‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 39 sur 134 · LL AU ROI DE PRUSSE · texte numérisé non relu

LL AU ROI DE PRUSSE

A Bruxelles , le g avril 1741-

J.1 o N , il n'est point ingrat, c'est moi qui suis inj'uste ;

Il fait des vers , il m'aime ; et ce héros auguste.

En inspirant l'amour, en répandant l'effroi ,

Caresse encor sa muse , et badine avec moi.

Du bouclier de Mars il s'est fait un pupitre ;

De sa main triomphante il me trace une épître.

Une épître oii son cœur a paru tout entier.

Je vois le bel espi-it, et l'homme, et le guerrier;

C'est le vrai coloris de son anie intrépide:

Son style , ainsi que lui, brillant, mâle, et rapide ,

Sans languir un moment , ressemble à ses exploits:

II dit tout en deux mots, et fait tout en deux mois.

O ciel , vei|lez sur lui , si vous aimez la terre , Ecartez loin de loi les foudres de la guerre ; Mais écartez sur-tout les poignards des dévots! Que le fou Lovola défende à ses suppôts D'imiter saintement dans les champs germaniques Des Chàtel , des Clément les forfaits catholiques ! Je connais trop l'église et ses saintes fureurs. Je ne crains point les rois, je crains les directeurs; Je crains le front tondu d'un cuistre à robe noire , Qui du vieux testament lisant du nez l'histoire,

D'Aod et de Judith admirant les desseins, Prêche le parricide , et fait des assassins; Il sait d'un fanatique enhardir la faiblesse. Un sot à deux genoux qui marmotte à confesse La liste des péchés dont il veut le pardon. Instrument dangereux dans les mains d'un frippon, Croil tout, est prêt à tout; et sa main frénétique Respecte rarement un héros hérétique.

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