Catherine
S'il vaut mteux dans ce monde être pape que roi.
S'il est encor plus doux d'être obscur comme mo!,
Des déserts du Jura ma tranquille vieillesse
Ose se faire entendre à ta sage jeunesse;
Et libre avec respect, hardi sans être vain,
Je me jette à tes pieds, au nom du genre humain.
Il parle par ma voix, il bénit ta clémence:.
Tu rends ses droits à l'homme, et tu permets qu'on pense.
Sermons, romans, physique, ode, histoire, opéra,
Chacun peut tout écrire; et siffle qui voudra.
Ailleurs on a coupé les ailes à Pégase.
Dans Paris quelquefois un commis à la phrase Me dit : « A mon bureau venez vous adresser:
Sans l'agrément du roi vous ne pouvez penser. Pour avoir de l'esprit, allez à la police ; Les filles y vont bien, sans qu'aucune en rougisse : Leur métier vaut le vôtre, il est cent fois plus doux; Et le public sensé leur doit bien plus qu'à vous. »
C'est donc ainsi, grand roi, qu'on traite le Parnasse,. Et les suivants honnis de Plutarque et d'Horace ? Bélisaire à Paris ne peut rien publier J , S'il n'est pas de l'avis de monsieur Bibalier.
Hélas ! dans un État l'art de l'imprimerie Ne fut en aucun temps fatal à la patrie.
1. Le chapitre quinzième du roman moral de Bélisaire passe en général pour un des meilleurs morceaux de littérature, de philosophie, et de vraie piété, qui aient jamais été écrits dans la langue française. Son succès universel irrita un principal de collège, docteur de Sorbonne, nommé Bibalier, qui, avec un autre régent de collège, nommé Coger, souleva une grande partie de la Sorbonne contre M. Marmontel, auteur de c* •* ouvrage. Les docteurs cherchèrent pendant six mois entiers des propositions malsonnantes, téméraires, sentant l'hérésie. Il fallut hier qu'ils en trouvassent. On en trouverait dans le Paler noster, en transposant un mot, et en abusant d'un autre.
La Faculté fît enfin imprimer sa censure en lutin comme entruAcem et elle commençait par un solécisme. Le public en rit, et bientôt et» n'en parla plus.
ÊPITRES. 215
Les pointes de Voiture 1 , et Forgueil des grands mots Que prodigua Balzac assez mal à propos, Les romans de Scarron n'ont point troublé le monde Chapelain ne fit point la guerre de la Fronde. Chez le Sarmate altier, la Discorde en fureur*, Sous un *o\ sage et doux, semant partout l'horreur; De l'empire ottoman la splendeur éclipsée, Sous l'aigle de Moscou sa force terrassée, Tous ces grands mouvements seraient-ils donc l'effet D'un obscur commentaire ou d'un méchant sonnet ? Non, lorsqu'aux factions un peuple entier se livre, Quand nous nous égorgeons, ce n'est pas pour un livre.
Hé! quel mal après tout peut faire un pauvre auteur ? Ruiner son libraire, excéder son lecteur, Faire siffler partout sa charlatanerie, Ses creuses visions, sa folle théorie.
Un livre est-il mauvais, rien ne peut l'excuser; Est-il bon, tous les rois ne peuvent l'écraser. On le supprime à Rome, et dans Londres on l'admire; Le pape le proscrit, l'Europe le veut lire.
Un certain charlatan, qui s'est mis en crédit, Prétend qu'à son exemple on n'ait jamais d'esprit, Tu n'y parviendras pas, apostat d'Hippocrate; Tu guériras plutôt les vapeurs de ma rate.
1. Voiture, qui fat frivole, et qui ne chercha que le bel esprit, Balzac qui fut toujours ampoulé, et qui ne dit presque jamais rien d'utile, eurent une très-grande réputation dans leur temps ; Chapelain en eut encore davantage : ils étaient les rois de la littérature. Les querelles dont ils furent l'objet ne servirent qu'à faire naître enfin le bon goût, et ne causèrent d'ailleurs aucun mal.
2. Ce sera aux yeux de la postérité un événement unique, même en
Pologne, qu'une guerre civile si acharnée et si cruelle, sous un roi auquel la faction opposée n'a jamais pu reprocher la moindre action qui pût déplaire dans un particulier. C'est pour la première fois qu'on a vu un roi se borner à plaindre ceux qui se rendaient malheureux eux-mêmes en ravageant leur patrie. Il ne leur a donné que l'exemple de la modération.
Va, cesse de vexer les vivants et les morts ; Tyran de ma pensée, assassin de mon corps.
Tu peux bien empêcher tes malades de vivre, Tu peux les tuer tous, mais non pas un bon livre, Tu les brûles, Jérôme 1 ; et de ces condamnés La flamme, en m'éclairant, noircit ton vilain nez.
Mais voilà, me dis-tu, des phrases malsonnante:», Sentant son philosophe, au vrai même tendantes. Eh bien 1 réfute-les; n'est-ce pas ton métier? Ne peux-tu comme moi barbouiller du papier ?
Le public à profit met toutes nos querelles ; De nos cailloux frottés il sort des étincelles : La lumière en peut naître; et nos grands érudits Ne nous ont éclairés qu'en étant contredits.
Sifflez-moi librement, je vous le rends, mes frère*» Sans le droit d'examen, et sans les adversaires, Tout languit comme à Rome, où depuis huit cents au* Le tranquille esclavage écrasa les talents.
Tu ne veux pas, grand roi, dans ta juste indulgence, Que cette liberté dégénère en licence; Et c'est aussi le vœu de tous les gens sensés : A conserver les mœurs ils sont intéressés; D'un écrivain pervers ils font toujours justice.
Tous ces libelles vains dictés par l'Avarice, Enfants de l'Impudence, élevés chez Marteau 9 , Y trouvent en naissant un éternel tombeau.
Que dans l'Europe entière on me montre un libelle Qui ne soit pas couvert d'une honte éternelle,