‹ Epitres, satires, chansons, epigrammes et autres pièces diversChapitre 6 sur 48 · EST MODUS IN REBUS · texte numérisé non relu

EST MODUS IN REBUS

G. .8. .L. ., comme ami, je ne vois qu'avec peine. L'étrange égarement où le dépit t'entraiae : Captes-tu la faveur d'aveugles partisans. Ou les éloges vains de lecteurs ignorans, De fiel pour tes rivaux, quand, comblant la mesure, Tu prodigues à tous le reproche et l'injure ? Est-ce donc, réponds-moi, réfuter un auteur, Que de lui dire, en gros : « Vous êtes un menteur ?» Et, qu'est-ce de gros-mots une hatîologie? (a) Moi-même j'écrivis avec quelque énergie ; Lorsque l'intrigue ayant révélé son secret. Il s'agit d'atterrer un inique projet ; (6) Mais jamais je ne crus, dans mon patriotisme, Par un mot, quel qu'il fût, détruire un syllogisme ; Et quand je combattis CniSHOtM, Sparhaivk, Neilson, (4y J'opposai phrcise à phrase et raison à raison.

(a) Une fade répétition des mêmes mot", ou des mêmes iJécj. La battologie d'injures est la pire de toutes.

(b) Le projet de l'union des législatures du Haut et du Bas- Canada.

(c) Le premier, rédacteur du JSIontred Gazette ; 1>^ second, du Canadian Courant, d'abord, et ensuite, du CanaUan Times ; et le troisième, de la Gazette de Québec publiée par autoiité. Je dois ajouter ici, que Mr. Neilson, fils, ne fut, ou ne parut être unionaire, que tant qu'il conduisit la gazette officielle, et que ce fut probablement pour ne l'avoir pas paru assez, aux yeux de l'adrftinistration d'alors, qu'il cessa sitôt de la conduire.-

Je ne me donne point comme un modèle à suirr^";

Mais conviens qu'entre auteurs même il faut savoir vin^ \

Qu'un écrivain jamais ne se croira battu

Par Finjure. En effet, dis-moi, qu'y gagnea-tu ?

Tu le dis sycophante, il te dit démagogue ;

Tu lui criras : « Vil serf,» il te répondra : « Rogue ;^

Et l'un par l'autre, ninsi, honnis, vespérisés,

Des lecteurs de bon goût vous serez méprisés.

Un style injurieux »'est point chose nouvelle. Au pays canadien : un auteur que j'appelle Tapageur, désirant confuter de gros mots, Pour le faire, employait des mots encor plus gros î Et, vous parlant, après un assez grs.ve exorde, De bourreau, de carcan, de potence et de corde, Gâtait, pour ne savoir s'arrêter prudemment. Par une indigne fin un beau commencement. OHensé de son style, et je pense, à bon titre, A son bon imprimeur J'adressai cette épître : (ci)

Ce que P r, alors, pour son bien entendit,

Veuille le regarder comme à toi-même dit,

P r, c'est à regret, dep'uis quelques semaines,

Que je lis les gros-mots dent tes feuilles sont pleines t Sans tant d'emportement, ne peux-tu réfuter Les torts et les travers quon cherche à t'imputer ? Je sais que tu te bats contre un rude adversaire ; Que ta guerre avec lui, peut-être, est nécessaire : Bats-toi donc, s'il le faut ; mais demeure d'accord Que pour vaincre avec gloire, il faut être sans tort.

Id) Bon est pris ici dons îc sens de trop facile, ou de mcl-niHsé,

« M. . -o K. .,» diras-tu, « se permettra d'écrire « Tout ce qu'en sa cervelle enfante le délire ; « Pourra se faire un jeu de se moquer des gens, c De railler la vertu^ d'insulter au bon-sens ; « Dans le style empoulé que lui dicte la rage, « Vomira contre tous et le fiel et l'outrage ; « Et moi, parlant français, osé-je raisonner, » Si Ton veut bien l'en croire, il faut m'emprisonner î * Dans les fougueux transports où la rage le jette, « Il lui sera permis de faire le prophète. « Et l'on me défendra de parler du passé ! « Le mensonge sera dans sa feuille entassé ; € Tantôt, il verra tout avec un microscope ; € Puis, tournant le feuillet, il deviendra myope ; « Confondra pêle-mêle et vices et vertus ; « Encensera Néron, injurîra Brvtus !..

« Témoin de tant d'horreurs, vous conviendrez, je pense, « Qu'il faut être muet, pour garder le silence : « Et, comme a dit quelqu'un, ne peut-on à propos, « Confondre les pervers, et se moquer des sots r»

Oui, sans doute, on le peut, souvent on le doit même ; (e) Mais, en quoique ce soit, il ne faut être extrême : L'homme de bien, toujours, tient un juste milieu ; Donne à tout son vrai nom, met tout en son vrai lieu : Si faire bien pour mal lai semble une loi dure, Du moins, il ne rend pas injure pour injure :

(c) Quoi ! se moquer des sots ! non, mais confonche le? pervers. On répond ici au premier hémisiiche du vers précédent, sans faire atteation au «scoad.

Non par timidité, mais par aflection,

Il recherche, avant tout, la nwdération ;

La modération, vertu de tout vrai sage,

Se remarque en ses ^oûts, ses gestes, son langage.

Un soir, à TOdéon, un poète français Met, par hazard, son pied sur celui d'un laquais : Ce dernier, courroucé, lève la main, le frappe : L'autre, homme modéré, sans lui rendre la tape, Lui dit . a Vous avez tort; je ne vous voyais pas ;» Et l'affaire finit, sans un plus grand fracas. Que fut-il arrivé, si prompt à la colère, 11 eût d'un fort soufflet payé le téméraire ? Que ce dernier criant, peut-être, et de nouveau, Frappant, on les eût crus, mis au même niveau, Honnis, bernés, siffles, hués, mis à la porte. Ton cas, tu m'en peux croire, est de la même sorte Tu me dis ton rival grossier, impertinent : Crains qu'on ne te regarde et mette au même rang. Si cet auteur veut bien se rendre méprisable, Faut-il absolument que tu lui sois semblable ? Ou crois-tu que, chez lui, sifflant un mauvais goût, Chez toi, par fantaisie, on applaudira tout? Garde-toi de compter sur un pareil caprice : J'aime, dans un ami, sa vertu, hais son vice ; Pour moi, sans m'égarer dans un sentier torlu, Partout, le crime est crime, et la vertu, vcrla. Le parti qu'on soutient ne fait rien à la chose : C'est, même, injurier une Ijonorable cause,

^ùe la défetkdre ainsi qtte feraft ton àutetir, D'un ton exagéré, plein de fiel et d'aigreur. Ne crois pas qu'un gros-mot échappé de ta bouchs Me senable plus poli, me paraisse moins louche. Que si mon ennemi l'eût) le premier, émis ; Tout écrivain grossier s'est, pour moi, compromis ; Je déteste partout le style de Garasse

« Vous voulez qu'aisément mon rival me terrasse, " Et que, sans regimber, je tombe sous ses coups ! '^ Nullement; mais je veux modérer ton courroux ; 5e veux du vrai sentier te remettre la trace ; Je veux te rappelller ce précepte d'Horace : Qu'on ne peut, sans errer, ni rester en-deça ÎDu terme mitoyen, ni passer au-delà. (/) Lorsqu'à mauvais dessein quelqu'un sur toi s'avance. €ontente-toi toujours d'une juste défense : Toujours, de ton rival, pour plaire aux bons esprits, Épargne la personne, en blâmant ?es écrits.

Encor, quant aux écrits, convient-il d'être juste ; De ne point voir Octave, alors qu'on lit Augçste ; (g) De ne point ressembler à ces écrivailîeurs, Marteleurs du bon-sens, éternels criailleurs,

(/) Est modus in rehus, sunt certi àeniqite fims^ Quos vltrà citràque nequit consi^îere rectum.

(g) On sait que le cruel Triumvir Octave et le comparativement bon Empereur Auguste, ne sont qu'un seul et même individu. Auguste a écrit en prose et en vers ; mais il ne nous reste presque rien de ses ouvrages. Ma pensée est qu'il faut juger d'un écrit par ce qu'il est en lui-même, et non d'après la haine ou l'amitié qu*"on peu\ avoir pour son auteur.

Qui, sans discernement et sans critique aucune,

Scm))lent, comme les chiens, aboyer à la lune ;

Trempent, pour un ami, leur plume dans le miel-

Et pour un ennemi, la remplissent de fiel ;

Sur un mot du premier sottement s'extasient,

Et, sans entendre l'autre, impudemment s'écrient ;

" Mensonge ! absurdité ! " Dans l'âge dit moyen,

Un prêtre est accusé d'être manichéen ;

A jour fixe, il paraît ; parle pour sa défense :

Du langage qu'il tient le tribunal s'offense ;

Refusant d'écouter plus longtem.s son discours,

Et se faisant pour lui rolontairemcnt sourds,

Les juges, de leurs mains, se bouchent les oreilles,

Pour s'écrier, après : " Faussetés sans pareilles ! "

Ainsi font des écrits nos ignorants brailleurs ;

Ce sont areugles-nés décidant des couleurs :

Leur critique est risible, autant qu'elle est commode^

L'exagération, chez-nous, trop à la mode, Est encore un défaut que doit fuir, éviter, L'auteur qui reut se fah'e applaudir, respecter. Des gens instruits, s'entend. Parlant à l'ignorance, Tel, d'un ton triomphant, crie à l'extravagance, Au crime, au déshonneur, pour des opinions, S'exténue et s'épuise en exclamations, Sur des faits ambigus, des questions abstruses^ Donnant ses notions pour sciences infuses, Tel autre maintiendra que penser autrement, C'est mériter la tar*:, ou du moins le carcan. D

Et d'où vient, réponds-mci,. cette étrange manie> Ce fol emportement, cette énerguménie, (//) Ce langage en crîrie, en fureur converti? C'est, à n'en point douter, de l'esprit de parti ; Esprit qui fait que Thomme, au lieu de parler, beugle, Pour le vrai, pour le juste, est sourd, devient aveugle; Foule aux pieds le devoir, l'honneur, la vérité. Et, parfois, est conduit jusqu'à Talisurdité ; Surtout, quand; jusqu'au bout voulant pousser sa pointe, îl se prend à quiconque à droit le ccntrepcinte : Comme il ne peut, alors, vaincre en argumentant, Son recours est d'aller en gros-mots s'emportant.

Si ce travers se change en esprit de famille, Four l'auteur étranger évoquant la Bastille, S'il pe«t, sur ses écrits, qu'il vous peint tout en noir, L'écrivain famiUier portera l'éteignoir.

O.MAR, pour son Koran, met le savoir en cendre, (i)

C'est encore un travers, selon moi, de prétendre. Ainsi qu'un Turc pourrait faire en son bachalic, Sur son goût, quel qu'il soit, régler ceux du public ; Proclamer qu'un braillard avec goût se fait lire ; Si l'en goûte Çhei-hols, voulo-ir que je l'admire ;

(/;) Enevfri'rrJnîf., venant à'énerpimtne, est encore un terme de mon invention. Je l'ai employé en p; ose en plusieurs oceaslons.

(i) Omar, second calife des musulmane, et î^endre de Mahomet s'étant rend'i maître d'Aléxandiie, fit b;-uipr la belle bibliothèque de cette viile, en disant à ceux qui voulaient l'en détourner : « Si ces livres ne contiennent gue ce qu'il y a dans le Koran, il.-? sont inutiles ; s'ils renferment quelque chose qui y soit contra're, ils sont dangereux : dans l'un ou l'autre cas,, il faut les déiiuirc.»

es

Dire, non pas, « Je sens, a mais, « Messieurs, rous sente?,.

Ou, a d'admiration vous êtes transportés ;

« Vous tressaillez de joie :» ou, dans le sens contraire,

« Ce maussade écrivain vous met tous en colère.»

Nous goûtons ! détestons ! Eh î mais, qu'en savez-rous ?

Pensez pour vous, monsieur ; nous penserons pour nous.

Le critique devient un censeur ridicule.

S'il veut, bizarrement, donner de k férule

A son contemporain, qui peut, sans le savoir,

Redire un vers, un mot, qu^ailleurs il a cru voir.

Avant de prendre en main la plume pour écrire,

Faut-il donc avoir lu tout ce qui s'est pu dire ;

Devrais-je crier : blanc, quand on a crié : noir,

Ou dire trébucher, parce qu'on a dit choir ;

Et lorsque je pourrais m'exprimer avec grâce,

Joindre ensemble des mots qui se font la grimace ?

Où tel autre fut doux, faut-il que je sois dur ;

S'il parla clairement, que je devienne obscur ;

Ou, de peur de puiser, boire à la même source,

Qu'à tout m.oment, j'arrête ou détourne ma course ?

« Un autre a dit la chose avant vous.»— Je vous croi ;

Mais c'est que, par hazard, il vécut avant moi :

Je l'eusse dite avant, avenu le contraire.

Faut-il donc approuve/ lecrivain plagiaire?

Non, mais qui nomme-t-on plagiaire écrivain .'

Celui qui pille, prend et dérobe sous main ;

Qui pendant son larcin, avant, après, se cache.

Cet homme, ù mon avis, est un poltron, un lâche ;

Un pauvre, paresseux et digne de mépris,

Qui ne possède rien que ce qu'il a surpris D2

Mais faut-il, entre nous, appeller pL-igiaire

L'auteur parlant, parfois, de la même manière

Qu'un auteur plus ancien, traitant mêmes propos '

Des plumes ce serait ordonner le repos ;

Et, si pour quelques uns l'ordre était salutaire,

Il n'en serait pas moins à la raison contraire.

Est-ce plagiatj si, rarement, ingénu,

J'imite ou reproduis un écrivain connu r

Non, de mon procédé quiconque, alors, s'offense

Est fâché que je fasse honneur à sa science ;

Que je le croie, au moins, un érudit lecteur.

Qu'au Canada, soudain, apparaisse un auteur.

Libre de préjugés, modéré, véridique,

Guidé par l'amour vrai de la chose publique ;

Je dirai que son livre, admiré des lecteurs.

Est souvent, chez Bo-voiak, (j) entourré d'acheteurs;

Eit ma muse sera, pour la chose, honnie,

Et dite plagiaire, à bon droit ! Je le nie.

Je conseille, pourtant, au moderne écrivain,

Copiant de mémoire, ou le livre à la main,

De dire à son lecteur, par des lettres penchées^

Des choses qu'il transcrit : Là, je les ai chercJiées.

Il fera mieux encor, si ses extraits sont longs.

De nommer ses auteurs par leurs noms et surnoms.

( j) Quelques années plus tard, j'aurais dit : Est souvent, chez Bossange, k.c. Je dirais présentement . Est souvent, chez Dufort, Sac. ou, Eàt. chez Faeke, souvent, entoturé d'acheteurs.

vilaisy lui chercher cLicane, eu lui faire la niche, Si d'un autre, chez lui, l'on Iroure un hémistiche, Ou deux, et pour cela vouer son livre aux vers, C'est se rendre risible, en jugeant de travers.

Celui-là, plus encore, à mon gré, déraisonne, Qui ju2;e d'un écrit sur l'air de la personne ; Sur sa religion, son pays. De quel droit ? Qu'il soit petit ou grand, laid ou beau, courbe ou droit ; Qu'il ait, comme Magot, la figure grotesque, ^

La démarche, le port, ou le maintien burlesque ; Qu'il se dise gallois, écossais, canadien ; Qu'en sa religion, il soit juif ou chrétien. Qu'il suive les leçons de Genève ou de Rome ; Ce n'est pas sur ce point qu'il faut juger d'un homme, D'un écrivain, surtout, en pays tolérant. (J) Voici, sur ton auteur, quel est "mon jugement:

Quand, voyant de sang-frcid quatre-vingt-dix-neuf crimes. Il dit qu'un Breton mort demande cent victimes ; (k) Lorsque, calomniant et son peuple et son roi, ïl les peint sans pitié, sans honneur et sans foi ; (/) Ou, lorsque, respirant le meurtre et le carnage, Conseillant la vengeance, et l'horreur et l'outrage,

(j) Je suis bien éloigné d'approuver îe manque de patriotisme, ou de louer l'indifférence en tait de reliofion ; mais je ne peux m'empêcher de trouver ridiculo et injuste de reprodicr publiquement à un homme, comme on l'a fait à l'gpoque dont il s'acit ici, [1813 et H,] et depuis, et le Ijeu de sa naissance, et la croyance qu'il a héritée de 'ses pères ; surtout dans un pays dent la population se compose, de tant de nations et de sectes -différentes.

(k) A l'occasion des représailles.

{l) Virtuellement et par induction, s'entond ; et non sans dout» intentionnellement et airectcment.

Il trouve impertinent qu'aux Hurons, Iioquois,

Dans leur guerre pour nous, l'on impose des lois,

Je oîindigne à bon droit. Mais, quoiqu'il puisse dire^

S'il fait fréniir, parfois, plus souvent, il fait rire :

Dans un tissu grossier de contradictions,

Le vrai même, chez lui, prend l'air des fictions .

Quand il donne au vaincu douze fois plus de gloire,

Que n'en a le vainqueur, au jour de la victoire ; (m)

S'il prédit le passé, raconte l'avenir^

D'un ton gravement sot, je n'y puis plus tenir.

Pourtant, dans ce qu'il dit, soit en vers, soit en prose. En réprouvant beaucoup, j'applaudis quelque chose : Dil-il qu'il faut ici plus d'argent, de soldais ; .Je suis de son avis, l'approuve, et ne ris pas : Soutient-il, défend-il notre brave milice ; Que ce soit franchement, par humeur, par caprice. Qu'importe à moi, lecteur ? l'écrivain soit béni ! Quoiqu'il en soit, enfin, je me tais, j'ai fini.

Qr:) A roccasion du combat naval sur le lac Erié.

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DECÎPLMUR SPECIE r.ECTI.

Tu veux, cher L. .s. .g. ., que je dise pourquoi L'oa voitj chez les humains, si peu de bonne-foi, D'accord, de vériïé, de candeur, de droiture. . . . C'est qu'ils s'écartent trop de la simple nature; C'est qu'ils sont gouvernés par la présomption, L'absurde préjugé, l'aveugle passion ; C'est que, la grande part, malgré leur défiance, Pensent, jugent d'après la trompeuse apparence.

L'erreur est le revers de la réalité^ Et ce revers, au fond, est une absurdité. Excusons, néanoioins, l'erreur involontaire : Elle est souvent le fruit d'un esprit débonnaire ; Mais volontaire ou non, de l'erreur sont venus Les étranges travers en ce monde connus. Presque toujours, l'erreur provient de l'apparence i D'où, l'établigseîiieht d'une absurde croyance, Lorsque l'homnne sur elle assied ses jugemeos, Et ne corrige point les erreurs de ses sens. Quelles absurdités astronomo-pbysiques Ne rciicontre-t-on pas dans les fastes antiques ? Reportons nos regards à quelques milliers d'ans, Et voyons le savoir des hommes de ces temps.

La terre est un plateau, le ciel une cfliotte, î^'étoile un cbu d'argent, légère papillott^^

À la vieillesse, au temps sujette â succomber,

Et que l'homme, à ses pieds, très souvent, voit tomber

Du ciel, en peu d'instans, si courte est la distance !

Et, de fiit, si petite en est la conséquence !

Ce n'est pas le soleil qui fait naître le jour ;

Mais, parce qu'il fait clair, le soleil fait son tour i

L'oséan touche au. ciel, et le soleil, dans Tonde,

Va se reposer, las d'avoir lui sur le monde.

On le voit au matin ; mais par où revient-il ?

C'est un mystère dont nul n'a tenu le fil ;

Ou qu'on explique, ainsi qiie ce savant raodeYne,

Qui veut qu'il soit, de nuit, une obscure lanterne,

Revenant sur ses pas, et rebroussant chemin,

Pour reparaître au jour qu'amène le matin.

La nuit est chose dont la plénitude embrasse

L'immensité du monde, et remplit tout l'espace.

Toutefois, ce penser, amené par le soir,

Doit devenir douteux, quand il ne fait plus noir.

Dans ce grossier système, il n'est point de planètes ;

Jamais on n'y pâlit, à l'aspect des comètes.

Mais, la terre, sur quoi la fait-on reposer?

Sur l'eau ; pour s'en convaincre, il suffit de creuser.

Soit : mais enfin, cette eau, sur quoi repose-t-elle .''

C'est ce dont aucun n'a de certaine nouvelle.

Selon d'autres penseurs, le monde est un bocal,

Et la terre remplit la moitié du cristal.

Alors, on voit pourquoi ne tombe point la terre :

Mais qu'est-il au-delà de ce monde de verre ?. . . ,

Ces erreurs, il est vrai, soat d\i peuple ignorant ; Passons, pour trouver mieux, chez le monde saTiuit= Revenant au soleil, qui croirait que Luci:ece (a) Le fait naître, au matiu, d'une vapeur épaisse, Et prétend qu'il n'est pas plus grand qu'il ne paraît ? Inconcevable erreur d'un auteur souvent vrai. (6) C'est ignorer en tout les règles de l'optique ; C'est méconnaître un fait connu par la pratique. Cette erreur, un rustaud la pourrait relever, Quand, matinal, il voit le soleil se lever Derrière une maison, ou derrière une grange. Pour à droit, la taxer et d'absurde et d'étrange, Est-il besoin qu'on soit érudit ou savant, Et ne peut-on juger combien cet aôtrvj est grand. Lorsque, portant la vue, au loin, dans la campagne. On le voit se lever derrière une montagne r C'est ainsi, qu'en la Grèce, assex anciennement, Un auteur, (c) lui donnant certain éloignement Bien moindre que le vrai, calculait à son aise, Qu'il était aussi grand que le Péloponnèse, (d) C était peut-être assez pour un siècle ignorant. Mais comment expliquer le tourbillonnement

(a) Philosophe romain, qui a consirrnî? rians sorj pioéme De rentm naturel, les doctrines physiques de Démocrite eî d'Éf iclre.

(b) Les sectateurs de Démocrite et d'Épiciire sont à peu près les seaîs, parmi les anciens, qui aient étudié la physique, et qui y aient entendu quelque chose.

(c) AxAXAGORr, de Clazomène, en lonie. Il virait environ 500 ans avant l'ère chrétienne.

('^) Presqii'ile de la Grèce, à peu près circuîair-e, et d'cnriroii 43 Iieuc3 de diamètre.

De rimmense univers, tandis qu'an point repose, jEt voit autour de soi circuler toute chose ; L'étrange cahos fait pour l'amour de ce point ; De lui soumettre tout, le plus qu'étrange soin? Ridicule produit de l'humaine sagesse.

De là, l'absurdité des fables de la Grèce ; Ses hommes de cent pieds escaladant les cieux, Et de3 fils de mortels faisant la guerre aux dieux ; L'univers tout entier, formant un triple monde, Se composant du ciel, de la terre et de l'onde ; L 'infiniment petit et rinfiniment grand, En opposition, se contrebalançant :

Petit et grand, dans leur posiiion réelle ; Mais presque égaux entreux dans îliuraaine cervelle.

Mais oft fait des progrès : au lieu d'un firmament Où se trouve attaché chaque point éclatant, Qu'en langage commun, nous appelions étoile, Et d'oà la pluie, ainsi qu'à travers une toile, Nous vient, Ton a sept cieux l'un sur l'autre posés ; Et ces cieux, il faut bien les croire composés De certains élémens de matière solide ; Et tous ces cieux nouveaux circulent dans le vide. Cent milliards de fois plus vites que le plomb Que la poudre enflammée a chassé du canon, (e)

(e) Dans la réalité, si le moiMTmcnt dont il pet ici parié avait effectivement eu lieu ; mais non dans la pensée des hommes do c^s temps là, qui n'avaient aucune idée de l'immense éloignemeEt ées étoiles fixes.

Suivant le bruit commun, tous ces cieux sont de verre Leur tournoîmc-nt se fait autour de notre terre, Comme de juste droit, et quoique se touchant, Nul accident fâcheux ne suit du frottement !

DirTéremment placée en notre rend couvercle, Chaque étoile, par nuit, décrit un demi-cercle. Petit ou grand, selon sa situation.

Dans cette humaine (/) loi de circulation, Tandis qu'un astre avance et qu'un autre retarde, Notre étoile polaire, en repos, les regarde Aller, l'un à pas d'oie, et l'autre, de géant : Tant la tâche leur est faite inégalement.

C'est assez; laissons-îà cette étrange physique ; Voyons, chez les humains, les mœurs, la politique ; Remontons à mille ans, pour voir, en premier lieu, Ces étranges erreurs, ces Jugemens de Dieu, Où l'homme écervelé, par un nouvel oracle, Commande, en maître, au" Ciel d'opérer un miracle. De ses crimes alors on crut se nétoyer Par l'or que l'on pouvait à l'église payer. Plus tard, on crut pouvoir régir les consciences, A plaisir, et, de droit, commander les croyances, Comme choses de choix : d'où l'Inquisition ; Les jugemens de mort pour une opinion ; La persécution, qui, pour sauver les âmes, Met, par compassion, les corps en proie aux fiâmes ;

(/) Imaginée on eruc réelle par les hommes, « d'après la trompeuse apparence.»

i.es auteurs condamnés au feu, pour leurs écriU ; Les Yaudois massacrés, les Huguenots proscrits. . . ,'

Pour ces faits, l'habitant de la Grande-Bretagne, Assez inconséquent, blâme surtout TEspagne : L'Espagne fut en proie à l'Inquisition ; Mais par le fait ancien des maîtres d'Albion, L'Hibernie (g-) est encore en proie à chose pire : On ne finirait point, si Ton voulait redire Quel affreux traitement ce pays a souffert, Comme il est devenu pour son peuple un enfer ; Et comme les fureurs d'un esprit fanaMque Y viennent, constamment, troubler la politique. Se nourrissant ailleurs de contradictions, La politique, ici, consiste en factions, Toujours, s'apostrophant d'un infernaîlangage, Prêtes Tdne sur l'autre à décharger leur rage ; Et les brûlants fauteurs du Pape ou de Luther, S'ils ne s'égorgent pas, se donnent à Tenfer. (A)

Dans ce cahos moral, ce désordre civique, Plaignons, surtout,, plaignons le sort du catholique : En butte à tous les maux, potir sa religion. Il fait réaliser la fable du lion Absous, quoique mangeur de brebis, de bergère, Et de l'âne meurtri, pour herbe potagère Mangée en cheminant. Pour les^délits ccmniis, L'orangiste est toujours jugé par ses amis,

(ç) L'Irlande.

(A) Se maudissent, sq damnent, en traduisant kttérakmeftt l'expression anglaise.

Par ses co-sectatetir» : cependant qu'an contraife» Le papiste a souvent pour juge un adversaire ; Et, pour comble de mal, ce qu'on pardonne à Tu» Est, dans Tautre, taxé de crime outre-commun. Pour le papiste sont double dîme, surtaxe, Gène, restriction. Les enfans de la Saxe (i) De rirlande voulaient la dégradation ; Tout ce qu'ils ont produit, c'est son oppression ; D'un côté, des tyrans, de l'autre, des victimes J De l'une et l'autre part, des outrages, des crimei ; Tant est grande partout l'exaspération.

Tel est le fruit amer de l'exaltation.

Sans dérouler encor les fastes de la Chine, Des Indes, du Japon et de la Cochinchine, En Europe, combien outrent la vérité, Et se tiennent à l'une ou l'autre extrémité ? L'intolérant bigot ne voit que spinosistes ; Le despote ombrageux n'appercoit qu'anarchistef j L'anarchiste partout n'appercoit que tyrans ; Et l'athée, à son tour, ne voit que flagellans ; Si diverse, partout, se montre la folie. Laisstmt à part le Nord, l'Espagne et l'Italie, En France, maint auteur veut que, passivement, A tout ordre donné l'on soit obéissant; Maintient que peuple libre est chose détestable, Qjue constitution est doctrine damnable ;

[i] On sait que la plus grande partie des modernes habitani de l'Angleterre proprement dite descendent des ancien! Sajoûf, ll»'«^t ici de» Anglais d'il y a deux ou trois siècle», D

Que tout monarque, en£n, est au-dessus deslois,

Et que, nés pour servir, les peuples sont sans droits i

Différent de celui, qui, dans son vieux langage,

Patriote éclairé, philosophe, vrai sage,

Ne va pas, hautement, d'un ton de Richelieu, (j)

Pour vaincre, s'écrier : « Tout pouvoir vient de Dieu ;>

Mais dit modestement : Le iieuple fait les princes^

Les princes ne font pas leur peuple et leurs province» ;

Il existe sans roi plus d'une nation ;

^ais un roi sans sujets rCest plus roi que de nom ;

C'est un adorateur du pouvoir arbitraire.

Maint autre, s'égarant dans le sentier contraire. Et contre le pouvoir saintement s'insurgeant, (k) Prétend qu'on peut, sans crime, égorger un tyran j Mais ce tyran, souvent, lui-même il se le forge, Et lui plonge, trompé, le poignard dans la gorge. Les membres exaltés de la Convention Se massacrent entr'eux pour une opinion Émise ou soupçonnée. O misère de l'homme, Qui pour un geste, un mot, se maudit ou s'assomme, Et se rend mille fois plus malheureux encor Qu'en Fappellant céans, ( 0 "^ l'ordonna le sort!

(j) Nom d'un premier ministre de France du caractère leplua hautain et le plus despotique. Le poète dont il s'agit ici, est Jean Auvray, avocat au parlement de Normandie, né en 1520 et mf rt en 1633.

(k) L'obligation pour le peuple de s'insurger contre un pouvoir qu'il croit oppresseur, ou dont il est mécontent, était un dea ccgmes politiques des anarchistes de France, pendant la révolulion ; mais la coupable doctrine de l'assassinat licite d'un tyran, ou d'un s uverain qu'on croit pouvoir appeller de ce nom, date du temps de la Ligue.

{l) Ici, sur la terre considérée comme la demeure des homme*.

infinis sont les maux qu'ici bas il fait naître,

Quand il a le malheur de ne se point connaître ; {m)

S'il ne sait point placer chaque chose en son lieu.

Ni ne peut se tenir dans un juste milieu.

En lui, se montre alors un animal féroce ;

Et l'on peut en attendre un traitement atroce ;

Ou. si l'on n'en est point assailli, tourmenté,

C'est manque de pouvoir, plus que de volonté.

Mais, malheur aux humains, si la toute-puissance (n)

Favorise, soutient l'esprit d'intolérance :

D'incalculables maux l'état sera troublé ;

Un pays florissant, appauvri, dépeuplé :

Le fanatisme, alors, se croyant infaillible,

Ou, toujours dans son sens interprétant la bible,

Commande à tout mortel de penser comme lui,

A moins qu'il ne veuille être au supplice conduit.

Qui croirait qu'on a vu, jadis, en Amérique, Régner, chez l'anglican, la rage fanatique ; Que des hommes proscrits pour leur religion y montrèrent l'esprit de persécution; Et que, mis hors la loi, bannis pour leur croyance, D'autres furent en proie à leur intolérance .'* CathoHques-romains, indépendans, quakers, Étaient, dans leur esprit, les suppôts des enfers,

(m) La grande maxime de Thales, l'un des sept Sages de la Grèce, était que es qu'il y avait de plus utile pour l'homme, c'était dd BS conaaitre lui-ménne. En effet, c'est souvent faute de se connaître soi-même ; c'est pour sa croire plus savant, plus sage, S lus vertueux que les autres, qu'on en juge autrement qu'on no evrait ; qu'on les calomnie ; qu'on les persécute, enfin, si l'on en a le pouvoir.

(n) Le gouvernement.

Et devaient expier, dans le tourment deS; flâinci. D'avoir, par Thérésie, ainsi danané leurs âmes. Suivant les pas trompeurs d'ignorants devanciers, îls se croyaient partout entourrés de sorciers ; Et, pensant venger Dieu, leur foi, leur lithurgie, Bruliiient vieillards, enfans et femmes, pour magie.

Qui ne déplorerait le malheureux destin, Le tragique décès de Suza>->-e Martin ! D'un honnête bourgeois Suzanne était la fille ; Mère d'une nombreuse et croissante famille, Elle en était la joie ; et son heureux époux De son bonheur rendait ses citoyens jaloux. Charitable à propos, modeste, aceorte, afifable, A l'entière cité Suzanne était aimable ; Et comme exemple à suivre, on invoquait son nom, Mais tôt, au déshonneur du peuple de Boston, (o) Le fanatisme, aidé de la cruelle envie, Vint mettre un terme horrible à son heureuse vie. Dans un concitoyen, vil calomniateur.

Cette femme de bien trouve un accusateur : A l'entendre, Suzanne, indigne pécheresse, Doit sur elle appeller la foudre vengeresse. On l'arrache, aussitôt, des bras de son époux ; On,rentraine au cachot, sous d'indignes verroux : Le peuple fanatique en témoigne sa joie ; Le tribunal de sang se saisit de sa proie.

(o) Elle était de Salem, dans l'état, alors la colome do MaiM<chusetts, dont Boston était la capitale.

Des témoins appelles vn petit nombre, enôn, Jurent qu'elle a fait pacte avec l'esprit malin. C'en est assez ; Suzanne, à la mort condamnée, Va se voir au supplice indignement trainée. Pour la femme de bien, trop t6t, le jour fatal Arrive ; mais, trop tard, pour le peuple brutal. Près de mourir, Suzanne, en femme vraiment forte. Aux Juges s'adressant, leur parla de la sorte : —

« Juges, peuple, écoutes : quand, près de ce bûcher» « Je déclare n'avoir rien à me reprocher ; « Ma situation doit me rendre croyable. « Des calomniateurs ont dit qu'avec le diable « J'avais fait pacte : hélas ! si l'homme et le démon « Peuvent entr'eux s'entendre, et former liaison, « Je l'ignore ; mais Dieu connaît mon innocence. «Lorsque je parle ainsi, peut-être que j'ofîense «Vos parjures tém.oins, auteurs de mon trépas. . . . ■ Eux! non, reprenons-nous, ne les accusons pas; « Mais vous, quand, abusant d'une puissance auguste» < Vos sacrilèges mains versent le sang du juste. « Serais-je indifférente et sans ressentiment, « Quand vous trempez vos mains dans mon sang innocent? « Que puis-je souhaiter à tous tant que vous êtes, « Si ce n'est que ce sang retombe sur vos têtes .^ « Mais non sur vos enfans . . . Ah ! malheureux témoins t « Par votre indigne fait, durant un temps, au moins, « Mes enfans, juste ciel ! rougiront de leur mère ; « Et croiront, abusés, qu'elle mourut sorcière . , . « Désolante pensée. . . . Ah ! si du moins mon sang

« Pouvait leur inspirer un autre sentiment ! E3

« Si, rcTenant enfin de leur erreur grossière».

« De Suzanne ils faisaient leur victime dernière !. —

» Oui, oui,^ viendra le temps, où, las de ces horreur»»

« Vous abjurerez tous vos funestes erreurs.

« Mon innocence, alors, vous sera révélée :

« Dieu m'en donne l'espoir, et je meurs consolée.»

Ce discours foudroyant ne les sut point toucher; Et Suzanne finit ses jours sur le bûcher.

Heureux le Canada : de ces erreurs fatales Jamais il ne souilla ses antiques annales. Et jamais il ne vit un fanatisme ardent D'un crime imaginaire accuser Tinnocent, Le condamner à mort, le conduire au supplice. Non, la religion y fut consolatrice ; Y conserva des mœurs Taimable aménité, ï;t ne s'arma jamais d'un pouvoir redouté.

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