XIV. Sur LE carrousel de l'impératrice de Russie
^ORs du tombeau, divin Pindare ,
Toi qui célébras autrefois
Les chevaux de quelques bourgeois
Ou de Corinthe ou de Mégare;
Toi qui possédas le talent
De parler beaucoup sans rien dire;
Toi qui modulas savamment
Des vers que personne n'entend.
Et qu'il faut toujours qu'on admire.
Mais commence par oublier Tes petits vainqueurs de l'Elide ; Prends un sujet moins insipide ; Viens cueillir un plus beau laurier.
Cesse de vanter la mémoire Des héros dont le premier soin Fut de se battre à coups de poing Devant les juges de la gloire.
La gloire habite de nos jours ' Dans l'empire d'une amazone; Elle la possède et la donne : Mars, Thémis, les Jeux, les Amours Sont eu foule autour de son trône.
Viens chanter cette Thalestris Qu'irait courtiser Alexandre.
Sur tes pas je voudrais m'y rendre Si je n'étais en cheveux gris.
Sans doute, en dirigeant ta course
ODES. 2-j5
Vers les sept étoiles de Tourse , Tu verras dans ton vol divin Cette France si renommée , Qui brille encor dans son déclin; Car ta muse est accoutumée A se détourner en chemin.
Tu verras ce peuple volage De qui la mode et le langage Régnent dans vingt climats divers ; Ainsi que ta brillante Grèce Par ses arts, par sa politesse.
Servit d'exemple à l'univers.
Mais il est encor des barbares
Jusque dans le sein de Paris ;
Des bourgeois pesants et bizarres.
Insensibles aux bons écrits ;
Des flippons aux regards austères.
Persécuteurs atrabilaires
Des grands talents et des vertus :
Et si dans ma patrie ingrate
Tu rencontres quelque Socrate,
Tu trouveras vingt Anitus.
Je m'apperçois que je t'imite.
Je veux aux campagnes du Scythe Chanter les jeux, chanter les prix Que la nouvelle Thalestris Accorde aux talents , au miérite ; Je veux célébrer la grandeur, Les généreuses entreprises , L'esprit, les grâces, le bonheur.
Et j'ai parlé de nos sottises.