IV. A M. LE DUC DE RICHELIEU
SUR L 'ingratitude.
\J toi , mon support et ma gloire , Que j'aime à nourrir ma mémoire Des biens que ta vertu m'a faits , Lorsqu'en tous lieux l'ingratitude Se fait une pénible étude De l'oubli honteux des bienfaits!
Doux nœuds de la reconnaissance , C'est par vous que dès mon enfance Mon cœur à jamais fut lié ; La voix du sang, de la nature , j\'est rien qu'un languissant murmure
Près de la voix de l'amitié.
Eh.' quel est en effet mon père?
Celui qui m'instruit, qui m'éclaire, Dont le secours m'est assuré :
Et celui dont le cœur oublie Les biens répandus sur sa vie^' C'est là le lîls dénaturé.
Ingrats , monstres que la nature A pétris d'une fange impure Qu'elle dédaigna d'animer.
Il manque à votre ame sauvage Des humains le plus beau partage ; Vous n'avez pas le don d'aimer.
IN'ous admirons le fier courage Du Uon fumant de carnage , Symbole du dieu des combats.
D"où vient que l'univers déteste La couleuvre bien moins funeste?
Elle est l'image des ingrats.
Quel monstre plus hideux s'avance?
La nature fuit et s'offense
A l'aspect de ce vieux Giton ;
Il a la rage de Zoile,
De Gacon l'esprit et le style.
Et l'ame impure de Chausson.
C'est Desfontaines , c'est ce prêtre Ycnn de Sodôme à Kicêtre, De Bicètre au sacré vallon ; A-t-il l'espérance bizarre Que le bûcher qu'on lui prépare Soit fait des lauriers d'Apollon?
Il m'a dû l'honneur et la vie , Et , dans son ingrate furie , De Rousseau lâche imitateur, Avec moins d'aj't et plus d'audace , De la fange où sa voix croasse Il outrage son bienfaiteur.
Qu'un Hibernois , loin de la France , Aille ensevelir dans Rizance Sa honte à l'abii du croissant ; D'un œil tranquille et sans colère ,1e vois son crime et s:i misère; Il n'emporte que mon argent.
Mais l'ingrat dévoré d'envie ,
Trompette de la calomnie,
Qui cherche à flétrir mon honneur ,
Voilà le ravisseur coujiable ,
Voilà le larcin détestable
Dont je dois punir la noirceur.
Pardon si ma main vengeresse
Sur ce monstre un moment s'abaisse
A lancer ces utiles traits ,
Et si de la douce peinture
De ta vertu brillante et pure
Je passe à ces sombres portraits.
Md^s lorsque Virgile et le Tasse Ont chanté dans leur noble audace ' Les dieux de la terre et des mers , Leur muse, que le ciel inspire.
Ouvre le ténébreux empire , Et peint les mop$tres des enfçrs.