‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 37 sur 134 · XLIX. AU ROI DE PRUSSE FREDERIC LE GRAND · texte numérisé non relu

XLIX. AU ROI DE PRUSSE FREDERIC LE GRAND

en réponse à une lettre dont il honora l'auteur, à son avènement à la couronne. ( 1 740. )

'COI, vous êtes monarqiie, et vous m'aimez encore ! Quoi, le premier moment de cette heureuse aurore Qui promet à la terre on jour si lumineux,

Marqué par vos bontés , met le comble à mes vœux ! O cœur toujours sensible 1 ame toujours égale! Vos mains du trône à moi remplissent l'intervalle. Citoyen couronné, des préjugés vainqueur, Vous m'écrivez en homme, et parlez à mou coeur. Cet écrit vertueux , ces divius caractères , Du bonheur des humains sont les gages sincères. Ah prince ! ah digne espoir de nos cœurs captivés ! Ah ! régnez à jamais comme vous écrivez. Poursuivez, rempUssez des vœux si magnanimes. Tout roi jure aux autels de réprimer les crimes; Et vous , plus digne roi , vous jurez dans mes mains De pro-téger les arts, et d'aimer les humains.

Et toi(i) , dont la vertu brilla persécutée. Toi qui prouvas un Dieu, mais qu'on nommait athée. Martyr de la raison, que l'envie en fureur Chassa de son pays par les mains de l'erreur. Reviens ; il u'est plus rieu qu'un philosophe craigne: Socrate est sur le trône , et la vérité règne.

Cet or qu'on entassait , ce pur sang des états , Qui leur donne la mort en ne circulant pas , Répandu par ses mains au gré de sa prudence. Va ranimer la vie et porter l'abondance. La sanglante injustice expire sous ses pieds; Déjà les rois voisins sont tous ses alliés , Ses sujets sont ses fils , l'honnête homme est son frère ; Ses mains portent l'oiive, et s'arment pour la guerre. Il ne recherche point ces énormes soldats. Ce superbe appareil, inutile aux combats, Fardeaux embarrassants , colosses de la guerre. Enlevés à prix d'or aux deux bouts de la terre: Il veut dans ses guerriers le zèle et la valeur. Et , sans les mesurer , juge d'eux par le cœur. Ainsi pense le juste , ainsi règne le sage :

(i) Le professeur Volf.

Sts EPITRES.

Slais il faut au grand homme un plus heureux partage;'

Consulter la prudence et suivre l'équité.

Ce n'est encor qu'un pas vers l'immortalité.

Qui n'est que iuste est dur, qui n'est que sage est triste;

Dans d'autres sentiments l'héroïsme consiste :

Le conquérant est craint , le sage est estime ;

Mais le bienfaisant charme, et lui seul t-st aimé ;

Lui senl est \ra;ment roi , sa gloire est toujours pure;

Son nom parvient sans fafhe à la race future.

A qui se fait chérir faut-ii d'autres exploits ?

Trajan non loin du dange enchaîna trente rois ;

A peine a-t-il un nom fameux par la victoire;

Connu par ses hienfaits . sa boute fait sa gloire.

Jérusalem conquise et ses murs abattus

N'ont point éternisé le grand nom de Titus;

Il fut aimé, voilà sa grandeur véritable.

O xoas qui l'imitez, vous son rival aimable, Effacez le héros dont vous suivez les pas. Titus perdit un jour , et vous n'en perdrez pas.

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