‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 3 sur 273 · AVERTISSEMENT DES ÊDITECRS DE KEHL · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DES ÊDITECRS DE KEHL

On trouve dans les Contes de IL de \olti'?* oae j».^*

plus brillante, une philosophie aussi vraie, dlcos nair*:. ii^*

plus relevée et plus profonde que dans ceux d* La F>L*Aae.

L'auteur de Joconde est an voluptueux rezpli d'esprit n de

gaieté, auquel îl échappe, comme malzré lui. q^s/^s :n.»

de philosophie ; celui de VEdmcaiiom d'un primée eita:p ...>-

sophe qui, pour Caire passer des leçons aiî:*r*, a : n* a-„ ;&&*-

que qu'il savait devoir plaire an grand nombre o*s fe-jvrvr*.

Dans un moindre nombre d'ouvrages, les s*.*;. t* sont f > *

variés ; ce n'est pas toujours, comme dans La F>«*i ne. &:>e

femme séduite, ounn mari trompé; la vérii*Li~ a.r^ y e-tt

plus respectée ; la fourberie, la violation des wrT.-riti. l\.

sont point traitées si légèrement. La volupté y >vt ç.* ~* a~

cente ; et à l'exception d'un petit nombre de p.*ri*r* 4er*ap:~>r*

à sa première jeunesse, le ton du libertinage en e« *ùjv f .~.uziA.

banni.

M. de Vol tai !« a fait des satires comme K:îi«*u; et okxsw

Boileau il a peut-être parlé trop souvent de te* *-r^.^L.\ ya-

soonels. Mais les ennemis de Boileau n 'étaieat q^ or-ii Ca

bon goût, et les ennemis de Voltaire furent ceax d^ z^-ire

humain. L'un fut injuste à lézard de Qiicaalt, avi -*r, î. &e

pardonna jamais ni la mollesse aimais à vi t^---. 4 •-.*.,:,.

ni cette galanterie qui blessait l'ias^n^ et i*. ;.»i-^ -s- vm

goût. L'autre fut injuste envers J--J- Rrj^«*aa. a**i* K, ^.-vsn

s'était déclaré l'ennemi des lunJer*-» et dr -a y. .'„.'w>; ;.**«, L

paraissait vouloir attirer la persécution sur ïe» j/.-t *•* ; ',-y. »«*

qui avaient pris sa défense, lorsque lai-m*rïL* *s ai*> -*- i'',8k

jet; mais M. Voltaire fut de bonne foi al*.*l q.e I>«^aa

Ils n'ont méconnu, l'on dans Quinault, l'autre dans Rousseac, que des talents pour lesquels leur caractère et leur esprit ne leur donnaient aucun attrait naturel.

Si M. de Voltaire a pris quelquefois le ton violent et presque cynique de Juvénal, c'est qu'il avait à punir, comme lui, le vice et l'hypocrisie.

Dans le recueil des Poésies mêlées, on a évité d'en multiplier trop le nombre, et d'en insérer qui fussent d'une autre * main. Souvent ce choix a été assez difficile. Dans le cours d'un long ouvrage en vers, il eût été presque impossible d'imiter la grâce piquante, le coloris brillant, la philosophie douce et libre qui caractérisent toutes les poésies de cet homme illustre : son cachet ne pouvait être aussi reconnaissante dans quinze ou vingt vers presque toujours impromptus. 11 était plus aisé, en s'appropriant quelques-unes de ses idées et de ses tournures, d'atteindre à une imitation presque parfaite. D'ailleurs il n'a jamais voulu ni recueillir ces pièces, ni en avouer aucune collection. Celles qu'on en a publiées de son vivant, sous ses yeux, contenaient des pièces qu'il n'avait pu faire, et dont il connaissait les auteurs. C'était un moyen qu'il se réservait pour se défendre contre la persécution que chaque édition nouvelle de ses ouvrages réveillait. 11 attachait très-peu de prix à ces bagatelles, qui nous paraissent si ingénieuses et si -piquantes. L'a- propos du moment les faisait naître, et l'instant d'après il les avait oubliées. L'habitude de donner à tout une tournure galante, ou spirituelle, ou plaisante, était devenue si forte, qu'il lui eût été presque impossible de s'exprimer d'une manière commune. Le travail de parler en rimes avait cessé d'en être un pour lui dans tous les genres où la familiarité n'est point un défaut. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il estimât peu co qui ne lui coûtait rien, et que cette modestie ait été sincère.

CONTES EN VERS

L'ANTIGITON

A M"* LECODVKECR (1714)

O du théâtre aimable souveraine, Belle Ghloé, fille de Melpomène, Puissent ces vers de vous être goûtés !

Amour le veut, Amour les a dictés.

Ce petit dieu de son aile légère, Un arc en main, parcourait l'autre jour Tous les recoins de votre sanctuaire; Car le théâtre appartient à l'Amour :

Tous ses héros sont enfants de Cythère.

Hélas ! Amour, que tu fus consterné Lorsque tu vis ce temple profané, Et ton rival, de son culte hérétique Établissant l'usage antiphysique, Accompagné de ses mignons fleuris, Fouler aux pieds les myrtes de Cypris !

Cet ennemi jadis eut dans Gomorrhe Plus d'un autel, et les aurait encore, Si par le feu son pays consumé En lac un jour n'eût été transformé.

Ce conte n'est de la métamorphose, Car gens de bien m'ont expliqué la chose Très-doctement; et partant ne veux pas Mécroire en rien la vérité du cas.

Ainsi que Loth, chassé de son asile, Ce pauvre dieu courut de ville en ville :

Il vint en Grèce; il y donna leçon Plus d'une fois à Socrate, à Platon;

Chez des héros il fit sa résidence, Tantôt à Rome, et tantôt à Florence; Cherchant toujogj», si bien vous l'observez, Peuples polis et par art cultivés.

Maintenant donc le voici dans Lutèce, Séjour fameux des effrénés désirs, Et qui vaut bien l'Italie et la Grèce, Quoi qu'on en dise, au moins pour les plaisirs. ' Là, pour tenter notre faible nature, Ce dieu paraît sous humaine figure, Et n'a point pris bourdon de pèlerin, Comme autrefois l'a pratiqué Jupin, Qui, voyageant au pays où nous sommes, Quittait les cieux pour éprouver les hommes.

Il n'a point l'air de ce pesant abbé Brutalement dans le vice absorbé, Qui, tourmentant en tout sens son espèce, Mord son prochain, et corrompt la jeunesse; Lui, dont l'œil louche et le mufle effronté Font frissonner la tendre Volupté, Et qu'on prendrait, dans ses fureurs étranges* Pour un démon qui viole des anges.

Ce dieu sait trop qu'en un pédant crasseux *

Le plaisir même est un objet hideux.

D'un beau marquis il a pris le visage 1 , Le doux maintien, l'air fin, l'adroit langage; Trente mignons le suivent en riant; Phiiis le lorgne, et soupire en fuyant.

Ce faux Amour se pavane à toute heure Sur le théâtre aux muses destiné, Où, par Racine en triomphe amené,

1. L'homme dont il est question avait en une cuisse emportée à Ramillies. — C'est une erreur. C'est à Malplaauet aue le marquis de Courcillon avait perdu une jambe. (Note de ïEdilew.)

CONTES EN VERS

L'Amour galant choisissait sa demeure.

Que dis-je ? hélas ! l'Amour n'habite plus

Dans ce réduit : désespéré, confus

Des fiers succès du dieu qu'on lui préfère,

L'Amour honnête est allé chez sa mère,

D'où rarement il descend ici- bas.

Belle Chloé, ce n'est que sur vos pas

Qu'il vient encor. Chloé, pour vous entendre,

Du haut des deux j'ai vu ce dieu descendre

Sur le théâtre; il vole parmi nous

Quand, sous le nom de Phèdre ou de Monime,

Vous partagez entre Racine et vous

De notre encens le tribut légitime.

Si vous voulez que cet enfant jaloux

De ces beaux lieux désormais ne s'envole,

Convertissez ceux qui devant l'idole

De son rival ont fléchi les genoux.

Il vous créa la prêtresse du temple :

A l'hérétique il faut prêcher d'exemplo.

Prêchez donc vite, et venez dès ce jour

Sacrifier au véritable Amour,

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