes Des humains la belle moitié, En esclaves traitent leurs femmes, Et leur refusent la pitié.

Plus le beau sexe est vulnérable, Plus il doit être ménagé :

Honni soit l'homme misérable Par lequel il est outragé, Ou d'actions, ou de paroles :

Honni soit ces croches esprits, Qui, faisant les malins, les drôles, Le lardonnent dans leurs écrits.

Honni soit le docteur qni prêche La controverse en son traité, Et qui, d'un ton dur et revêche, Déclame contre la beauté :

S'il respecte ses Suédoises, Quelle déraison, quel écart, De lancer sur nos Canadoises Et son lardon et son brocart !

Par lies remarques puériles, Quand il fit la comparaison Entre les belles de noi villes, Arait-il perdu la raison ?

Oui, lorsque voyant des Françaises, Par l'air et le ton, dans Québec, ^ Quoiqu'il connût les Écossaise?, Il nous dit tout net et tout sec :

« A Mont-réaî, des sauvagesses

« J'ai vu la froideur, la ûerté.»

Pauvre Kalm, (*) quoi ! tu professes

De dire ici la vérité !

Tu ne crains pas, si tu persistes

A soutenir ton avancé

Sur nos belles Mont-céalistef,

Qu'à droit l'on te dise insensé ?

Quand, dans ton jargon tu t'empêtres, En doit-on être bien surpris ?

Tu vis nos belles aux fenêtres, Et peut-être eus-tu leur mépris :

Pour les voir, approches-toi d'elles, Ou, du moins, frottes-toi les yeux ; Tes portraits seront plus fidèles, Et tu nous en parleras mieux.

(*) C'est le r.oTn du docteur, ou professeur suédois en questirn, lequel vint dans ce pays, quelques années avant la conquête, et publia ensuite de? observations sur les dames et les denooiseilef de Québec et de Montréal, &c.

Faut-il donc appeller frivoles Celks qui, roulant anouser, Par le discours, dans leurs paroles»

Nous montrent l'art de bien jaser ?

Par leurs noms qu'on nomme les chos«$.

Si l'on ne veut pas bredouiller ; Tenons, tenons nos bouches closet.

Plutôt que de les embrouiller.

Qu'eût-il dit de nos campagnardes, Toujours, mais entr'eîles, s'entend, Dana leur printems, presque gaillardes, D'un esprit folâtre et riant ; Dédaignant l'art de savoir feindre, A l'attrayante hilarité, Toujours, à propos sachant joindre Le don de la naiveté ?

Peut-on appeller haute, aîiière,

La sage et prudeate beauté,

Qui, par le ton et la manière,

Repousse la témérité ?

Le beau sexe serait à plaindre,

Devrait exciter la pitié,

S'il n'avait pas appris à craindre

Le jeu d'une feinte amitié.

Si quelque réflexion juste

Sortit du cerveau dérangé

De l'auteur qui me tarabuste,

Tout a, lors, pour le mieux chïiBgé :

IS

Qui, chez nos belles Québécoises Trouve de la légèreté ?

À Mont-réal, des Iroquoises Qui voit, aujourd'hui, la fierté ?

Mais laissant là son verbiage ; La femme rend l'homme poli, Et modeste dans son langage ; Tout auprès d'elle est embeiii :

Elle amène la retenue Au salon, à table, au concert ; La femme est partout bien-renue ; Tout, sans elle, paraît désert.

O trop bizarre Asiatique, Tu ne sais pas combien tu perds.

Quand de ta force despotique Exerçant le pouvoir pervers, Tu tiens ta femme comme en cagCa Et la gardes sous les verroux, Pour ne laisser voir son visage Qu'à tes yeux sottement jaloux.

Oui, ces hommes sont sots et bêtes Dans leur fantaisie et leur goût, Qui de leurs repas, de leurs fêtes, Du spectacle, enfin, de partout.

Éloignent leurs femmes, leurs filles, Et contre le droit, la raison, Font de leurs maisons des bastilles.

De chaque chambre une prison.

J'approurerais presque le quouacrcj Quoiqu'il serable de sa façon ; Une belle, diacre ou sous-diacre, Me débitant un beau sermon, Pourrait me toucher plus, peut-ôtre, Même en parlant sans passion, Que le ministre, que le prêtre, Prêchant même avec onction.

Mais, conformons-nous à l'usage, A ce que l'église défend ; C'est bien le parti le plus sage :

Le sexe, disons-le, pourtant, À l'église, prêche d'exemple ; Oui, le sexe dérotieux De Dieu sait embellir le temple.

Et rendre l'homme plus pieux.

Malheureux l'homme solitaire î Fi du ménage de garçon î Sans compagne peut-on se plaire, Se trouver bien, à la maison Où régnent l'ennui, le silence ?

Non, sans l'utile activité D'une épouse, sans sa présence.

Tout languit dans l'aridité.

De voir la toilette étalée Des belles figurant au bal, Au théâtre, en une assemblée, Pour l'œil clair- voyant quel régal !

Pourtant, j'aime mieux la natur« Que l'artificieux travail, Et je préfère la figure Au plus éclatant attirail.

« On ne peut être toujours belle 5 o Souvent, on ne k fut jamais.»

Sois donc, alors, spirituelle Et gaie, ô femme, et tu nous plais.

Ne sois pas par-trop raisonnable, Et par-trop ne disputes pas ; Mais sois douce, polie, affable ; On te trouvera des appas.

Le travail sait rendre estimable ; Toujours il est récompensé ; Et, souvent, un corps critiquable Par autre chose est compensé :

Plus d'une est aimable, attrayante, Par le savoir, ou par l'esprit ; Plus d'une plaît, quand elle chante ; Plus d'une autre, quand elle écrit.

Vous ne fûtes point toutes belles, Vous dont le lecteur est épris ; Mais vous paraissez toutes telles, Lorsqu'on vous voit en vos écrits, Vassé, Couetes-ay, Deshouliere,

TeNCIN, BeàUHAB>AIS, VlLLEDlEU ;

Toi, moraliste romancière,

Gï»t.IS ; DE LA TouE, M0NTOLISI7 î

Toi, féconde auteur à*Arîainène, ScuDÉar ; Coxxm, Montpeksier ; Toi, spirituelle Italienne, RiccoBONi ; Flahoult, Dacier ; Et toi, trop célèbre marquise Du Chatelet ; Rolland, Chaumowt ; Et toi qu'admire la Tamise, BuRWEîf ; DE Staël, de BsAUMOifT ;

Sévicné, dont la renommée A brillé du plus vif éclat.

D'auteurs féminins quelle, armée !

Amis, redoutons le combat :

Loin de provoquer leur' prouesse, Tombons plutôt à leurs genoux ; Par le tact, le goût, la finesse, Les femmes l'emportent sur nous.

Et dans la véritable guerre Et de 1 epée et du canon, Plusieurs ne nous en cèdent guère, Se sont fait un illustre nom :

Au nombre des belles guerrières Sont la patriote Djiucourt, Nos courageuses de Vercheres, Et notre admirable La TorR.

Page 1