CONTRE L'IGNORANCE
Mon étoile, en naissant, ne m'a point fait poète ; Et je crains que du ciel V influence secrète (a) Ne vienne point exprès d'un beau feu m'animcr : Mais comment résister à l'amour de rimer, Quand cet amour provient d'une honorable cause, Quand rimer et guérir sont une même chose ?
L'autre jour, arrivant au troisième feuillet Contre V Ambition, je reçois ce billet : "■
« Croyez-moi, cher ami, laissez-là la satire ; « Renoncez pour toujours au métier de médire : « Ainsi que vous, je vois des torts et des travers ; « Mais jamais je n'en fis le sujet de mes vers, « Et jamais je n'aurai cet étrange caprice. « Je conviens qu'il est beau de combattre le vice ; « Moi-même, je tienckais la lutte à grand honneur, « Si j'osais espérer de m'en tirer vainqueur. « Mais, peut-on l'espérer ? Dans le siècle où nous sommes, « Est-ce bien par des vers qu'on corrige les hommes ! « Non, se l'imaginer serait un grand travers ; « L'homme méchant se rit de la prose et des vers :
(rt) Hémistiche de Boileau.
ç Soyez bien convaincu qu'il est incorrigible, « Et n'ayez pas le tort de tenter l'impossible.
« Croyez- vous que P r devienne moins pervers,
« Moins fourbe, moins menteur, pour avoir lu vos vers ' « Sans devenir meilleur, il ^n a bien lu d'autres ; « Quel eâet ])ourrait donc avoir sur lui les vôtres ? « Tenez, ami, tenez votre esprit en repos.»
Un autre me rencontre, et me lient ce propos : « Chacun vous dit l'auteur des essais satiriques, « Que naguère on a lus dans les feuilles publiques: '
« Tous vos amis pour vous en seraient bien fâchés, « Croiraient, par-là, vous voir expier vos péchés. « "Que si votre destin à rimer vous oblige, ce Chosissez des sujets où rien ne nous afflige : « Des bords du Saguenay peignez-nous la hauteur, « Et de son large lit l'énorme profondeur ; « Ou du ^Montmorency l'admirable cascade, « Ou du Cap-Diamant l'étonnante esplanade. ce Le sol du Canada, sa végétation, « Présentent un champ vaste à la description ; « Tout s'y prête à la rime, au moral, au physique, et La culture des champs, les camps, la politique. « Dites-nous, pour chanter sur un ton favori, v Les exi^loits d'iEERviLLE ou de Salaberry : a Tous deux dans les combats se sont couverts de gloire ; « Ils méritent, tous deux, de vi\Te en la mémoire « Des vaillants Canadiens. Mais, aux travaux de Mars f Si de l'heureuse paix vous préférez les nrts.
' Prenez un autre ton ; dites, dans l'Assemblée,
« Qui nous conviendrait mieux, de Neilso- ou de Li«; (6)
« En quoi, de ce pays la constitution
« Est diverse, ou semblable à celle d'Albion ;
<i Qftii nous procurerait le plus grand avantage,
« De la tenure antique, ou du commun soccage.
« Si de ces grands objets vous craignez d'approcher,
« Libre à vous de choisir, libre à vous de chercher
« Des sujets plus légers, des scènes plus riantes :
« Décrivez et les jeux, et les fêtes bruyantes ;
t Peignez les traits de Laure, ou ceux à'dmaryUis :
« Dites par quel moyen sont les champs embellis;
c Les troupeaux engraissés ; comment se fait le sucre ;
i< Qui, du chanvre ou du bled, produit le plus grand lucre ,
« Par quel art méconnu nos toiles blanchiraient ;
« Par quel procédé neuf nos draps s'affineraient.
K Enfin, le champ est vaste et la carrière immense.»
Qu'on veuille ouir (c) ma réponse, ou plutôt ma défense : Le sentier qu'on m'indique est déjà parcouru ; Et, l'autre sdir, Phébus m'est en songe apparu, M'a tiré par l'oreille, et d'un moqueur sourire, « Crois-tu qu'impunément l'on se permet de rire,» M'a-t-il dit, c des neuf Sœurs, de Minerve et de méi ? « Elles ont eu, pourtant, quelque pitié de toi,
(6) Ce vers indique l'époque de la composition de cette pièce ; relie de l'élection contestée entre Mr. Neilson et Mr. Lee, pour le Comté de Québec.
(c) Je crois qu'il en est d'ouir comme d'hier, et qu'on pout fairt ce mot d'une ou de deux svllabes, suivant le besoin.
c- Ont cru qu'il convenait d'entendre railleiie,
" Et n ont, dans tes propos, vu qu'une étourderie :
« Minerve t'a laissé quelques grains de raison ;
« Les IMuses, souriant comme à leur nourrisson,
* T'ont laissé parcourir les rives du Permesse,
r- Et combattre assez bien VEnvie et la Paresse,
f Moi-même, j'ai prescrit, me montrant indulgent,
« A ton grave délit ce léger cliâtimeRt :
R Tu n'iras point porter, sans mon feu, sans ma grâce,
o Tes téméraires pas au sommet du Parnasse ;
« Tu resteras au bas : ainsi je l'ai voulu,
« Ainsi l'a décrété mon pouvoir absolu :
« Tu seras, en un mot, plus riraeur que poète :
« Diiférent de celui que ton pays regrette,
« Qui, fort du beau génie et de l'heureux talent
« Que des mains de Nature il reçut, en naissant,
« Et que je réchauffai de ma divine flamme,
«Bî-ilîa dans la chanson, l'épUre et l'épigramme,
« Y montra de l'esprit les grAces et le sel :
« N'espère point, enfin, d'être un autre Quesnel : {d)
{<}) 11 n'est aucun Canadien tant soit peu instruit, qui n'ait lu au moine qvieîques unes des productions de feu Mr. Joseph Quesnel, et qui n'y ait remarqué un vrai génie poëtkiue. Malgié quelques négligences, quelques fautes même de veisification, et peut-être à cause de ces négligences même?, c'est bien de cet aimable et spirituel rimeur, qu'on peut dire qu'il était né poëte. Il serait bien à désirer, selon moi, que ses ouvrages, du moins ses Œuvres choisies, fussent enfin données au public, après les corrections pei-mises à un éditeur. On y trouverait, je n'en doute point, ce qui fait le plus grand mérite d'un livre, l'utile et l'agréa^ hïe, allant de compagnie, et se prêtant la main.
K Avant de rien produire, il faudra que tu jongles, (<;)
« Et te grattes la tête, et te rognes les ongles :
« Et ta verve, asservie à mon divin pouvoir,
« Ne s'exercera point au gré de ton vouloir.»
Apollon parlait mieux, mais je ne saurais rendre
Le langage divin que je crus lors entendre.
Ce dieu, pour me punir d'un coupable discours,
Me défend de chanter les combats, les amours^
Ne pourrait-on pas même appeller téméraire^
Mes efforts pour traiter des choses plus vulgaires,
Si des esprits plus forts, des rimeurs plus experts,
En ont fait, avant moi, le sujet de leurs vers ?
Qui dirait le berger, l'abeille, après Virgile ? (/)
Qui dirait les jardins, les champs, après Delille ? (g)
Et, quand on l'oserait, y gagnerait-on bien.
Serait-on bien compris, au pays canadien.
Où les arts, le savoir, sont encor dans l'enfance ;
Où règne, en souveraine, une crasse ignorance ?
Peut-on y dij-e, en vers, rien de beau, rien de grand ?
Non, l'ignorance oppose un obstacle puissant,
Insurmontable même au succès de la lyre
Qui s'élève au-dessus du ton commun de dire
(e) Jongler, penser d'une manière vague et incongrue ; et populairement, dans ce pays, être absorbé dans ses pensées, ou rêver, non pas en dormant, mais en commençant à s'endormir^
(/) Immortel auteur des Bucoliques, des Géorgiques et de VÉnéidc.
(g) Auteur du pocme des Jardins, de celui de VHomme des Champs, et de plusieurs autres ouvrages bien connus des amateurs de la belle et bonne poésie.
CG
Comme on dil en famille, en conversation, ~
Prodigue du tour neuf et de l'inversion,
L'un et Tautre proscrits par la rustre ignorance,
Par elle regardés comme une extravagance.
Oui, l'ignorance, ici. doit restreindre un rimeur,
Ou, s'il est obstiné, doit lui porter malheur :
Pour l'ignorant lecteur, obscur, impénétrable,
Il est qualifié d'insensé, d'exécrable ;
On vous l'envoie au diable, à la maison des fous.
Particularisons : où trouver, parmi nous,
Qui ne confonde point le granit et le marbre ;
Qui sache distinguer, sur la plante, ou sur l'ai-bre,
Style, pétale, anthère, étamine, pistil ;
Qui du même œil ne voie émeraude et béryl ;
Qui de l'ordre toscan distingue l'ionique,
Le convexe du plan, le carré du cubique ; .
Qui ne confonde point la bise et le zépbir,
Le pôle et J'équateur, la zone et le nadir ;
Qui n'ignore comment se soutient notre terre ;
Pour qui le moindre effet ne soit un grand mystère, (h)
Pourtant, je ne veux point, d'un style exagéré, Dire, avec un auteur, que tout est empiré ; Que les premiers colons, nos ancêtres, nos pères. Furent, bien plus que nous, entourrés de lumières ;
(h) Ces exagérations ne sont que pour faire entendre combien il y en a peu parmi nous qui aient du goût pour Tétude de l'Histoire naturelle, de la Géographie, de l'Architecture, delà Géométrie, de k Physique, de l'Astronomie. &c^
Qu'ils apprenaient bien mieux le latin et le grec ; Que les arts florissaient beaucoup plus dans Québec Suivant moi, ce langage est loin d'être orthodoxe ; Et, pour mettre à néant ce hardi paradoxe, Il n'est aucun besoin d'un long raisonnement ; Un regard en arrière, un coup d'oeil le dément. Il EufiSt de savoir que, sous notre ancien maltre> Louis, nul imprimeur ici n'osa paraître ; Qu'on n'y faisait, Tendait ni livre, ni journal : Voyez, à ce sujet, quelques mots de Raynàl ; (i) L'exagération à part, on l'en peut croire. Avant lui, Charlevoix (j) offre, dans son histoire. D'une ignorance étrange un exemple frappant : L"n mal épidémique, inconnu, se répand, Met aux derniers abois tous ks colons qu'il frappe : Ainsi qu'en pareils caSj aux enfans (J'Esculape (k) On recourt ; mais voyant tous leurs soins superflus. Ils déclarent, tout net, qu'ils ne soigneront plus ; Proclament que le mal provient de maléfice ; Accusent des sorciers l'envie et la malice, Et, sans les secourir, laissent mourir les gens. Vit-on des médecins, ailleurs, plus ignorans ?
Non, certes ! mais, sans faire aucun pas rétrograda, Quelque part, (î) oa a vu maint ignorant malade,
(i) Auteur de VHistoire Philosophique et Politique du Commerce et dei Élablissemens des Européens dans les deux Indes.
(J) Auteur de VHistoire généraU de la XouvelU France, et de plusieurs autres ouvrages.
{k) Fils d'AppoloD, et dieu de la médecine, suivant la mytho^ logie.
(l) Piyliculièrement au Méxi^iue.
Qui, voyant dans son mal un ordre exprès des Cieuï, Et dans les soins de l'art un grand péché contre euï, Fuyait tout médecin, refusait tout remède. Mais, Dieu dit : « Aide-toi, si tu veux que je t'aide;» Et, se laisser mourir, quand on peut l'empêcher, Ce n'est pas plaire au Ciel, c'est contre lui pécher.
Loin de moi, cependant, le dessein téméraire De voir tout du même œil : l'ignorant volontaire De l'ignorant par sort doit être distingue. Et seul, sur son état, vertement harangué. L'ignorant volontaire est toujours méprisable. Pourtant, le temps n'est plus, où, chose inexplicable, Un noble campagnard paraissait dédaigner L'art de lire, était fier de ne savoir signer. Mais, est-il suffisant de ne faire un droit-ligè De l'ignorance ? Non, il faut qu'on s'en afflige : Ignorer de son choix est un tort important : Qu'est-ce, alors, l'ignorance, ou plutôt, l'ignorant ? L'ignorant est celui qui put, dans son enfance, Apprendre, mais, par goût, manqua de diligence ; Qui, pouvant être utile à ses concitoyens, De les servir un jour négligea les moyens.
L'ignorant, quel qu'il soit, est un homme coupabl.^ S'il se charge d'un soin dont il n'est pas capable. Qui croirait qu'on a vu plus d'un représentant, Par la foule porté dami notre parlement, Ignare jusqu'au point de ne savoir pas lire, Et de la main d'autrui se servir pour écrire ?
? A la chambre,^ dit-on, « si tous savaient parler, ^ Ils n» finiraient plus.» Miiis, s'il faut leur souffler : Oui, non. n'est-ce pas chose et honteuse et nuisible r
Quelquefois, l'ignorant ne se rend que risible ; Surtout, quand, par son or ayant fait quelque bruit, Il commence à vouloir trancher de l'homme instruit : Oyez parler Toinon, oyez parler Beausire, Et, si rous le pouvez, abstenez-vous de rire. Un soir, la nappe otée, c* le repas fini, De convives instruits un cercle réuni, Après mainte chanson, mainte plaisanterie, Parle des écrivains et de la librairie : Chacun prône, défend son auteur favori : L'un est pour Massillon-, (m) et l'autre pour Maurt ; (m) L'un exalte Rousseau; (n) l'autre exalte Voltaire : (77) « Le plus beau des auteurs, c'est bien le Formulaire,^ S'écrie un ignorant, croyant être applaudi. Le cercle, du bon mot, tout d'abord, étourdi, Se regarde, sourit, puis éclate de rire.
Si l'on en croit Rousseau, l'erreur est encor pire Que l'ignorance. Soit: mais l'erreur est le fruit, Le triste rejetton, le malheureux produit, De la présomption unie à l'ignorance ; Et de cette union naît encor l'imprudence."] L'ignorant est peureux ; l'abusé, confiant ; L'un hésite, incertain, et l'autre se méprend :
(mm) Auteurs de Sermon?, &:c. très estimés, (nn) Écrivains philosophes, cosnus de tout
tout le mon(]<
J''ignore où le danger gît, craintif, je rû'arrete : Je le suppose ailleurs, follement je m'y jette. M^s vojons pis encor que la présomption : L'ignorance produit la superstition ; Monstre informe, hideux, horrible, détestable ; Pour l'homme instruit néant, mais être formidable Pour l'ignorant, surtout, pour notre agriculteur ; De plus d'un accident inconcevable auteur ; Cakos, confusion de notions bizarres, Roulant, s'accumulant dans des cerveaux ignares : D'où naissent, tour à tour, mille fantômes vains : Revenans, loups-garous, sylphes, sabbats, lutins ; Les nécromanciens, les sorts, l'astrologie, Le pouvoir des esprits, des sorciers, la magie, Et mille autres erreurs dont le cerveau troublé Du superstitieux croit le monde peuplé.
Four le peuple ingnorant, l'orage, le tonnerre, Les tourbillons de vent, les tremblemens de terre, Tout est miraculeux, tout est surnaturel. Heureux, encore heureux, si Dieu, si l'Éternel Est cru l'auteur puissant des effets qu'il admire, Ou leur cause première ; et si, dans son délire, Sous les noms de sorcier, d'enchanteur, ou devin, Il n'attribue à l'homme un pouvoir surhumain : Le pouvoir de créer le vent et la tempête, De s'élever en l'air, de se changer en bête ; De rendre un frais troupeau tout à coup languiisarit. Une épouse stérile, un époux, in^fuissant.
Insensé, d'où viendrait ce pouvair détestable i^ Dis-moi si c'est de Dieu; dis-moi si c'est du diable : Ij'attribuer au Ciel, c'est blasphème, à mon gré ; Dire qu'il vient du diable, et s'exerce malgré (o) La volonté de Dieu, ce serait pis encore : L'un combat la bonté qu'en cet être on adore ; L'auti-e abaisse et détruit son suprême pouvoir. Delà, les mots-sacrés, les cartes, le miroir, Les dés, les talismans, le sas, les amulettes, Folles inventions d'ignares femmelettes.
Il est d'autres erreurs moins coupables, au fondj Mais qui marquent toujours un esprit peu profond, Un homme peu sensé, parfaitement ignare, Ou, pour dire le moins, extrêmement bizarre. Tel, des anciens jongleurs savourant les discours. Et de l'astre des nuits redoutant le décours. Pour semer le navet, la carotte ou la prune^ Attend patiemment le croissant de la lune. La lune, selon lui, fait croîtra les cheveux. Rend les remèdes vains, ou les travaux heureux ; Dans son croissant, les vins, les viandes sont plus saine». Les cancres, les homards, les huîtres sont plus pleines: De tout, enfin, la lune, en poursuivant son cours, Et selon qu'on la voit en croissant ou décours,
(o) Quoi ! va-t-on s'écrier : une préposition à la fin d'un vers^ et sou régime au commencement du suivant ! Est-ce là une licence poétique ? J'avoue que je n'ai va cela nulle part dans noa bons poètes ; mais pourtant cela ne me parait pas aussi hardi que le quorum Cumqiie, et autres licences d'Horace ; et, d'ailleurs, si Poreille e»t satisfaite du petit jf pos qu'on peut trouver, ou mettre, cTître mal^rù et La vdMté, pourquoi l'esnrit ne Iç serait-il pas. luasi '^
'Et gouverne et conduit la crue ou \k<Iéa-ue. (p) De voyager, sortir, se irfontrer dans la rue, Même de commencer un ouvrage important, Tel autre écervelé se garde, redoutant, Ou des astres errants la maligne influence, Ou d'un jour malheureux la funeste présence.
Au village, quels sont les communs entretiens ? Il est vrai que, vivant en des climats chrétien?, Nos vierges ne vont pas, jongleuses Mexicaines, Se flageller, tirer le sang pur de leurs veines. Pour, humaines, sauver un astre du trépas, Ou du moins du ménage appaiser les débats, Quand, d'un brutal époux, dans la lune éclipsée, L'ignorance leur montre une épouse blessée ; Il est vrai qu'à Taspect de ces astres brunis. Nos peuples ne vont pas, par la peur réunis, Et dévots, jusqu'au cou plongés dans les rivières, Au Ciel pour leur salut adresser des prières ; Ou pour en éloigner un horrible dragon, Et battre du tambour et tirer du canon. Non, mais combien encore, à Taspect des comètes, Se sentent inspirés, et deviennent prophètes ? Comme on dit au pays, prophètes de malheMrs, Troublant leurs alentours de leurs folles terreurs ? Combien d'autres, voyant l'avenir dans leurs songes, Sont faits tristes ou gais par d'absurdes mensonges ?
(n) Décrue est un mot de mon invention : je le crois pour If» moms aussi élégant que crue, et dérivant aussi bien de drcroitrey que ce dernier de croître.
Des superstitions le mode est infini.
Pourtant, ne faisons point un tableau rembruni : Bientôt, nous jouirons d'un horizon moins sombre ; Déjà, des gens instruits je vois croître le nombre ; Déjà, Brassard, (q) suivant les pas de Curateau, ir) Donne au district du centre un collège nouveau. Et, si mon vœu fervent, mon espoir ne m'abuse, Ou plutôt, si j'en crois ma prophétique muse, (Une déesse, un dieu peut-il être menteur .') Ce noble exemple aura plus d'un imitateur, (s) Je crois même entrevoir, dans un avenir proche, Le temps, où, délivré d"un trop juste reproche, Où par le goût, les arts, le savoir illustré, Comptant maint érudit, maint savant, maint lettré. Le peuple canadien, loué de sa vaillance, Ne sera plus blâmé de sa rustre ignorance; Où, justement taxé d'exagération, Mon écrit, jadis vrai, deviendra fiction.
(q) Feu Messire Brassard ne fut pas, a proprement parler, le fondateur du Collège de Nicolet, mais d'une École devenue Collège, ou Petit-Séminairo, par les soins bienfaisants et généreux du dernier Évêque de Québec, feu Mgnr. Joseph OctaveTPLESsis.
(r) Tout le monde sait que l'établissement du Collège de Montréal est dû à feu M. Curateau, prêtre du Séminaire de cette ville.
(s) L'événement a surpassé l'espérance qu'on pouvait raisonr.ablement concevoir en 1S19; puisque depuis lors, c'est-à-dire dans l'espace de dix années, on a vu s'élever, successivement, les Collèges de St. H^-acinth-, de Chambly et de Ste. Anne de la Pocaticre ; collèges dûs au zèle éclairé et patriotique de MM. Gi- ROCARD, MiGKAULT ot Paikchaud, Curés de ces paroisses, aidés des contributions pc^uniçires de quelques citoyens généreux.
EFÏTRE ï.