‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 120 sur 134 · IV. A M. LE DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

IV. A M. LE DUC DE RICHELIEU

SUR L 'ingratitude.

\J toi , mon support et ma gloire , Que j'aime à nourrir ma mémoire Des biens que ta vertu m'a faits , Lorsqu'en tous lieux l'ingratitude Se fait une pénible étude De l'oubli honteux des bienfaits!

Doux nœuds de la reconnaissance , C'est par vous que dès mon enfance Mon cœur à jamais fut lié ; La voix du sang, de la nature , j\'est rien qu'un languissant murmure

Près de la voix de l'amitié.

Eh.' quel est en effet mon père?

Celui qui m'instruit, qui m'éclaire, Dont le secours m'est assuré :

Et celui dont le cœur oublie Les biens répandus sur sa vie^' C'est là le lîls dénaturé.

Ingrats , monstres que la nature A pétris d'une fange impure Qu'elle dédaigna d'animer.

Il manque à votre ame sauvage Des humains le plus beau partage ; Vous n'avez pas le don d'aimer.

IN'ous admirons le fier courage Du Uon fumant de carnage , Symbole du dieu des combats.

D"où vient que l'univers déteste La couleuvre bien moins funeste?

Elle est l'image des ingrats.

Quel monstre plus hideux s'avance?

La nature fuit et s'offense

A l'aspect de ce vieux Giton ;

Il a la rage de Zoile,

De Gacon l'esprit et le style.

Et l'ame impure de Chausson.

C'est Desfontaines , c'est ce prêtre Ycnn de Sodôme à Kicêtre, De Bicètre au sacré vallon ; A-t-il l'espérance bizarre Que le bûcher qu'on lui prépare Soit fait des lauriers d'Apollon?

Il m'a dû l'honneur et la vie , Et , dans son ingrate furie , De Rousseau lâche imitateur, Avec moins d'aj't et plus d'audace , De la fange où sa voix croasse Il outrage son bienfaiteur.

Qu'un Hibernois , loin de la France , Aille ensevelir dans Rizance Sa honte à l'abii du croissant ; D'un œil tranquille et sans colère ,1e vois son crime et s:i misère; Il n'emporte que mon argent.

Mais l'ingrat dévoré d'envie ,

Trompette de la calomnie,

Qui cherche à flétrir mon honneur ,

Voilà le ravisseur coujiable ,

Voilà le larcin détestable

Dont je dois punir la noirceur.

Pardon si ma main vengeresse

Sur ce monstre un moment s'abaisse

A lancer ces utiles traits ,

Et si de la douce peinture

De ta vertu brillante et pure

Je passe à ces sombres portraits.

Md^s lorsque Virgile et le Tasse Ont chanté dans leur noble audace ' Les dieux de la terre et des mers , Leur muse, que le ciel inspire.

Ouvre le ténébreux empire , Et peint les mop$tres des enfçrs.

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