Célèbre médecin de Lausanne, capitale du pays roman
A sortir d'une vie ou triste ou fortunée,
En rendant grâce aux dieux de nous ravoir donnée»
Aussi lorsque mon pouls, inégal et pressé,
Faisait peur à Tronchin, près de mon lit placé;
Quand la vieille Atropos, aux humains si sévère,
Approchait ses ciseaux de ma trame légère,
Il a vu de quel air je prenais mon congé;
Il sait si mon esprit, mon cœur était changé.
Huber 1 me faisait rire avec ses pasquinades,
Et j'entrais dans la tombe au son de ses aubades.
Tu dus finir ainsi. Tes maximes, tes vers, Ton esprit juste et vrai, ton mépris des enfers*, Tout m'assure qu'Horace est mort en honnête homme. Le moindre citoyen mourait ainsi dans Rome.
Là, jamais on ne vit monsieur l'abbé Grisel Ennuyer un malade au nom de l'Éternel; Et, fatiguant en vain ses oreilles lassées, Troubler d'un sot effroi ses dernières pensées.
Voulant réformer tout, nous avons tout perdu. Quoi doncl un vil mortel, un ignorant tondu, Au chevet de mon lit viendra, sans me connaître, Gourmander ma faiblesse, et me parler en maître! Ne suis-je pas en droit de rabaisser son ton, En lui faisant moi-même un plue sage sermon?
A qui se porte bien qu'on prêche la morale :
Mais il est ridicule en notre heure fatale D'ordonner l'abstinence à qui ne peut manger. Un mort dans son tombeau ne peut se corriger.
1. Neveu de la oélèbre lfU« Huber, auteur de la Religion essentielle à l'homme, livra très-profond. M. Huber avait le talent de faire des portraits en caricature, et même de les faire en papier avec des ciseaux.
2. On devait sans doute mépriser les enfers des païens, qui n'étaient que des fables ridicules ; mais l'auteur ne méprise pas les enfers des chrétiens, qui sont la vérité même constatée par l'Église.
Profitons bien du temps; ce sont là tes maximes. Cher Horace, plains-moi de les tracer en rimes; La rime est nécessaire à nos jargons nouveaux, Enfants demi-polis des Normands et des Goths. Elle flatte l'oreille; et souvent la césure Plaft, je ne sais comment, en rompant la mesure. Des beaux vers pleins de sens le lecteur est charmé. Corneille, Despréaux, et Racine, ont rimé. Mais j'apprends qu'aujourd'hui Melpomène propose D'abaisser son cothurne, et de parler en prose.