‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 5 sur 134 · VII. A UNE DAME UN PEU MONDAINE ET TROP DEVOTE · texte numérisé non relu

VII. A UNE DAME UN PEU MONDAINE ET TROP DEVOTE

JL u sortais des bras du sommeil , Et déjà l'oeil du jour voyait briller tes charmes. Lorsque le tendre Amour parut à ton réveil : Il te baisait les mains , qu'il baijmait de ses larmes. Ingrate, te dit-il , ne te souvient-il plus Des bienfaits que sur toi l'Amour a répandus .-'

.l 'avais une autre espérance Lorsque je te donnai ces traits , cette beauté ,

Qui, malgré ta sévérité.

Sont l'objet de ta complaisance.

Je t'inspirai toujours du goût pour les plaisirs, Ls soin de plaire au monde, et même des désirs. Que dis-je ! ces vertus qu'en toi la cour admiie ,

Ingrate , tu les tiens de moi.

ÉPÎTE^. 2-

14 EPITPlES.

Hélas i je voulois pour toi Ramener clans mon empire La candeur, la bonne foi.

L'inébranlable constance,

Et sur-tout cette bienséance

Qui met Tbonneur en srireté.

Que suivent le mystère et la délicatesse,

Qui rend la moins fiere beauté

Respectable dans sa faiblesse.

Voudrais-tu mépriser tant de dons précieux ?

N'occuperas-tu tes beaux yeux Qu'à lire Massillou, Bourdaloue , et la Rue? Ah! sur d'autres objets daigne arrêter ta vue ;

Qu'une austère dévotion De tes sens combattus ne soit plus la maîtresse:

Ton cœur est né pour la tendresse,

C'est ta seule vocation.

La nuit s'avance avec vitesse ;

Proljte de l'éclat du ;our :

Les plaisirs ont leur temps; la sagesse a son tour.

Daus ta jeunesse fais l'amour,

Et ton salut dans ta vieillesse.

Ainsi parlait ce dieu. Déjà même en secret Peut-être de ton cœur il s'allait rendre maître ; Mais au bord de ton lit il vit soudain paraître Le révérend père Quinquet.

L'Amour, à l'aspect terrible De sou riva! theatin , Te croyant incorrigible , Las de te prêcher en vain Et de verser sur toi des larmes inutiles, Retourna daus Paris , où tout vit sous sa loi . Tenter des beautés plus faciles.

Mais bien moins aimables quc toi.

yill. A M. LE PRINCE EUGENE. (1716.)

" R A N D prince qui , dans cette cour O'i 'a justice était éteinte.

Sûtes inspirer de l'amour.

Même en nous donnant de la crainte; Vous que Rousseau si dignement A , dit-on , chanté sur sa lyre ; ^ngene , je ne sais comment Je m'y prendrai pour vous écrire.

Oh ! que nos Français sont contents De votre dernière victoire ; Et qu'ils chérissent votre gloire, Quaud ce n'est pas à leurs dépens!

Poursuivez; des miisulmans

Rompez bientôt la barrière.

Faites mordre la poussière

Aux circoncis insolents ;

Et , plein d'une ardeur guerrière ,

Fo"]ant aux pieds les tuibans,

Aclievez cette carrière

Au serrail des ottomans.

Des chrétiens et des amants

Arborez-y la bannière.

Véuiis et le dieu des combats

Vont vous en ouvrir la porte , Les Grâces vous servent d'escorte.

Et l'Amour vous tend les bras.

Voyez-vous déjà paraître

Tout ce peuple de beautés.

Esclaves des voluptés

D'un amant qui parle en maître ?

Faites vite du mouchoir

La laveur impéneuse

i6 EPITRES.

A la beauté la pins heureuse Qui saura délasser le soir "Votre altesse victorieuse.

Du séminaire des amours

A la France votre patrie,

Daignez envoyer pour secours

Quelques belles de Circassie.

Le saint père, de son côté ,

Attend beaucoup de votre zele ,

Et prétend qu"avec charité

Sous le joug de la vérité

Tous rangiez ce peuple infidèle.

Par vous mis dans le bon chemin ,

On verra bientôt ces infâmes

Ainsi que vous boire du vin ,

Et ne pins renfermer leurs femmes.

Adieu , graud prince, heureux guerrier;

Paré de ravrte et de laurier,

Allez asservir le Bosphore :

Défa le grand Turc est vaincu ;

Mais \ ous n'avez rien fait encore

Si vous ne le faites cocu.

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