‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 119 sur 134 · III. SUR LE FANATISME · texte numérisé non relu

III. SUR LE FANATISME

V^HARMANTE et sublime Emilie ,

Amante de la vérité ,

Ta solide philosophie

T'a prouvé la Divinité.

Ton ame éclairée et profonde ,

FrancUissaut les bornes du monde,

S'élance au sein de son auteur.

Tu parais son plus bel ouvrage ; Et tu lui rends un digne hommage Exempt de faiblesse el d'ei'reur.

Mais , si les traits de l'athéisme Sont repoussés par ta raison, De la coupe du fanatisme Ta main veiiverse le poison :

Tu sers la justice éternelle, Sans l'àcreté de ce faux zèle De tant de dévots mal-faisants; Tel qu'un sujet sincère et juste Sait approcher d'un trône auguste Sans les vices des courtisans.

Ce fanatisme saci-ilegé

Est sorti du sein des autels;

11 les profane, il les assiège,

11 eu écarte les mortels.

O religion bienfaisante ,

Ce farouche ennemi se vante

D'être né dans ton chaste flanc'

Mère tendre , niere adorable ,

Croii-a-t-on qu'un hls si coupahl*

Ait été formé de ton sang ?

Ou a vu souvent des athées

Estimables dans leurs erreurs ;

Leurs opinions infectées

N'avaient point corrompu leurs mœurs;

Spinosa fut toujours fidèle

A la loi pure et naiurelle

Du Dieu qu'il avait combattu ;

Et ce des Barreaux qu'on outrage,

S'il n'tat pas les clartés du sage,

En eut le cœur et la vertu.

Je sentirais quelque indulgence

Pour un aveugle audacieux

Qui nierait l'utile existence

De l'astre qui brille à mes yeux !

Ignorer ton être suprême,

Grand Dieu ! c'est un moindre blasphème

Et moins digne de ton courroux

Que de te croire impitoyable,

De nos malheurs insatiable,

Jaloux , injuste comme nous.

torsqu'un dévot atrabilaire,

Nourri de superstition ,

A par cette affreuse chimère

Corrompu sa religion.

Le voilà stupide et farouche ;

Le liel découle de sa bouche.

Le fanatisme arme sou bras ;

Et, dans sa piété profonde,

Sa rage immolerait le monde

A son Dieu, qu'il ne connaît pas.

Ce sénat proscrit dans la France, ; Cette infâme inquisition, Ce tribunal où l'ignorance Traîna si souvent la raison ; Ces Midas en mitre , en soutane , Au philosophe de Toscane Sans rougir ont donné des fers.

Aux pieds de leur troupe aveuglée Abjurez, sage Galilée, Le système de l'univers.

Ecoutez ce signal terrible ÉpirRES, etc. 21

24a ODES.

Qu'on vieut de donner dans Paris ,

Regardez ce carnage horrible ,

Entendez ces lugubres cris ;

Le frère est teint du sang du frère ,

Le fils assassine son père,

La femme égorge son éponx ;

Leurs bras sont armés par des prêtres.

O ciel ! sout-ce là les ancêtres

De ce peuple léger et doux. ?

Jansénistes et niolinistes , Vous qui combattez aujourd'hui Avec les raisons des sophistes, Leurs traits , leur bile, et leur en&ui: Tremblez qu'enfin votre querelle Dans vos murs un jour ne rappelle Ces temps de vertige et d'horreur; Craignez ce zèle qui vous presse :

Ou ne sent pas dans son ivresse Jusqu'où peut aller sa fureur.

ÎVIalheurenx , vonlez-vous entendre La loi de la religion.^ Dans Marseille il fallait l'appreudie Au sein de la contagion , Lorsque la tombe était ouverte.

Lorsque la Provence couverte.

Par les semences du trépas, Pleurant ses %'illes désolées.

Et ses campagnes dépeuplées.

Fit trembler tant d'autres états.

Belsuns , ce pastenr vénérable , Sauvait son peuple périssant :

Langeron , guerrier secourable , Bravait un trépas renaissant;

Tandis que vos lâches cabales Daus la mollesse et les scandales Occapaieat votre oisiveté De la dispnte ridicule Et sur Quesnel et sur la bulle, Qu'oublîrala postérité.

Pour înstruire la race hamaine; Faut-il perdre l'humanité .•" Faut-il le flambeau de la haine Pour nous montrer la vérité.' Un ignorant qui de sou frère Soulage en secret la misère Est mon exemple et mon docteur ; Et l'esprit hautain qui dispute, Qui condamne , qui persécute , N'est qu'un détestable imposteur.

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