GRAND PRIEUR DE FRANCE
J E voulais par quelque huitaln, Sonnet ou lettre familière, PLCveiller l'ênjoùment badin De votre altesse cbausonniere ; Mais ce n'est pas petite affaire A qui n'a plus l'abbé Courtin Pour directeur et pour confrère.
Tout simplement donc je vous dis Que dans ces jours de Dieu bénis Ou tout moine et tout cagot mange Harengs saurets et salsifis , Ma muse qui toujours se range Dans les bons et sages j)artis, l'"ait avec faisans et perurix Son carême au cbâteau .Saint-An^e.
An reste, ce cbàteau divin, Ce n'est pas celui du saint père.
Mais bien celui de Caumartin, Homme sage , esprit juste et lin , Que de tout mon cœur je préfère Au plus grand pontife romain , Malgré son pouvoir souverain Et son indulgence pléniere.
Caumartiu porte en son cerveau De son temps l'histoire vivante ; Caumartin est toujours nouveau A mon oreille qu'il encbaute;
Car dans sa tête sont écrits
Et tous les faits et tous les dits
Des grands homuies, des beaux esprits,
Mille charmantes bagatelles,
Des chansons vieilles et nouvelles ,
Et les annales immortelles
Des ridicules de Paris.
Château Saint-Ange, aimable asyle, Heureux qui dans ton sein tranquille D'un carême passe le cours .' Château que jadis les Amours Bâtirent d'une main habile Pour un prince qui fut toujours A leur voix un peu trop docile , Et dont ils filèrent les jours !
Des courtisans fuyant la presse.
C'est chez toi que François premier Entendait quelquefois la messe.
Et quelquefois par le grenier [Rendait visite à sa maîtresse.
De ce pays les citadins Disent tous que dans les jardins On voit encor son ombre fierc Devist r sous des marronniers Avec Diane de Potiers , Ou bien la belle Ferroniere.
Moi chétif , cette nuit dernière , Je l'ai vu couvert de lauriers ; Car les héros les plus insignes Se laissent voir très volontiers A nous faiseurs de vers indignes.
II ne traînait point après lui L'or et l'argent de cent provinces. Superbe et tyrannique appui De la vanité des grands j)rioces , Point de ces escadrons nombreux , iruTREs. '^
De tambours et de hallebardes, Point de capitaine des gardes , Ni de courtisans ennuyeux ; Quelques lauriers sur sa personne, Deux brins de myrte dans ses mains Etaient ses atours les plus valus.
Et de V. . . . quelques grains Composaient toute sa couronne.
Je sais que vous avez l'honneur.
Me dit-il, d'être des orgies De certain aimable prieur, Dont les chansons sont si jolies Que Marot les retient par cœur , Et que l'on m'en fait des copies.
Je suis bien aise , en vérité , De cette honorable accointance ; Car avec lui, sans vanité, J'ai quelque peu de ressemblance :
Ainsi que moi Minerve et Mars L'ont cultivé dès son enfance ; Il aime comme moi les arts.
Et les beaux vers par préférence; Il sait de la dévote engeance Commf moi faire peu de cas ; Hors en amour, en tous les cas Il tient comme moi sa parole ; Mais enlin , ce qu'il ne sait pas ,
H a , comme moi , la v
J'étais encor dans mon été Quand cette noire déité.
De l'Amour fille dangereuse, Me fit du fleuve de Léthé Passer la rive malheureuse.
Plaise aux dieux que votre héros Pousse plus loin ses destinées, Et qu'après quelque trente années
EPITRES, Il vienne goûter le repos Parmi nos ombres fortunées !
En attendant , si de Caron Il ne veut remplir la voiture, Et s'il veut enfin tout de bon Terminer la grande aventure, Dites-lui de troquer Chambon Contre quelque once de mercure.