‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 118 sur 134 · SUR LE VOEU DE LOUIS XIU · texte numérisé non relu

SUR LE VOEU DE LOUIS XIU

ij V roi des rois la voix puissante S'est fait entendre dans ces lieux.

L'or brille, la toile est vivante, Le marbre s'anime à mes yeux.

Prêtresses de ce sanctuaire, La Paix , la Piété sincère , La Foi, souveraine des rois.

Du Très-Haut filles immortelles , Rassemblent en foule autour d'elles Les arts animés par leurs voix.

O Vierges, compagnes des justes , .Te vois deux héros prosternés Dépouiller leurs bandeaux augustes Par vos mains tant de fois ornés.

Mais quelle puissance céleste Imprime sur leur front modeste Cette suprême majesté ?

Terrible et sacré caractère Dans qui l'œil étonné révère Les traits de la Divinité.

L'un voua ces fameux portiques; Son fils vient de les élever.

O que de projets héroïques Seul il est di^e d'achever !

C'est lui, c'est ce sage intrépide Qiii triompha da sort perfide Contre sa vertu conjuré ; Et de la discorde étouffée Vint dresser un nouveau trophée Sur l'autel qu'U u consacré.

Tel autrefois la cité sainte Yit le pins sage des mortels Du Dieu qu'enferma son enceinte Dresser les superbes autels ; Sa main redoutable et chéri»

Loin de sa paisible patrie Ecartait les troubles affreux, Et son autorité tranquille Sur un peuple à lui seul docile Faisait luire des jours heureux.

O toi , cher à notre mémoire , Puisque Louis te doit le jour.

Descends du pur sein de la gloire , Des bons rois éternel séjour ; Re\ ois les rivages illustres Oîi ion lîls depuis tant de lustres Porte ton sceptre dans ses mains ; Reconnais-le aux vertus suprême* Qui ceignent de cent diadèmes Son front respectable aux humains.

^ iens ; la chicane insinuante , Le duel armé par l'affi'ont, La révolte pâle et sanglante.

Ici ne lèvent plus le front:

Tu vis leur cohorte effrénée De leur lialeine empoisonnée Souffler leur rage sur tes lit ;

Leurs dents , leurs flèches sont brisées , Et sur leurs tètes écrasées Marche ton invincible fils.

Viens sous cette voûte nouvelle , De l'art ouvrage précieux ; Là brûle , allumé par son zèle, L'encens que tu promis aux cicux.

Offre au Dieu que son cœur révère Ses vœux ardents, sa foi sincère, Humble tribut de piété :

Voilà les dons que tu demandes ; Grand Dieu , ce sont là les offrandes Que tu reçois daus ta bonté.

Les rois sont les vives images

Du Dieu qu'ils doivent honorer.

Tous lui consacrent des hommages ;

Combien peu savent l'adorer !

Dans une offrande fastueuse

Souvent leur piété pompeuse

Au Ciel est un objet d'horreur ;,

Sur l'autel que l'orgueil lui dresse ' ^

Je vois une main vengeresse

Montrer l'arrêt de sa fureur.

Heureux le roi que la couronne N'éblouit point de sa splendeur ; Qui , fidèle au Dieu qui la donne , Ose être humble dans sa grandeur; Qui , donnant aux rois des exemples , Au Seigneur élevé des temples.

Des asyles aux malheureux ; Dont la clairvoyante justice Démêle et confond l'artifice De l'hypocrite ténébreux .'

Assise avec lui sur le trône, La sagesse est son ferme appui; Si la fortune l'abandonne Le Seigneur est toujours à lai :

Ses vertus seront couronnées D'une longue suite d'années.

Trop courte encore à nos souhaits; Et l'abondance dans ses villes Fera germer ses dons fertiles Cueillis par les mains de Ja paix.

Prière pour le roi.

Toi qui formas Louis de tes mains salutaires Pour augmenter ta gloire et pour combler nosvnenx. Grand Dieu, qu'il soit encor l'appui de nos neveux. Comme il fut celui de nos pères !

IL SLR LES MALHEUTxS DU TEMPS.

-/lu X maux les plus affreux le Ciel nous ab.indonne. Le désespoir, la mort, la faim nous environne ; Et les dieux, contre nous souleyés tant de fois. Equitables vengeurs des crimes de la terre ,

Ont frappé du tonnerre

Les peuples et les rois.

Des plaines du Tortose aux bords du Rorystbene "VLars a conduit son cbar attelé par la haine : Les vents contagieux ont volé sur ses pas ; Et soufflant de la mort les semences funestes ,

Ont dévoré les restes

Echappés aux combats.

D'un monarque puissant la race fortunée [Remplissait de son nom l'Europe consternée : Je n'ai fait que passer, ils étaient disparus ; Et le peuple abattu, que ce malheur étonne,

Les cherche auprès du trône ,

Et ne les trouve plus.

Peuples , reconnaissez la main qui vous accable ; Ce n'est point du destin l'arrêt irrévocable , C'est le courroux des dieux, mais facile à calmer: Méritez d'être heureux ,osez quitter le vice ;

C'est par ce sacrifice

Qu'on peut le désarmer. ^

Rome , en sages héros autrefois si fertile, Rome, jadis des rois la terreur ou l'asyle ., Rome fut vertueuse et domta l'univers ; Mais l'orgueil et le luxe, enfants de la victoire ,

Du comble de la gloire

L'ont mise dans les fers.

Quoi ! verra-t-on toujours de ces tyrans serviles , Oppresseurs insolents des veuves, des pupiles , Elever des palais dans nos champs désolés.'' Verra-t-on cimenter leurs portiques durables

Du sang des misérables

Devant eux immolés.'

Elevés dans le sein d'une infâme av:n-ice, Leurs enfants ont sucé le lait de l'injustice, Et dans les tribunaux vont jager les humains : Malheur à qui , fondé sur la seule innocence ,

A mis son espérance

En leurs indignes mains !

Des nobles cependant l'ambition captive

S'endort entre les bras de la mollesse oisive ,

Et ne porte aux combats qne des corps languissants :

Cessez, abandonnez à des mains plus vaillantes

Ces piques trop pesantes

Pour vos bras impuissants.

Voyez cette beauté sous les yeux de sa mère ; Elle apprend en naissant l'art dangereux de plaire Et d'exciter en nous de funestes penchants ; Son enfance prévient le temps d'être cpapable;

Le vice trop aimable

Instruit ses premiers ans.

Bientôt , bravant les yeux de l'époux qu'elle outrage. Elle abandonne aux mains d'un courtisan volage De ses trompeurs ajipas le charme empoisonneur ; Que dis-je 1 cet époux à qui l'hymen la Ue ,

Trafiquant l'infamie ,

La livre au déslionneur.

Ainsi vofts outragez les dieux et la nature î Oh ! qne ce n'était pas de cette source impure Qu'on vit naître les Francs, des Scytliessnccessenrs, Qui, du char d'Attila détachant la fortune,

De la cause commune

Furent les défenseurs.

Le citoyen alors sa\-ait porter les armes ; Sa iîdele moitié, qui négligeait ses charmes. Pour sou retour heureux préparait des lauriers, Kecevait de ses mains sa cuirasse sanglante,

Et sa hache fumante

Du trépas des guerriers.

Au travail endurci lenr snperbe courage Ne prodigua jamais un imbécille hommage

ODES. >3d

A de vaines beautés à leurs yeux sans appas ; Et d'un sexe timide et né pour la mollesse

Ils jîlaiguaient la faiblesse,

Et ne l'adoraient pas.

De ces sauvages temps Théroïque rudesse Leur dérobait encor la délicate adresse D'excuser leurs forfaits par un subtil détour ; Jamais on n'entendit leur bouche peu sincère

Donner à l'adultère

Le tendre nom d'amour.

Mais insensiblement l'adroite politesse, Des cœurs efféminés souveraine maîtresse, Corrompit de nos mœurs l'austère pureté. Et, du subtil mensonge empruntant l'artilice,

Bientôt à l'injustice

Donna l'air d'équité.

Le luxe à ses côtés marcbe avec arrogance; L'or qui nait sous ses pas s'écoule eu sa présence; Le fol orgueil le suit ; compagnon de l'erreur, Il sape des états la grandeur souveraine , De leur chute certaine , Brillant avant-coureur.

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