Le roi de Danemark, glorieusement régnant
2. M. de Saint-Lambert, mestre de camp, auteur du charmant pc£roe ■ des Saisons.
3. M. Delille, auteur d'une traduction des Géo) gitjues/xïka-esiimé* £&• gens de lettres.
ÊPiTftES. 211
Maintiennent notre gloire à TOpéra-Comique ; Tout le reste est passé, le sublime est gothique. N'expose point ta muse à ce peuple inconstant.
Les Frérons te loueraient pour quelque argent comptant; Mais tu serais peu lu, malgré tout ton génie, Des gens qu'on nomme ici la bonne compagnie.
Pour réussir en France il faut prendre son temps. Tu seras bien reçu de quelques grands savants, Qui pensent qu'à Pékin tout monarque est athée *, Et que la compagnie autrefois tant vantée, En disant à la Chine un éternel adieu, Vous a permis à tous de renoncer à Dieu.
Mais, sans approfondir ce qu'un Chinois doit croire, Séguier * t'affublerait d'un beau réquisitoire ; La cour pourrait te faire un fort mauvais parti, Et blâmer, par arrêt, tes vers et ton Changti.
La Sorbonne, en latin, mais non sans solécismes, Soutiendra que ta muse a besoin d'exorcismes : Qu'il n'est de gens de bien que nous et nos amis; Que l'enfer, grâce à Dieu, t'est pour jamais promis. Dispensateurs fourrés de la vie éternelle, Ils ont rôti Trajan et bouilli Marc Aurèle.
Ils t'en feront autant, et, partout condamné, Tu ne seras venu que pour être damné.
Le monde en factions dès longtemps se partage;
1. Une faction dans Paris a soutenu pendant trente ans que le gouvernement de la Chine est athée. L'empereur de la Chine* qui ne sait rien des sottises de Paris, a bien confondu cette horrible impertinence dans son poème, où il parle de la Divinité avec autant de sentiment que 4e respect.
2. Avocat général qui a fait trop d'honneur au livre du Système de la nature, livre d'un déclamateur qui se répète sans cesse, et d'un très grand ignorant en physique, qui a la sottise de croire aux anguilles de Needham. T l vaut mieux croire en Dieu avec Epictète et Marc Aurèle. C'est une grande consolation pour ia France que ce réquisitoire n'attaque que aes livres anglais.
Slï POÉSIES DE VOLTAIRE.
Tout peuple a sa folie ainsi que son usage :
Ici les Ottomans, bien sûrs que l'Éternel
Jadis à Mahomet députa Gabriel,
Vont se laver le coude aux bassins des mosquées 1 ;
Plus loin du grand lama les reliques musquées *
Passent de son derrière au cou des plus grands rois.
Quand la troupe écarlate à Rome a fait un choix, L'élu, fût-il un sot, est dès lors infaillible. Dans l'Inde le Veidam, et dans Londres la Bible 3 , A l'hôpital des fous ont logé plus d'esprits Que Grisel 4 n'a trouvé de dupes à Paris.
Monarque, au nez camus, des fertiles rivages Peuplés, à ce qu'on dit, de fripons et de sages, Règne en paix, fais des vers, et goûte de beaux jours; Tandis que, sans argent, sans amis, sans secours. Le Mogol est errant dans l'Inde ensanglantée, Que d'orages nouveaux la Perse est agitée, Qu'une pipe à la main, sur un large sofa Mollement étendu, le pesant Moustapha Voit le Russe entasser des victoires nouvelles Des rives de l'Araxe au bord des Dardanelles, Et qu'un pacha du Caire à sa place est assis Sur le trône où les chats régnaient avec Isis.
Nous autres, cependant, au bout de l'hémisphère, Nous, des Welches grossiers postérité légère, Livrons- nous en riant, dans le sein des loisirs, A nos frivolités que nous nommons plaisirs;
1. Il est ordonné aux musulmans de commencer l'ablution par le coude. Les prêtres catholiques ne se lavent que les trois doigts.
2. Il est très-vrai que le grand lama distribue quelquefois sa chaise percée à ses adorateurs.
3. 11 n'y a point de pays où il y ait eu plus de disputes sur la mine qu'à Londres, et où les théologiens aient débité plus de rêveries, deDuis Prinn jusqu'à Warburton.