‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 12 sur 134 · XV. A M. DE LA FALUERE DE GENONVILLE · texte numérisé non relu

XV. A M. DE LA FALUERE DE GENONVILLE

CONSEILLER Au PARLEMENT ET INTIME AMI DE l'AUTEUR,

sur une maladie. ( 171g. )

J^l E me soupçonne point de cette vanité

Qu'a notre ami Chaulieu de parler de lui-même;

Et laisse-moi jouir de la douceur extrême

De t'ouvrir avec liberlé

Un cœur qui te plaît et qui t'aime.

De ma muse en mes premiers ans Tu vis les tendres fruits imprudemment éclore ; Tu vis la calomnie avec ses noirs serpents

Des plus beaux jours de mon printemps

Obscurcir la naissante aurore.

D'une injuste prison je subis la rigueur; Mais au moins de mon malheur

•Te sus tirer quelque avantage; J'appris à m'eudurcir contre l'adversité.

Et je me vis un courage Que je n'attendais pas de la légèreté

EPITRES. ag

Et des errcDrs de mon jeune âge.

Dieux , que n'ai-fe eu depuis la même fermeté !

Mais à de moindres alarmes

Mon cu'ur n'a point résisté.

Tu sais combien l'amour m'a fait verser de larmes ;

Frippon , tu le sais trop bien ,

Toi dont l'amoureuse adresse

M'ôta mon unique bien ;

Toi dont la délicatesse , Par un sentiment fort humain, Aima mieux ravir ma maîtresse Que de la tenir de ma main.

Tu me vis sans scrupule en pi'oie à la tristesse : Mais je t'aimai toujours tout ingrat et vaurien, Je te pardonnai tout avec un cœur chrétien , Et ma facilité fit grâce à ta faiblesse. Hélas .' pourquoi parler eneor de mes amours ? Quelquefois ds ont fait le charme de ma vie;

Aujourd'hui la maladie En éteint le flambeau peut-être pour toujours; De mes ans passagers la trame est raccourcie; Mes organes lassés sont morts pour les plaisirs; Mon coeur est étonné de se voir sans désirs.

Dans cet état il ne me reste Qu'un assemblage vain de sentiments confus, Un présent douloureux , un avenir funeste. Et l'affreux souvenir d'un bonheur qui n'est plus. Pour.çonible de malheur je sens de ma pensée

Se déranger les ressorts ; Mon espri^j 'abandonne, et mon ame éclipsée Perd en moi de son être, et meurt avant mon corps. Est-ce là ce rayon de l'essence suprême

Qu'on nous peint si lumineux.'' Est-ce là cet esprit survivant à lui-même.** U naît avec nos sens , croît, s'affaiblit comme eux; Hélas .' périra- t-il de même?

Je ne sais ; mais j'ose espi^rei' Que, de la mort, du temps et des destins le raaitre. Dieu conserve pour lui le plus pur de notre être, Et n'anéantit point ce qu'il daigne éclairer.

XV!. Au ROI d'Angleterre, GEORGE I,

en lui envoyant la tragédie d'OEdipe. ( 1 719.)

J. 01 que la France admire autant que l'Angleterre Qui de l'Europe en feu balances les destins; Toi qui chéris la paix dans le sein de la guerre,

Et qui n'es armé du tonnerre

Que pour le bonheur des humains ;

Grand roi , des rives de la Seine J'ose te présenter ces tragiques essais : Rien ne t'est étranger ; les lils de Melpomenc

Par-tout deviennent tes sujets.

Un véritable roi sait porter sa puissance Plus loin que ses états enfermés par les mers: Tu l'egnes sur l'Anglais par le droit de naissance ; Par tes vertus , sur l'univers.

Daigne donc de ma muse accepter cet hommage Parmi tant de tributs plus pompeux et plus grands •

Ce n'est jioint au roi, c'est au sage.

C'est au héros , que je le rends.

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